‹ Littérature et criminalitéChapitre 24 sur 38 · K.VII.K ZOLA · texte numérisé non relu

K.VII.K ZOLA

fois calmés, ils laissent les personnes qui y ont pris part avec tant d'ardeur, de férocité lubrique cl tiale, dans le menu; étal normal où elles se trouvai, r.i avant que le deinon de la fouit- les emportai, avant que leurs cerveaux lussent obscurcis par la" folie et que

celle-ci eût faire taire la vnix de leur cœur. Ce sont de

trieiefl réVCa de sang que le peuple subit quelquefois,

dont il ne sait pas le plus souvent se rendre compte, dont nous-mêmes nous entrevoyons difficilement les causes multiples et douloureusement terribles, et â'aù l'individu se réveille avec une seusalion de stupeur tragique. La foule ressemble aux enfanta — qui la précà dent matériellement dans la rue et en sont l'inconsciente avant garde avec leurs buées et leurs crû ; et ses caprices, tout en étant gigantesques et effrayai '•-•

sout aussi passagers que ceux des enfants.

Môme cette autre vérité psychologique. Emile Zola l'a comprise et merveilleusement décrite. C'est pourquoi, après le crime épouvantable de la foule des mineurs OU les meilleurs mêmes ont cède au vertige du sang, il nous peint cette masse (qui semblait une masse de criminels et que les juges auraient oondaianée 88 M pitié), taudis qu'elle retourne tranquille 11 sou travail, réveillée, plus encore que punie, par la violente répression, rem 1 ainsi dire en elle-même, revenue à sou fatalisme et plus que jamais persuadée qu'elle est destinée à servir.

Et Etienne Lantier, qui avait jusqu'alors tenu en

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laisse tout ce monde et senti trois mille cœurs batU avec le sien, Etienne Lantier se W>il maintenant h; insulté, obligé à s'enfuir. La foule repoussait le prophète en qui elle ÈVaikcru, parce qu'il ne lui avait, pi donné le paradis qu'il prêchait.

Et sur cette conclusion — désolante par sa v profondément humaine et qui semble résumer la philosophie sceptique du roman — Zola imagine un épisode lugubre qui voudrait signifier la folle révolte de l'indj vidu contre la collectivité.

Dans un emportement de fureur contre la foule timide qui n'ose pas continuer:'! lutter main qui se réoiguj Souvarïne (ce nihiliste monomane, cet homme qui une sensibilité paradoxale, qui pleurera la mort de sa chatte bien-atmée et qui fera noyer tranquillement di centaines et des milliers d'ouvriers) fait un trou «lai les contreforts des puits, et l'eau inonde les galeries de la mine, et tout ce monde souterrain tombe obscurement parmi les spasmes d'agonies ignorées

Il y aurait tropde considérations à faire sur ce roman, où frémissent tontes les passions, tous les vices, toutes les énergies dé l;i multitude, de cette hydre aux milb têtes, qui est parfois sublime d'altruisme, souvent épouvantable de cruauté, toujours peu responsable de ses actions et qui oins renferme en elle des trésor*

ignorés de sentiment et de peu ine trop de gens

exploitent et que bien peu fécondent

Et aussi d'après les autres romans d'Emile Zola, il y aurait à développer bien des problèmes de psychologie et d'anthropologie.

■ Mais j'ai voulu m'arrête r de propos délibéré à l'analyse de deux romans : Jacques Lantier, le criminel-né, la bête humaine individuelle, et Germinal, le crime de la foule, la bête humaine collective, parce qu'ils sont vraiment les meilleurs et les plus grands documents que l'art d'Emile Zola a offerts à la sociologie criminelle moderne.

Et si une conclusion sereine et féconde pouvait jaillir du peu que je viens de dire, ce serait celle-ci. Zola a été accusé d'avoir décrit seulement ou surtout les turpitudes de la vie et d'avoir eu le goût déplorable de fouiller tout ce qui est moralement et matériellement dégoûtant.. Après tous ceux qui l'ont fait avant moi, je ne prendrai pas ici sa défense artistique ; mais je veux prendre ici sa défense au point de vue social, pour combattre ce préjugé, que celui qui décrit ou analyse le mal est coupable d'une œuvre délétère et immorale.

C'est au contraire chez ceux qui étudient et qui révèlent le mal — artistes courageux ou sociologues sincères — que resplendit une flamme chaude de poésie et un grand amour de la vertu, non chez ceux qui continuent jésuitiquement à fixer leurs regards vers un idéal d'azur et à décrire l'.exception, ce qui est beau et bon, tandis que le malheur et la faute — qui sont la règle — crient hautement leur souffrance.

LITTERATUHK KT CHIM IXAI I I E

Sur la porte de l'amphithéâtre anatomiome de l'Université de Bologne on a gravé cette phrase latine '.Hic mors gaudct succurrcrc vila — Ici la mort jouit de prêter son aide n la vie. — Je n'eu connais pas de plus poétiques et de plus profonde*.

Eh bien ! cettu phrase peut s'appliquer aussi à ces artistes, comme Emile Zola, qui. dédaignant la facile et agréable représentation du beau, comprennent le devoir civique du peindre ce qu'il y a de laid et d'abject dans la société pour aider à le 6oigner.

De mémo que les médecins, en disséquant les cadavres, font des expériences utiles à l'humanité, parce qu'ils découvrent le secret des maladies et le moyen de les soigner, ainsi les artistes font un travail utile i ta justice quand ils jettent leurs regarda sur les milieux dégénérés et qu'ils les dévoilent parce qu'ils découvrent ainsi les moyens de soigner et de prévenir toute soi de crimes et de vices.

Et qu'on ne soutienne pas que ('idéal se ternit à cette œuvre triste et que le rayon de toute noble poésie s'y éteint! C'est au contraire en vivant intellectuellement dans un milieu de misère et de douleur que les artistes et les sociologues conservent plus vivement et plus fortement l'amour de la beauté et de la bonté, comme le mineur qui descend chaque jour dans la mine souterraine et obscure garde, plus que tout autre ouvrier, le désir et l'amour du soleil.

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