III. — Origines de la Littérature des Procès
Voilà la première, la vraie cause du mal que nousdéplorons ; voilà comment naît cette suggestion du crime, qui se développe et s'élève jusqu'à la forme intellectuellement dangereuse de la littérature des procès.
La presse qui répand cette littérature, le public qui la dévore, n'ont qu'une responsabilité relative et secondaire ; la vraie responsabilité est dans l'engrenage denotre machine judiciaire, qui semble fait exprès pour attirer à lui toutes les plus malsaines curiosités, pour provoquer les plus fantasques commentaires, pour soulever aussi parfois la marée du soupçon, la rage des partis, la nausée des gens impartiaux.
Il n'y a pas en effet un pays civilisé — il est douloureux de l'admettre, mais je pense qu'il est plus loyal et plus adroit aussi d'avouer ses défauts au lieu d'attendre qu'on vous les reproche — il n'y a pas un pays civilisé où les instructions criminelles durent aussi longtemps qu'en Italie ; et dans aucun autre pays civilisé les procès ne se déroulent aussi lentement, depuisleur arrivée au débat public jusqu'à l'épilogue du verdict.
LITTÉRATURE ET CHIMINA
La France elle-même, dont nous avons copié les institutions judiciaires et dont nous suivons, par identité de race et de tempérament, les coutumes judiciah n'a jamais donné le scandaleux spectacle d'instructions qui dorant des années, et de débats <]»ii durent six. huit, onze mois comme en Italie ; de plus il faut reconnaître que le peuple français, quoique étant an peuple le tin, a une rapide administration pour la justice et que l'on ne perd pas son temps, là-bas, ni chez les juges d'instruction niellez les présidents de Cours d'assii ni chez les avocats.
Cette lenteur procédurière est donc malheureusement un défaut éminemment italien ; et c'est pendant les éternelles périodes d'attente entre le crime et le procès — périodes d'attente où la justice ressembl cas débiteurs qui renouvellent toujours les lettre» change qu'ils ne peuvent pas payer — que l'on perd une des sanctions les plus efficaces de la défense sociale : la succession immédiate du jugement au crime.
Eu laissant passer tant de temps entre lecrime et le jugement, il va de soi que lorsque le procès arrive à l'audience, on ne se rappelle presque plus le fait qui l'a cnusé, ou tout au moins la douleur et l'horreur sont effacés parle temps, et la voix des témoins, qui devrait bondir vibrante de vérité, s'affaiblit à cause de la distance et se perd dans un écho incertain et douteux.
Ce n'est pas tout ; comme nous avons encore en Italie l'instruction secrète (et il ne parait pas probable
1k LITTÉRATURE