II. — Les a Hougon-Macquart
Les artistes jugeront — et peut-être avec raison — • que Balzac est plus grand quelui etqu'il vivra dans un
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avenir plus éloigné. Mais Emile Zola, 1>; disoiplej surpasse BOO mai Ire par sa vision consciente de la fonction sociale de la littérature.
Lorsqu'il imagina la série des vingt romans des liou- (jiUi-Mucqiiart comme l'histoire naturelle d'une famille, il eut la claire intuition de décrire toutes les plaies sociales pour les faire soigner et de répandre grâce au charme de l'art cette vérité scientifique de l'béréditi du déterminisme que le public niait et aie encore comme un paradoxe dangereux et immoral. — En imagjn la série des trois villes, Lourdes, Rome, Paris, il comprit qu'en France, et partout ailleurs peut-être, le p blême religieux est, malgré le scepticisme des temps, celui qui trouble le plus grand nombre de consciences et qui dégénère en une superstition et en un commtne qui entravent le chemin du progrès. — En imaginant enfin les Quatre Evangiles — non finis, hélas 1 — il a voulu substituer à la religion révélée une religion sociale qui Fftt précisément comme l'évangile d'unihumanité plus saine physiquement et plus libre moralement.
Il a donc été non seulement un artiste, mais un philosophe — et un philosophe conséquent, qui a suivi sans s'en écarter d'une seule ligne le programma qu'il s'était tracé et qui l'a suivi avec l'ardeur et avec le sucres qui .'ii-.eompagnent toujours ceux qui croient réelle- :it et fermement à ce qu'ils disent.
La caractéristique d'Emile Zola qui nous donne le
plus d'admiration et de satisfaction, à nous qui étudions eveti seréatté la psycho-pathologie, c'est l'intuition qu'il a eue du lien intime, indissoluble qui existe non seulement entre les nombreuses et différentes formes do dégénérescence, mais encore l'iiifluence héréditaire et le milieu.
Il ne fui ji;i s un absolutiste de la psychologie ni un simpliste de l'atavisme : ses liougori-Macquart ne sont pas une reproduction moderne de la famille dea A tri dos, où le crime est la suprême et presque l'unique manifestation de la dégénérescence. II n'a pus partagé le préjugé d'une grande quantité de gens qui voient dans la théot i. moderne de l'hérédité comme une confirmation scientifique du dogme religieux du péché originel ; il a senti et il a compris que la loi héréditaire a une influence, mais qu'elle n*est pas un moule uniforme où se modèle une infinité de copies d'un type unique ni une malédiction qui frappe éternellement et d'une manière identique une famille DU une race — mais bien qu'elle est comme une obscure force intérieure qui manifeste ses énergies latentes partoute sorte de moyens, semblables à un durant souterrain qui forme, selon loS accident:* du terrain, c'est-à-dire du milieu, ici un petit ruisseau limpide.là-bas une cascade bruyante et «cumante,et qui tantôt arrose et féconde, tantôt dévaste et stérilise, au gré. de ces vicissitudes qui sont la loi fatale delà nature et de la vie.
Il s'en suit que ses livres ne sont pas — comme il
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rrive souvent à quelque sav:int sectaire ou II quelque artiste unilatéral — la démonstration ou l'apol* q d'une thèse convenue, mais qu'ils sont le tableau ex objectif complet de lu réalité dans ses tonnes infiniment diverses.
L'arbre généaologique des Rougon-Macqu.-u't est vraiment le grand arbre de la vie, où les fleurs candides du mysticisme et du sacrifice éclosent parmi les fleurs rouges de la passion et du crime ; il est l'arbre qui tire non seulement de son germe, mais aussi de la terre où il s'élève et s'agite, lus éléments dosa lymphe, la couleur de ses feuilles, la saveur de ses fruits.
De la vulgarité sexuelle de la Terre, roman brutal où déborde l'animalité, au milieu virginal et rosé du Rêve où l'on croit respirer l'encens qui monte sous les arcades de la vaste cathédrale de Beaumont ; — de ■■u,\v. tableau véridiquede la prostitution, de l'amour qui se vend, à M phénomène de mysticisme qu'est la Faute de Vabhè Mouret, où la transformation de la passion religieuse en une passion humaine est décrite avec une gradation inimitable et avec son crescendo fatal, où le long sacrifice et le chaste amour du jeune prêtre pour la Vierge Marie déborde et s'assouvit dans l'impétueux amour triomphal pour la belle sauvage solitaire du Paradou ; — de V Assommoir, photographie dos pires faubourgs de Paris, où la misère mène à l'alcoolisme et l'alcoolisme à l'abjection, — jusqu'il l'Aryent, cynique photographie des classes plus élevées,
où ce n'est plus la misère, mais la passion de l'argent
— cet alcool des richards modernes — qui conduit à QM dégénérescence également grave, mais plus blâmable. ,
— du peintre de l'Œuvre, toujours k la recherche d'un chef-d'œuvre qui existe seulement dans son imagina - 1 ion maladive, jusqu'au Docteur Pascal, ce médecin bon, ce savant ingénu et cet amant en retard ; — de (irrruinaf. à la Débâcle et à Lourdes, où les protagonistes individuel* sont entourés par des foules vivantes et frémissantes d'ouvriers, de soldats el de mystiques, fou le .s différentes par leurs compositions et par leurs
bâte, mais qui toutes mettent es le problème
rpniivanfaliliiiiuiul OQSCUr de rame collective, — ce n'est pas un rayon seul, c'est un faisceau de rayons du prisme multicolore de la vie que Zolu fait miroiter dans tonte son oeuvre polyédrique, pour affirmer et pour démontrer ce qu'il y a de différent et d'apparemment imprévu dans la fatalité de lu dégénérescence et combîen grande est la responsabilité du milieu dans l'ouvre géniale ou pervertie d'un individu.
La complicité du milieu, — voilà la vérité posititive qu'Emile Zola a profondément comprise et merveilleusement rendue.
Il n'est pas un de ces peintres dont Lee portraits, fort ressemblants du reste, ressortent isolés (comme si on les eût ôtés de la vie) d'un fond obscur et uniforme qui n'exprimi rien parce qu'il ne signifie rien; il est le peintre des toiles grandioses, où les images du premier plan
LITTEKATUIIK KT CRI MIN A l-ITK
rassortent du paysage, du milieu qui les entoure, et où il semble qu'on respire l'air qu'elles-mêmes respirent. — Emile Zola sent l'âme des choses, non seul' m» ut comme un artiste qui a l'intuition des rapporta
de II lumière avec la physionomie des individus, m comme un savant, qui comprend l'importance qu'< I ont dans le développement de la personnalité humaine. Et ses délinquants, ses fainéants, ses dégi ne sont
pas telfl ttiti<jucrnt*r>! p.iree que le germe atavique ; i -; i t en eux, mais aussi parée que les lieux où ils vivent et l'atmosphère morale qu'il respirent leseutralnentau mal.
Voyez Coupeau de Y Assommoir : il était un ouvrier bon. honnêie il actif, chez qui le malheur a réveillé la prédisposition héréditaire qui avait sommeillé jusqu'alors. 11 tombe du toit où il travaillait, et pondant longue convalescence, l'oisiveté forcée et l'amour complaisant delà faible Gervaise lui inoculent la passion de boire pour se distraire, pour oublier. Et le poi s'empare aussi de su femme, et il les conduit tous deux, à travers toute sorte d'abjections, à la catastrophe du delirium trernens!
Voyez tous ces pa\ sans do la Terre : ilssont obse pareequ'un souille chaud de fécondité semble monte] la terre qu'ils cultivent ; ils sont avares et féroces dans leur avarice, parce que l'idolâtrie tenace pour la p sion d'une parcelle de terrain naît chez eux des anci préjugés des travailleurs (1).
|, L'exactitude do la description des mœurs des paysans d«
Voyez l'abbé Mouret : il était pur comme un enfant, tuais son ignorance physiologique du mystère de l'amour s'éveille par la suggestion du Paradou, de ce merveilleux et lascif jardin méridional qui enivre avec t qui, par le spectacle de sa luxurieuse végétation où les arbres s'entrelacent avec des contorsions voluptueuses, invite aussi les hommes ri suivre la loi de la nature et à violer la vœu de chasteté.
Mais sans multiplier les exemples, qui nous entrai aéraient trop loin, il Die tarde de constater qu'Emile
la Terre (qui a semblé en général un roman excossîi dans son Obscène brutalité) est démouln'c par ce fait que deux familles de paysans— toutes les deux origiaaif 'et de le Be&uce, quieel lapro*
vinrr on .ivi-til 1 . ■ — . | n - 1-:-.. 1 1 s 1 1 .1 t r • :- <i" Il ï\rrc — furent .ï des l'iiii-
ques différentes traînées au.\ Attisée pour deux Crimée doot on
h w j 1 1 - ■ . - p 1 1 ■ lit dans ta :'•''-'■'■ ' itioa anticipée. En 1886
la fiiniilli-Tliomns: deux fils, une li licol le gendre brûlaient vivante la vieilli face de Bée petits* enfants. Les Assises deBlois
les « ■■ >mi.i 1 1! u ■• ri-M i ;"i mort. Ce crime rappelle le meurtre du i I-'ouon (qui fut brûlé vivant pin ,1 est un dos pin
peux el des plus affrei I el qui futjujfé
invraisemblable ! (Voir Bataille. Causes criminelles et mondaine!, 188(1, p. Î4â), — En 1888, la Cour d'aSSÎtC damnait on paysan, un certain Plunchmi, pareil <|u'il avnlteédait une de ses nièces, qui était mineure. Ile vivaient dane la même chambre, ave i une autre petite Bile, parce qu'ils étaient m râbles, Cette oièce n'avait pas conscience du mol qu'ils avaient bit, ot sa cohabitation, avec son ouate lui semblait oatu-
relle. Elle t'était donnée a lui par une espèce de aoumiuSon nfleetueutn «t ne tentait pas tout ce que duita avait de
iBlrueux. BU< reprodui totnent le type de Palm
qui, dans la Terre, sa donne A bob frère Hilarion, on pauvre idiot qu'elle est seule à aimer: « Elle n'avail su dire comment la chose s'était faite — écrit Zola — oae appro< bo Instinctive sans consentement réfléchi, lui tourmenté et bestial, elle passive etbonuc ù tout, cédant ensuite l'une et l'autre au plaisir d'avoir plus chaud, dans cette masure où ils grelottaient. » (Voir Batnili-', 1888, p. 85|.
Sdplo Sigluilfl 9
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Zola (ouïra le mérite d'avoir rendu populi 'Ace
au prestige dé l'art, cette vérité scientifique que dans chaque forme d -rescence les facteurs détenni-
nanls sont deux, te facteur Anthropologique et le facteur social) (Mit, vis-a-vis de la science moderne du droit civil, no mérite plue grand IpIusdifGcih
Il divulgua, dan» deux de «es romans, les deux conquêtes lee plue liard I toutefois les plus stal
• plus fécondes de cotte eoience : la découverte du type anthropologique du criminel-né et la création de l:i psyché illective.
Dans lu Hâte huiiiainv. Emile Zola a décrit l'homme fatalement do mi in- par !' >n homicide ; dans G
minai il s entrevu les profondeurs obscures de l'Ame de lu foule, et, plue encore que le poète g: de la
multitude, il;i été le juge humain et juste de cette fane.