‹ Littérature et criminalitéChapitre 30 sur 38 · I.ITTKKATLIIE ET CMttMALlTÉ · texte numérisé non relu

I.ITTKKATLIIE ET CMttMALlTÉ

qui jette Comme un ni umi-

C'est en effet dans- cette exceptionnalité des artîsl que se trouve la raison des chefs-d'œuvre qu'ils en et aussi La justification des suggestions qu'ils ré] - !.nf inconsciemment.

C'est ta justification qu'Emile Zola résumait en mots i: « Quatre! un écrivain a do talent, on doit tout lui permettre, car les ouvrages obscènes sont seulement ceux qui sont mal exécutés, »

V.\ mi pourrait souscrire tranquillement à ces m<< pourvu qu'on soua-entondi: (comme c'était certainement la pensée de Zola'j que. tout doit être permis à l'éori .

de talent, parce qu'il analyse lo mal et l'obscr les reproduit artistiquement, non pas pour les exail mais pour en démontrer l'horreur, non pas pour qu'on lot imite, maie pour qu'on les combatte — en les >.■■ naisBant

La fin, le but d'uni d'art quelconque, <

qui lui donne le cachet de l'utilité sociale, de môme

l l'intention qui ennoblit ou qui dégradu chaque action de l'homme.

Los moyens dont ou se sert ne comptent pas ou comptent peu : et il serai! absurde el méchant do rendre l'auteur d'un livre responsable des conséquences îmi raies de certaines de ses descriptions, si la conception dominante de son œuvra était socialement saine et

onde. Personne n'est responsable de l'effet de propres paroles, lorsque ces paroles n'ont pas

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comprises ou ont été interprétées à domi. Parmi les écrivains Zola est certainement l'un de ceux qui donnèrent le plus de liberté à leur plume, et dont la pensée fut des plus audacieuses et dénuées de préjugés, au point tpie beaucoup d'écrivains français l'avaient surnommé le stercoraire et que Max .Nordau disait, ni plus ni moins, qu'il était atteint de eoprolabû. Mais les souillures qu'il a dévoilées, et, il faut l'avouer, avec une extraordinaire obscénité deiang al pas,

comme chez bien d'autres, l'éloge et l'apothéose du mal : au contraire, elles voulaient être — et elles étaient pour ceux qui liBaienl an comprenant — la plui Gère des condamnations.

On penl employer le même poison pour deux bute différents: pour tuer, et c'est le but des assassins; pour guérir, et c'est le but des médecins.

Ainsi on peut se servir pour deux buts différents du subtil poison de la parole : pour éveiller des sensations et des impulsions malsaine.*, et c'est le but des bandits île la plume qui spéculent sur la curiosité morbide dû publie affaibli : pour éloigner le lecteur du mal en démontrant ses fatales et terribles conséquences, pour engager ceux qui peuvent et doivent le l'aire à prendra des remèdes contre ce mal — et c'est le très noble but des écrivains qui ont le sens et la dignité de leur fonction sociale.

Voilà, selon moi, les limites de la responsabilité morale des écrivains. Attribuer à ceux-ci d'autres res-

ponsabilités que celles qui dépendent du but, de l'intention de leur œuvre, c'est une absurdité logique et une inutile pédanterie d'inquisiteur.

Et par conséquent, toutes les fois que nous serons obligé de constater — comme dans certains exemples que j'ai relatés — ; que les pages d'un livre eurent pour effet une petite ou une grande excitation à une immoralité, à un suicide, à un crime, tout en enregistrant le fait comme une vérité objective, nous ne pourrons pourtant pas en faire un reproche à l'auteur du livre, pourvu qu'il ait eu dans son œuvre un but élevé d'art.

Le reproche ira — et mérité —à ceux qui liseut, et plus encore à ceux qui laissent lire certains livres, en oubliant que la nourriture morale et intellectuelle doit être adaptée à l'âge et aux tempéraments, comme la nourriture physique doit être adaptée à l'estomac. L'homme peut supporter le vin, mais l'enfant doit boire du lait. L'homme sain peut manger co qu'il veut, l'homme faible et neurasthénique doit être soumis à un régime spécial.

Montesquieu, surprenant un jour sa fille qui lisait les Lettres persanes, lui dit : « Quitte ce livre, mon enfant ; c'est un livre de ma jeunesse qui n'est pas adapté à la tienne. »

Ainsi devraient penser et agir tous ceux qui ont vraiment, outre le respect de la morale, le respect de l'art. On a dit qu'il y a des pages de roman qui peuvent empoisonner l'organisme comme les liqueurs, troubler

les sens comme les substances aphrodisiaques, endormir la conscience comme les narcotiques. Et c'est vrai- Mais il est également vrai que ceux qui pourraient lireces pages sans inconvénients et même avec profit ne leslisent point, et que ceux au contraire qui devraient liretoute autre chose ne lisent que cela. Laissons donc leslamentations platoniques et les réquisitoires férocescontre l'artiste qui du haut de son génie a le droit souverain et sacré de reproduire tout ce qu'il voit, tout ce qui s'agite, tout ce qui est la vie : mais ayons l'intelligence et la prévoyance de lire et de faire lire certains livres à ceux qui peuvent les comprendre et lorsque la lecture est utile.

Victor Hugo, dans un moment où la sévérité du philosophe dominait l'imagination effrénée de l'artiste, écrivait : « poètes, ayez toujours un but moral devant vos yeux! N'oubliez jamais que les enfants peuvent vous lire. Ayez pitié des petites têtes blondes. Nous devons avoir encore plus de respect pour la jeunesse que pour la vieillesse ! »

Par ces mots, le poète donnait une nouvelle preuve de son penchant à hypertrophier chaque sentiment et chaque pensée. Il demandait trop. Si tous ceux qui écrivent devaient toujours réfléchir que les enfants peuvent les lire... ils n'écriraient presque rien ! Comme je l'ai déjà dit, la question n'est pas là : il ne s'agit pas de borner la littérature à des livres adusum delphini ni de limiter le théâtre à des pièces pour jeunes filles. Il s'a-

git — tout simplement — a" avoir un but moral devant soi et qu'on le sente à travers toutes les pages de l'œuvre d'art, soit que ces pages reflètent comme un pur miroir tout ce qu'il y a de noble dans la vie, soit qu'elles reflètent comme une eau trouble tout ce que la vie a de plus coupable et de plus lâche.

De même que dans le monde physique les étincelles jaillissent lumineuses du frottement, de même dans le monde moral la lumière de la vertu peut surgir du contraste.

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