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TYPES NATIONAUX DANS LES PIÈCES DE SHAKSPEARE. LES ITALIENS

D'après M, O'Gonnell, ce qui fait la grandeur particulière et nouvelle de Shakspeare, c'est que, s'élevant le premier à une contemplation plus étendue à la fois et plus profonde! de la nature humaine, il a introduit dans ses drames non plus la peinture seulement d'individus ou de familles, mais Tesquisse et le caractère des races principales qui occupent l'Europe. «Le génie a du poëte et du philosophe qui innovent est, dit-il, le « pouvoir de saisir les germes qui naissent au fur et à « mesure de l'évolution de l'esprit général, et de les « amener, le poëte à la fleur et le philosophe au fruit. « Ce génie a l'unité de ce qu'il embrasse, l'unité d'im- « pulsion, de croissance et d'inspiration, tandis que les « hommes d'un ordre inférieur n'ont d'autre unité que « celle de l'objet qui est sous leurs yeux ou de l'art a dont ils suivent les règles. De l'élaboration chaotique « suscitée parmi les Grecs par les guerres de Troie, qui « mêlèrent tant de peuples, et dont les phases et les « faits prirent un corps mythique dans ce long inter- « valle, — de cette élaboration, dis-je, naquirent fma- « lement le grand Eschyle et le drame gi'ec. Ainsi du « cycle du moyen âge, chaos semblable, mais sur une « plus grande échelle, de guerres, de races et de ro- « mans (jui persoiiiiilièrent les races, na([uit à son tour « Shakspeare. bien que -ces poëtes soient aussi ana- « logues par l'origine que par l'excellence, leurs do- « mailles furent aussi divers ((ue les épo(iues et les « scènes. Le Grec était limité à l'expérience d'un coin

« de l'Europe; le poëte anglais avait l'Europe tout ence tière, avec vingt siècles d'histoire de plus. Le premier « aussi, en sa qualité d'initiateur, doit avoir travaillé « sur l'extérieur, sur les- actions, les costumes, les cou- « tûmes des tribus qui appartenaient à ses traditions. « L'innovateur moderne, au contraire, doit, allant par « ordre, passer à l'intérieur, chercher les idées et les « caractères'^ui sont les causes de telles apparences « externes, et par conséquent dépeindre non des fa- « milles et des tribus, mais des nations ou plutôt des « races... Tandis qu'Eschyle avec l'ancien drame borna « la sphère d'action aux limites de la famille, le fon- (' dateur du drame moderne la porta plus loin et jus- « qu'à des groupes plus larges^ conformément au pro- « grès général dans la connaissance des hommes et de (( la natur^. Ce que l'Asie- Mineure et la Hellade étaient « au peuple d'Athènes, l'Europe, dans sa vaste ence ceinte, l'était aux Anglais delà Renaissance. Chez les « anciens, la théologie, cause tout externe et toute pri- • « mitive, donnait le ressort de l'action et la limite des « caractères; chez les modernes, ce ressort et cette lift mite s'agrandirent et devinrent la fatalité tout hu- « maine et tout interne de l'organisation. Les maisons « des Pélopides et des Labdacides étaient le thème « d'Eschyle; les races germanique, italique, celtique, « furent le thème de Shakspeare. Telle est du moins la « conséquence des principes mis en avant, et en faire « la vérification est l'objet de ce volume. »

D'après ce système, lago, dans Othello, représente le caractère de la race italienne, Hamiet, de la race teutonique, et Macbeth, de la race celtique. M. O'Connell ne veut aucunement dire (jue ourdir des trames scélérates soit le propre de la race italienne, qu'assassiner sous le toit de l'hospitalité un roi débonnaire soit le

type de la race celtique, et que la mélancolie d'une âme indécise et troublée soit le type de la race germaine. Non, lago pourrait être honnête, Macbeth aussi saint que Duncan, et Hamlet aussi royal que le grand Alfred; mais dans l'un ou l'autre cas, dans le bien comme dans le mal, ils n'en seraient pas moins de vrais représentants de leur race, c'est-à-dire obéissant aux impulsions qui la poussent et, bornés par les conditions qui la bornent. C'est ainsi que, exemple extrême et qui dira tout de suite ce que M. O'Connell entend, un homme d'une tribu des Peaux-Rouges pourra être aussi noble qu'Uncas et aussi méchant que le Renard-Subtil, sans sortir jamais du cercle fatal que lui impose la qualité de fds des primitives forêts de l'Amérique; ceux-ci ne ressemblent pas aux hommes blancs que l'habile romancier a mis auprès d'eux. Eh bien ! ce que Cooper a marqué sans peine au dix-neuvième siècle et entre des types tranchés, Shakspeare, au seizième siècle et à une époque où ce n'était qu'une aperception de génie, Ta marqué pour des types si voisins qu'un grand poëte seul pouvait les dessiner d'une façon distinctive.

Avant d'entrer en plus de détail avec M. O'Connell, j'ai besoin de prendre certaines précautions et de faire certaines réserves. .Je vais marcher d'une part en le suivant, de l'autre en ni'écartant de lui, et je veux éviter que cette double marche ait l'air d'une contradiction. La.queslion, fort importante dans l'histoire de l'art, n'est [jas autre que celle de l'origine, si souvent controversée, du drame romantique dans ri']uroi)c moderne. Le point de vue nouveau qu'a ou vert iM. U'Coimell, en la rattachant à la diversité des races nationales, m'attire, et je m'en fais le complaisant et satisfait interprète; mais, par une voie dont le lecteur sera juge toutà

l'heure, l'explication qu'il donne tourne à la grande glorification des Celtes, ou, pour parler plus précisément, de la France (et un Français n'a qu'à se réjouir de voir un étranger si plein d'une profonde et sincère admiration pour notre pays), mais aussi au grand détriment de l'Italie et de l'Angleterre. C'est là-dessus que je me sépare. Depuis que l'histoire a été clairement ouverte pour moi, j'ai toujours placé dans un très-haut rang ces deux nations si différentes : l'Angleterre, avec sa haute prospérité,n'avait pas besoin qu'on lui fît justice; mais l'Italie en eut besoin, et ce n'est pas d'aujourd'hui seulement que je me suis rangé parmi ceux qui reconnaissent hautement ses mérites et sympathisent avec ses vœux^. Le livre de M. O'Connell n'a, je l'avoue, changé mon sentiment ni pour l'une ni pour l'autre. Que si l'on me reprochait de ne connaître l'une ou l'autre que de ouï-dire et comme je connais Rome et la Grèce antiques, je répondrais qu'au point de vue purement historique où je me borne, il suffit, pour avoir une opinion sur une nation, de considérer quelles ont été ses œuvres dans les lettres, dans les arts et dans les sciences, comment elle s'est gouvernée au dedans et comment elle s'est comportée au dehors.

Venons maintenant à M. O'Connell, aux Italiens et à lago. Comme la conception historique de M. O'Connell l'a conduit à donner aux Italiens une place secondaire en tant que race, il rencontre d'abord les Romains comme une objection anticipée. Voici donc ce qu'il regarde comme les traits essentiels du caractère romain : dans l'intelligence, nullité de la faculté organisatrice, faiblesse même de la réflexion, prééminence

1. Ceci a été écrit au moment où l'anuce française, ayant fait sa jonction avec l'armée piéniontaise, gap^na deux sanglantes batailles, décisives pour l'affranchissement de l'Italie.

de la sensation et de cette compréhension concrète qui gagne en intensité parce qu'elle est étroite, et en clarté parce qu'elle porte sur le détail. Ces traits positifs et négatifs sont manifestes par l'histoire. Les Romains n'eurent jamais un penseur, un philosophe, un système; le peu d'écrivains spéculatifs qu'ils produisirent copièrent les Grecs, ou furent d'informes compilateurs de faits et de fables, comme Varron et Pline. Ils stigmatisaient du titre d'inconsistance la susceptibilité qu'avaientlesGrecspour les influences deladialectique; leur propre stupidité apparaissait solidité, parce qu'elle ne se laissait pas ébranler par de tels mobiles. Les seuls arguments qu'ils affectaient, les seules spéculations qui les intéressaient se rapportaient aux augures et à la divination; et même leur religion n'était qu'un pur rituel, sans apparence d'âme ou de doctrine. Ce qu'ils voyaient, ils le saisissaient avec précision, avec profondeur, avec obstinaticm, mais en s'élevant à peine audessus du physique, du particulier, de la pratique. Leur seule création abstraite est le code de jurisprudence, qui ne demande ni raison ni réflexion, qui même les exclut; car la loi, étant injonctive et ne s'occupant que de faits, ojivre le champ non à l'argumentation ou à l'inspiration, mais au jugement et à la délinition. Le principe moral était, comme la religion, extérieur, et reposait sur l'usage et la superstition. Dans les manières, les Romains étaient plutôt gracieux que polis; accessibles aux impressions du dehors, mais ne recevant rien de l'intérieur, ils avaient de la courtoisie sans être cordiaux, de la dignité sans être délicats; ils manquaient de la sympathie et de l'humanité qu'implique le mut gentleman; leur rang eût été bas dans la chevalerie du moyen âge, et de fait leurs descendants tralifiuaient au lieu d'aider dans les croisades. Au point (in vue public

OU social, cette race était patriotique, en tant que patriotique est opposé à personnel et à philanthropique. Le patriotisme, comme le nom l'indique, étant un attachement à la patrie, à la terre, était en plein accord avec le cercle purement physique ou concret de l'intelligence romaine; Rome était territorialement regardée par les Romains comme le chez-soi {home) est individuellement regardé par les Teutons. La tendance était par conséquent opposée à la dispersion, et favorisait l'unité, maisl'unité d'agrégation, non d'organisation. Ce fut cette tendance qui les conduisit à la conquête du monde, et ce défaut qui lit qu'ils commencèrent à le perdre dès qu'il eut été conquis. Maintenant tous ces défauts sont voilés par l'idéal qu'on s'est fait de Rome. Dans les conquérants du monde, la rustique ignorance fut vertu et simplicité, le stupide mépris des Grecs subtils fut conclusion profonde d'un sens solide, le manqueabsolu de conscience fut stoïque fermeté de caractère, la superstition formaliste fut une religieuse scrupulosité, leur impuissance civile d'organisation un sage souci de la liberté publique, leur aveugle avidité de pouvoir' et de conquête magnanimité civilisatrice.

J'avoue que je suis, comme M. O'Connell,. de ceux (jui s'efforcent de dissiper les illusions que l'éloignement et le l'espect de ranti(iuité peuvent créer; j'avoue encore que, dans ce tableau, certains traits sont exacts, par exemple l'infériorité des Latins par rapport aux Grecs quant à la philosophie et aux sciences; mais je ne puis accepter comme portrait ressemblant l'esquisse (}ui vient d'être citée : des parties font défaut et d'autres sont grossies. Dans un beau passage, M. O'Connell, rappelant que nous n'avons qu'un fragment de la littérature et de l'histoire des Grecs et des Romains, dit : « Le gouffre des siècles d'obscurité où elles disparurent

(t l'ut un gain et non une perte; il engloutit ce qu'il y « avait de vulgaire et de conforme à la simple huma- (( nité dans la Grèce et dans Rome, et n'en laissa sur- « nager que les grandes parties dans l'enchantement (I d'un mirage. Ces deux nations furent ainsi placées sur « le piédestal de l'histoire comme une excitation à la « postérité et un idéal qui sert d'exemple. » Cela est aussi bien dit que pensé; «mais avoir pu, après s'être dépouillée, dans le lointain des âges, des humbles et tristes vulgarités, laisser de soi un idéal, que faut-il de plus pour rehausser et remettre à sa place la nation romaine?

Cela me suffit ici; pourtant il est encore une proposition sur laquelle je ne puis être d'accord avec M. O'Connell, celle où il dit que les Romains atteignirent l'unité de leur empire à travers des siècles de sang et de crimes. Je la concevrais, sans l'approuver, chez un moraliste qui, n'ayant pour se diriger qu'un point de vue abstrait, transporterait dans le passé des appréciations absolues, et jugerait ce qui se lit par ce qui de son temps doit se faire; mais, si la morale même est relative, à plus forte raison l'historien est-il tenu d'estimer les choses conformément à ce qu'elles purent être suivant les temps, les lieux et le développement de l'histoire et de la civilisation. Or la guerre est une de ces fatalités attachées par la condition des choses aux premières phases de l'évolution du genre humain, fatalité qui décroît de jour en jour, et dont la philosophie sociale espère, prévoit même l'extinction, mais (pii alors eut sa raison d'être dans la nature de l'homme et sa pleine action dans l'histoire. S'emporter contre elle serait comparable à la colère du naturaliste (|ui: étudiant les animaux condamnés à se nourrir d'une proie vivante, Icui' ferait leur procès. Sans doute on peut rêver et

souvent moi-même je l'ai rêvé, j'en conviens, on peut rêver que les animaux et l'homme en particulier n'eusseijt pas été astreints à cette cruelle loi ; mais, quand on étudie, il faut écarter les rêves et les vains souhaits, et envisager la nature dans sa réalité, quelque rigoureuse qu'elle soit. La comparaison est exacte, du moins pour le début des choses : la sauvagerie est toujours en guerre; dès l'aurore de l'histoire, les Pasteurs subjuguent l'Egypte, et Sésostris porte au loin ses armes. La seule question qui reste, c'est de savoir si les Romains, dans cet exercice inévitable des impulsions primitives, ont été, plus que les autres peuples, souillés de sang et de crimes. Eh bien! on peut affirmer que, s'ils ne le furent pas moins, ils ne le furent pas plus. Ce fut un grand progrès quand la guerre, de purement destructive, devint conquérante et forma des empires, et quand dé conquérante elle devint civilisatrice; ce qui arriva quand elle fut portée par les Grecs et les Romains dans les contrées barbares. Les Romains eurent conscience de leur rôle alors qu'ils disaient par la bouche de Virgile :

Tu regere imperio populos, Romane, mémento,

et qu'ils célébraient par celle de Pline, dans une phrase encore plus décisive, rimmense majesté de la paix romaine.

Ce portrait de la gent latine est aussi, on le comprend, celui des Italiens; et, selon M. O'Connell, si les Romains revenaient sur le théâtre du monde, ils n'y auraient pas un autre rôle que celui que Tltalie y joue, aujourd'hui que d'autres races, douées de (Qualités supérieures, ont pris leur place et leur fonction : ù (pioi j'objecte aussitôt que cette assimilation ne peut être

complète, car elle cloche en un point essentiel. Tandis que les Romains n'ont, comme il est reconnu, qu'un rang tout à fait subordonné dans les sciences, l'Italie a noblement payé sa quote-part au tribut apporté en commun par les nations européennes; et, tandis que Rome, belle dans le premier des arts, la poésie, est nulle dans le reste, l'Italie, qui n'a pas pour cela déchu dans la gloire des compositions poétiques, est reine par la musique et par la peinture. Je ne suis pas de ceux qui pensent que l'Italie moderne soit en décadence par rapport à l'Italie ancienne : ce qu'on peut appeler sa déchéance politique ne date que du seizième siècle, est comparable à celle qui ne tarda pas à frapper aussi l'Espagne, dépend, au fond, d'une cause identique, l'oppression ecclésiastique compliquée ici de la domination étrangère, et vient de recevoir un relèvement extraordinaire. Mais à ceux qui l'admettent M. O'Connell demande, en raillant, comment ils peuvent l'expliquer, eux qui prétendent que le sang germanique fut un sang régénérateur pour les nations abâtardies de l'empire latin, et qui savent qu'une portion de ce noble sang fut infusé dans l'Italie par la conquête ostrogothe et lombarde. Quant à moi, je l'ai plusieurs fois soutenu et je prends occasion de le répéter, je regarde l'invasion des Germains comme ayant non pas accéléré, mais retardé l'évolution de l'Occident, en ce sens du moins qu'elle mêla des races nioins civilisées à des races plus civilisées, créant ainsi un terme moyen et inférieur qui demanda quelque temps pour se relever. Toutefois je pense, et en ceci je vais contre l'opinion de M. OGonnell, (ju'une invasion celtique n'aurait pas produit un moindre dommage. Seulement flermaiiis ou Celles, une fois implantés, devenaient d'excellents éléments, et ce n'était (ju'un retaid.

lago appartient à ce type latin ou italien tel (|ue le décrit M. O'Conneli, ou, pour parler tout à fait comme lui, c'est un personnage qui, trouvé dans l'ancien récit, est devenu, grâce au génie de Shakspeare, un portrait de la race italienne : persoiniage méchant ou honnête, il n'importe, je l'ai déjà dit, mais en l'un et l'autre cas personnage enfermé dans un certain ordre de pensées, de mobiles, de combinaisons d'où le poète ne l'a jamais fait sortir. lago est le véritable héros de la tragédie : cela, pressenti bien des fois, est remis en lumière par M. O'Conneli, qui veut du moins que cette primauté ne soit pas ôtée à un peuple gloneux, infortuné^ et qui a rendu des services; je l'apporte ses expressions, afin décarter l'odieux que suscite au premier abord une telle comparaison, Si je ne pense pas ce que pense M. O'Conneli, qu'il y ait dans les traits qui peuvent caractériser l'Italie des traces d'incapacité essentielle pour certaines grandes choses de l'ordre intellectuel et moral, j'accorde pleinement que Shakspeare a dessiné d'une main aussi sûre (jue délicate ce redoutable personnage, et j'y vois un Italien du seizième siècle qui, sentant bien la criminalité de ses actions (lago ne laisse pas de doute à ce sujet), se met froidement au-dessus et pratique dans la morale privée ce dont Machiavel fit la théorie dans la morale publique. Au quinzième siècle les schismes et au seizième les déchirements de l'unité catholicpie portèrent <lans la politique et la morale la même dissolution que dans la théologie, et il y eut à ce moment un rude assaut pour la politi(]Lie et la morale. Les Italiens seuls avaient alors des conceptions assez générales pour embrasser en un système cet état de dissolution, et ils l'embrassèrent par Machiavel; mais leurs tyrans n'étaient pas plus déloyaux que les Ferdinand de Cas-

lille, les Louis XI de France, les Richard d'Angleterre, Je ne suis pas toujours satisfait du procédé que M. O'Connell emploie pour caractériser les races; cela est sans doute fort difficile, et j'essayerai plus loin, non pas de tracer ces caractéristiques, mais d'indiquer quelques-uns des traits essentiels qu'il importe, suivant moi, de prendre pour guides. En attendant, je dirai qu'à mon avis ce qu'il faut craindre, c'est de prendre le cas particulier pour le cas général. Ainsi est-il vrai de considérer comme un attribut réel du caractère italien l'emploi du poignard pour combattre les tyrans de leur pays et l'arracher aux mains qui l'oppriment? Je ne crois pas que ce soit l'attribut d'aucune nation ; mais, si ce l'était, ne devrait-il pas êti'S noté expressément dans la caractéristique de la nation française? Depuis Poltrot de Méré, qui assassine le duc de Guise, jusqu'aux vingt assassinats d'Henri IV, en passant par les Guise que tue Henri lUet Henri III que tue Jacques Clément, quelle série de jneurtres suscités par le désir de se débarrasser d'hommes politiques ({ui gênaient ! Puis vient sous Louis XIV et Louis XV (car on peut à peine mentionner Damiens) un repos où les assassinats politiques n'apparaissent plus. La révolution éclatant, ils recommencent; Lepelletier Saint- Fargeau, Marat en sont les victimes; Napoléon échappe à la maciiine infernale; le duc de Berri tombe sous le poignard, et sept tentatives sont faites contre la vie de Louis-Philippe. Il suffit de rapprocher les faits pour montrer que ce sont des passions accidentelles cpii soulèvent ces orages. De même, chez les Italiens, le poignard n'est devenu une arme polili(|ue (|ue depuis que l'idée d'une libre Italie, s'éveillant dans leurs âmes, a excité les uns à l'insurrection, les auties au guel-apens |>()ur dt'livrer leur pays.

lago, Italien raconté dans un récit italien, a nécessairement toutes les touches intérieures et extérieures qui le font indigène d'un pays, membre d'une nation. Le moment créateur dans Shakspeare fut quand il voulut non pas effacer ces touches pour aller à ce qu'il y a de plus général dans l'homme, mais les conserver et les achever pour les superposer, comme fait la réalité, à ce qu'il y a en l'homme de plus général. Là fut l'origine de son drame nouveau. Dès lors que l'œil de son génie s'ouvrait sur cette condition de l'art, tout venait lui faciliter sa tâche. De son temps, les nations, ne s'étant point assimilées autant, portaient des signes visibles. Qui, à première vue, ne reconnaissait un Lombard, un Italien, et qui, dans son esprit, n'avait une idée toute faite de certains types alors frappants? Ces nations, ces variétés humaines posaient, grâce à cent légendes, devant le poëte, etle poëte put voir et crayonner.

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