‹ Littérature et criminalitéChapitre 18 sur 38 · I. — Littérature tragique · texte numérisé non relu

I. — Littérature tragique

Nous qui allons dans les prisons etles hôpitaux de fous pour surprendre la psychologie de ces individus tristement gratifiés par la nature d'une âme dépravée, d'un caractère faible ou d'un cerveau anormal, nous aimons parfois — comme pour nous soulager de cette tâche ingrate — à chercher chez les poètes et chez les romanciers les images des criminels qu'ils ont retracées, éternisées dans leurs œuvres, non avec la patiente précision du savant, mais avec l'heureuse intuition de l'artiste.

Et cette étude comparative — qui nous est un repos — nous aide et nous fortifie dans la recherche de la vérité. Il y a un proverbe qui dit que les comparaisons sont toujours odieuses : elles le sont en effet lorsqu'on les applique aux individus, parce qu'elles deviennent alors un jeu inutile et cruel aux dépens de personnalités ; mais les comparaisons sont toujours fécondes lorsqu'on les applique aux choses, lorsque la science par exem-

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pie demande à l'œuvre littéraire — qui est pourtant un phénomène naturel, digne de son attention comme tout autre — la preuve ou la condamnation de ses théories, lorsqu'elle observe et attend de l'imagination soudaine et devineresse de l'artiste la confirmation des vérités qu'elle a découvertes lentement.

L'art, ce reflet irisé de la vie, ne pouvait pas négliger — et n'a jamais négligé — la représentation des crimes qui suivent nécessairement chaque période historique ; et depuis les horreurs de la tragédie grecque, où le meurtre se mêle à l'inceste, jusqu'à la Comédie de Dante, où l'indignation gibeline a stigmatisa plus fortement que le feu de l'enfer les types criminels d'une époque troublée — depuis les drames de Shakespeare qui nous a donné dans Othello, dans Macbeth et dans Hum le t les portraits du criminel par passion, du criminel-né et du criimnet'fbu, jusqu'aux Bandits de Schiller qui, selon le conventionalisme de .-son temps, exalta dans le personnage de Charles Moor le type romantique du brigand, — toutes les littératures anciennes ou relativement anciennes ont ressenti ee fromissorn.'iit que donnent les passions criminelles et les ont

reproduites, soit dans les tortueux et lonohi B arlificeade la ruse, soit dans les sauvages et sanguinaires éclats de la violence.

Mais la littérature moderne n'a pas seulement ressenti ce frémissement : elle en a été, on peut l'affirmer, tout envahie. Ce qui. autrefois, était une exception est au-

jourdiiui devenu la règle. Jadis, l'art se contentait de sculpter dans quelques types les formes les jilus graves el les plus communes de la criminalité et de la fol maintenant ces types extrêmes et rares sontenton d'une pépinière de dégénérés inférieurs. Et comme nous sommes tous, dans ce commencement de siècle, plus ou moins déséquilibras ou neurasthéniques, ainsi les personnages créés par les artistes dans leurs roman? ou dans leurs drames sout cl ■ ■ pe livres organismes malades qui, à cause de la maladie héréditaire ou de \: suggestion du milieu, abandonnent la route de la vertt en glissant sur la pente du vice ou viennent se brïseï contre la fatalité du suicide ou de la folie.

Si culte définition) que « le crime est l'ombre projetée par la société humaine dans sa marche fatale », est uue définition exacte, il nous semble que cette ombro s'allonge tellement sur notre art — comme celle di soleil à son couchant — que l'on est porté à sonyei avec mélancolie que nous allons peut-être vers le déclin de la moralité.

La littérature contemporaine n'est en effet autre chose qu'une clinique. Les types héroïques ou simplement beaux et forts de santé morale et physique, qui suggestionnaient autrefois le public des théâtres ou émouvaient les lecteurs des romans, sont oubliés et lointains. Soit au théâtre, soit dans les livres, nous ne respirons plus aujourd'hui l'air sain et oxygéné dfiil grandes hauteurs morales : nous vivons dans les émj

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