‹ Littérature et criminalitéChapitre 34 sur 38 · PROCÈS · texte numérisé non relu

PROCÈS

que nos législateurs aient l'intention de rajeunir beaucoup cette institution dans le nouveau projet du Gode de procédure pénale), le mystère qui entoure l'reuvn» du juge et qui est un pâle reflet des système» de l'Inquisition, aiguise, avec notre défiaacéj notre curiosité, et il est une cause d'exagérations et d'inventions, car c'est une vieille règle de psychologie quotidienne que lorsque nous ne pouvons pas savoir ce que nous aurions grand intérêt à savoir, nous cherchons à donner une satisfaction à notre curiosité inassouvie et presque à nous vengerde ceux qui ne l'assouvissent pas, en créant des légendes autour des petits épisodes que nous avons réussi à découvrir et en donnant comme choses certaines l'indice, le soupçon, la voix qui est arrivée — plus ou moins distinctement — jusqu'à nos oreilles.

Et voici alors qu'apparaît oette preflnère forme embryonnaire de la littérature des procès, qu'est l'information ou l'indiscrétion des journaux.

Qu'importe si l'instruction est secrète de par la loi ? Les journaux se chargent de larendre publique! Et dès lors, une espèce de match s'établit entre la priasse et le parquet, une espèce de défi à qui saura dénicher des nouvelles de plus grande importance, à qui saura sui? vre la meilleure piste pour découvrir le coupable ou pour donner la clef psychologique du drame — au point qu'un procès célèbre n'e3tplus désormais qu'une forme de sport intellectuel où l'on cherche à conquérir le

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record de la vitesse et de la nouveauté des informations.

Il est facile 'I 'ompreudre que lorsque le proc bre arrive — enfin! — à la Cour d'assises, il y arrive flans les mômes conditions qno la tragédie d'un illustre auteur, dont la première aurait été annoni depuis longtemps. Le milieu a déjà été travaillé p la réclame tpii a excité l'intérêt du public; toutes Ici âmes son! benduesj tous les yeux sont rivés au spectacle qui est sur le point de commencer, après une m en scène si fatigante et si limgin-.

Et !;i représentation est — naturellement — dig de la préparation, l'ne telle quantité de volumes de documents a été accumulée par le juge d'instrution. une telle foule de témoins a été écoutée, la vie des tÏCtimes ou des inculpés a été fouillée si profondeur en descendant jusqu'aux ingénuités de l'enfance ot en remontant jusqu'à la généalogie, tant de broderies oiseuses de faits secondaires ou indifférents ont étô oxécutées sur le simple canevas du crime, tant thèses inutiles ont été ouvertes peudanl la discussion de l'argument principal pour y faire intervci comparses qui ne disent rien et ne savent rien de ce qui a do l'importance pour le but de la justice, que les avocats, même les plus sobres et les plus si trouvant entoures d'une moisson si ample et si haï sont bien obligés de la faucher !

Et il n'y n pas trop de quoi s'émerveiller et jeter :

hauts cris si un procès qui a été instruit avec un nombre de volumes suffisant à former une bibliothèque se délaie aux Assises en tant de fleuves d'éloquence qu'ils pourraient former à leur tour une mer de bavardages ! Mais si, dès lors que tout frein légal est emporté et que toutes les soupapes sont ouvertes à la publicité, la littérature des procès, dans les journaux et dans les livres, pour donner le compte rendu ou pour fournir des explications et des hypothèses, arrive à ces excès où la pousse la curiosité jamais rassasiée de la foule, la faute — si faute il y a, là où nous sommes tous un peu responsables — me semble être, encore et toujours, plutôt à ceux qui, en exploitant les appétits malsains du public, l'ont invité à cet étrange festin, qu'au public qui a transformé le festin en orgie.

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