SU VUE DE G. ZI
où ils eu rencontrent un, ils s'en assent au moyeu
d'un crin:
L'obstacle où hutte Tullius Hermil e'uat [a décôu«
vrrte que Juliiine, lu turris chut "Bi rv. t, | . rui-. elle aussi. à l'amour coupable «t en rsi. restée enceinte. Cette
découverte n'est pas pour bouleyeçser son amour de mari, mais pour blesser son SgafSTnê de mâle; par conséquent il n'a pas de rancune envers la femme adultère, mais plutAt envers l'innocent dont la naissance l'empêchera de jouir du renouveau de bonheur qu'il veut pouvoir désormais goûter aveu Jaliane. Par nu retour exclus i veinent sensuel, le mari aime encore, ;i|nvs lui avoir été par trop infidèle, la femme obéissante et douce envers laquelle il n'a OU, pendant île longues années, qu'une affection purement « fraternelle » ; et son crotomânie — Iris fréquente parmi les déu de cette espèce, — tout an le rendant indulgent, pai agolsms, envers Juliane qpiest maintenant nécessaire à sa jouissance, le laisse par contre sans merci envers le petit intrus, qui serait un obstacle à cette jouissance,
Un jour il entend tousser le nouveau-né, et le voilà reie nr la façon dont il le tuera. Il le fera mourir
de pneumonie, en l'exposant i ta fenêtre a la bise glacée,
Notes ceci : parfois le désir d'un crime passe, comme un éclair sinistre, sur le ciel pur d'une conscience bonnets ; et que de maris, pout-être, à la place de Tullius lleiinil. auraient adressé à Dieu la cruelle prié
LITTi.ii vnniE ET CBlMlwi.r
cette Lotis Fût la mort de l'enfant ! Mais L'idée criminelle
glisse s.iiis laisser de trace rar le cristal limpide d'un caractère intégre : elle entame, au contraire, I Ame impure d'un dégénéré, etellela ronge.
Dès ce joui-, eu effet, In préméditation de l'infanticide n'abandonne plus Tullius llermil : « L'idée fixe — nous dit-il — me possédait corps cl âme, «ivec une force et une obstination invincibles. Ma perspicacité me sem- I il ut décuplée... Ma circonspection no se lassa pas un seul instant- Je no dis pas un mot, je ne fis pas un geste
; ililes de donner le plus léger soupçon ou de permet» !i< li- moindre élonnement. Je simulai, je dissimulai BOUS trêve. »
mois nous donnent la preuve de la criminalité congénitale ; il n'y a pas de passion, pas d'orgasme, pas un élan de remords, mais une lucidité de cerveau et nue froideur de sentiment qui font horreur. Ce calme
el celte sérénité nous frappant plus virement encore au
moment du crime : « ... Je m'approchai de la porte* je l'ouvris : je m'assurai que lo corridor était désert. More je courus à la fenêtre... une bouffée d'air glacé ma
frappa au visage... Je ma recule, je vais au berceau, je saisis doucement l'enfant, je l'apporte à la fenêtre ouverte, et je l'expose à la bise qui devait [oluer.Jene ut, aucun de mes sens ne $' obscurcit. »
Qui donc, exception faite d'un délinquant -né, pourrait ne pas être troublé dans un pareil moment ?
Il est vrai que Tullius Hennila un mouvement moins-
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lâche, quand, semblable au Nikita de Tolstoï dans la dernière scène de La Puissance des ténèbres, il crie aux parents réunis autour de l'agonie subite du nouveau-né :
— Savez- vous qui a tué cet innocent ?
Mais tandis que Nikita avoue réellement son crime parce qu'il est un délinquant occasionnel, le cri de Tullius Hermil, qui laisserait espérer une confession, IujLïneurt sur les lèvres et dans sa conscience ; il se tait, il' saucisse entraîner par son frère hors de la chambre, et peucPneures après, il sera rait à l'idée de l'événement accompli ;le lendemainil suivra lefunèbre convoi, et ensuite il s'amusera à le raconter dans ses moindres détails, avecl'analgési e morale d'un Lacenaire, qui décrivait en riant les plus atroces de ses crimes et les spasmes de ses victimes (1).
J'ignore si Tullius Hermil a réellement existé ; mais je sais qu'il possède tous les caractères psychologiques d'un vrai délinquant.
Le personnage d'Isabelle, la folle du Rêve d'un matin de printemps, est, comme.je viens de le dire, le troisième et le dernier parmi les types de dégénérés dont Gabriele d'Annunzio a eu l'heureuse intuition.
Ce poème tragique a vraiment paru un rêve, c'est-à-
1. A propos de Tullius Hermil, voir Les Criminels dans l'Art, par Henri Ferri. Paris, Alcan.
MTTÉRATWHK HT CBHUN M.ITK
dire une chose invraisemblable, soit au public qui la vit sur la seêne, soit à un grand nombre de .sus lecteurs? et il est hors de doute qu'il est invraisemblable comme fiction théâtrale el que les personnages secondaires
sont faux, surtout ce docteur qui n'est pas uu docteur, mais un mystique, qui n'est pas un aliéniste moderne, mais on nu il, ,in du moyen-âge, et qui, au lieu de SOÎ-
r li pauvre folio, croit, selon les anciens préjugi qu'elle est Une illuminée. Mais il est hors de doute aussi qu'Isabelle — ou, pour mieux dire* sa folie — est crayonnée à grands traits, avec une rigoureuse exactitude psychiatrique,
Toat d'abord — et j'en appelle à l'opinion de l'un • plus illustres aliénistea italiens — il est scientifU qnemenl exael que la maladie mentale delà protagoniste est une conséquence du crime affreux et cruel qui avait précipit ■ ■me de l'apogée du bonheur jus-
qu'au fond du précipice de l'épouvante et de la douleur. On lui avait, lue son amant, entre les liras: et elll l'taii restée longtemps dans le lit, seule i Cada-
vre et 06 sang.
Son cerveau — frappe par une émotion affective QXtraordinuirement intense — était tombé dans une sorte de stupeur. Et celte stupeur, en laissant nécessairement en repos les éléments nerveux du cerveau, avait porntis plus tord que ceux-ci reprissent leur» fono- Ba effet, ►Isabelle revient lentement aie vie* et son révc-il la réunit de nouveau au monde extérieur
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mais tout ce qui l'avait frappée au moment suprême est effacé de son âme; elle n'est plus reliée au passé que par des liens superficiels ; par exemple, la perception du rouge, c'est-à-dire la couleur du sang, qui est toujours suivie d'une émotion angoissée. M. d'Annunzio a été très bien inspiré en imaginant que la vision de la couleur verte aurait calmé l'angoisse de la malade, car le vert est la couleur complémentaire du rouge. Et il a très bien rendu le vague délire des discours habituels de l'aliénée, avec la répétition constante des mêmes idées, qui se l'éveillent par associations fortuites. Par exemple, le docteur dit :je suis vieux. Isabelle regarde alors ses cheveux, qui sont blancs, elle se rappelle par contraste les siens, qui étaient rouges, et elle dit qu'elle axirait voulu qu'ils fussent blancs, « comme le lin qui sort de la macque ».
Mais le plus beau des effets artistiques — parce qu'il est le plus scientifiquement vraisemblable — a été obtenu par l'auteur dans la scène où la folle reconnaît en Virginius le frère de son amant et où cette reconnaissance ouvre tout à coup, comme une clef miraculeuse, la source de ses souvenirs que la folie avait tarie .
Tous les détails du drame, qui s'était si rapidement accompli, avaient à peine efïleuré l'âme violemment agitée d'Isabelle, et la période de stupeur qui s'en était suivie les avait apparemment abolis. Mais ils gisaient en elle, et il suffit 'de la vue de Virginius pour qu'elle
se rappelle avec une netteté singulière le visage de son amant ; et cette vision suffit à son tour pour éveiller la longue suite d'images mnémoniques enchaînées l'une à l'autre et pour faire raconter à Isabelle tout le développement du drame, pour la faire songer à la mère de son amant et en craindre la malédiction et pour la faire crier, avec l'accent de la sincérité, toute sa douleur, toute son horreur, toute sa passion (1).
Cette scène rachète ce qu'il y a d'invraisemblable et d'absurde dans les autres scènes du poème, et elle est une merveilleuse restitution artistique — j'oserais dire une photographie, — de ce qui se passe quelquefois dans les hôpitaux de fous.
2° Georges A urispa. — Claude Cantelmo.
La Ville Morte.
Après celui d'Isabelle, on chercherait malheureusement en vain, parmi les types que M. d'Annunzio a créés, une vraisemblance scientifique aussi exacte que celles dont nous avons parlé. On dirait que l'auteur, trop confiant envers lui-même et trop méprisant envers la réalité des choses, a donné libre essor à sa fantaisie ; et celle-ci, n'étant plus guidée par l'observation scientifique, créa dès lors les personnages que nous
1. Je me suis servi pour l'analyse de ce personnage, des profondes observations du regretté professeur Ezio Sciamanna.
i VUi: DE G. ANNIXZIO
allons étudier et qui sont l'exagération nu la caricature delà réalité.
h me souviens, a ce propos, d'une 1res juste comparaison d'Acliille Loris : l'imagination d'un savant ou d'un artiste, disait-il, peut quelquefois quitter le terrain de la réalité, comme un pur sang au saut de l'obstacle ; mais il faut, comme le cheval, qu'elle retombe sur le terrain après avoir sauté. Il est doue permis — et c'est mémo une preuve d'intelligence — de dépasser d'un élan la réalité pour atteindre une synthèse philosophique ou une création artistique ; mais il faut en revenir toujours aux phénomènes naturels, et il faut que des faits tangibles et réels puissent donner la contre-épreuve de cette synthèse ou de cette création.
Gabriele d'Annunzio avait mérité lu comparaison de Lorîa, grâce aux chefs-d'œuvre de spâatioq que sont les types de Jean ESpiscopo, du Tullius Hermil et d'Isabelle, parce que la science avait reconnu que ces personnages étaient vrais, quoique sortis de l'imagination de l'écrivain, et parce que celui-ci, après avoir pi dans le fiel ,ie l'irréel, était retombé de suite sur le sol de la vérité positive. Mais il ne me semble plus digne de cette comparaison, quand j'examine les autres créa lions lie ses romans et de : Sa fantaisie ne
peut plus ici être assimilée à un cheval qui touche terre après avoir sauté, mais bien à un fabuleux hippogriffe qui, après avoir pris son élan, se perd dans les nuages lointains sans qu'on puisse le suivre.
LITTKnATL'IlH BT CltlYINAI.ITK
1! stbien difficile. pltr exemple, de classer anlhropotogiquemanl le personnage de Georges Aurispa, le héros du Triomphe iJr la Mort, parmi les types • véritables dégénérés, sauf, peut-être — selon l'avis M. Ferri — parmi cens de la folie abortive.
Georges Aurispa est un » (Infini' ré supérieur », un
de ces hommes intelligents, mais malheureux — peutêtre sont-ils malheureux justement parce qu'ils sont intelligents — qui osent leur cerveau a torturer leur Ame en nue auto-analyse psychologique aussi cruelle que la fer d'un aoAtomiste, parcs qu'elle dissèqui SRne pitié jusqu'à la moindre parcelle de l'organisme. Il • un éternel mécontent, dont l'héritage pathologique aiguise le pessimisme : il lient de son père une excessive et vulgaire sensualité : de aa mère, une exquise fine* dé sensibilité ; de son onele, la manie du suicide : et en greffant ces trois tendances sur le tronc robuste de son intelligence, il a réussi à se créer une existence d'amour al de souffrance, as Bâchant pas jouir >Ie l'heure qui s'enfuit ni des gens qui passent, et se tourmentant : trêve è la rechetohe d'un bonheur absolu. qu'il n'attfint pas naturellenii'iit et qu'il est convaincu lui-même
de ne pouvoir al . Par conséquent, lorsque —
le roman fini — vous fermez le livre et rôflé mr
son héros, sur cet homme qui n'a pas bu la généroi de se tti'-r seul ni le erimineleourage del u amie;
ii a voulu commettre un double suicide et mourir avec eelle-ci en se jetant, enlacé avec elle, &a fond
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d'un précipice, vous pouvez admirer le génie de l'auteur qui a su vous intéresser à un semblable drame ; mais vous n'entendrez jamais résonner au fond de votre être la voix qui est l'indice véritable de toute grande création artistique et qui vous dit : ce type est humain ; si je ne l'ai pas encore rencontré, je pourrais le rencontrer un jour.
Claude Cantelmo, le protagoniste du roman Les Vierges des rochers, est encore plus irréel que Georges Aurispa : je dirai même qu'il va au delà de toute raisonnable vraisemblance. C'est un homme enivré par ce rêve ambitieux, qu'il est prédestiné à perpétuer l'aristocratie de s'a race en mettant au monde un fils qui sera la perfection même, et qui, d'autre part, ne sait, ne Veut ou ne peut pas choisir entre les trois ■vierges celle qui, en s'unissant à lui, sera la plus apte à réaliser son rêve. Il devrait être un «-dégénéré supérieur » tel que Georges Aurispa, mais sa silhouette est loin d'être dessinée avec la même sûreté de main que celle de ce dernier, et sa personnalité, aussi nébuleuse que ses idées, ne ressort pas du livre, qui est dominé tout entier par le cauchemar d'une folie héréditaire et collective. En effet, tous les huit personnages de ce roman — le plus musical, mais le plus incompréhensible de tous les romans de M. d'Annunzio — se révèlent à nous comme s'ils étaient des fous ou des personnes sur le point d'atteindre la folie ; et pour comble, même tous ceux qui, dans la conception de