‹ Littérature et histoireChapitre 18 sur 78 · LES CHOÉPHORES · texte numérisé non relu

LES CHOÉPHORES

Annoncer aux humains tes célestes présages? Sèche l'arhre royal; dans les jours solennels, Tu verras son appui manquer à tes autels.

La traduction des Choéphores n'est qu'un spécimen d'un travail complet sur Eschyle. Dans cette œuvre longue et difficile, M. Puech a besoin d'être encouragé, et il le mérite. Ce qui manque à ce premier essai, c'est, dans certains endroits, une allure ferme, une indépendance qui s'allie, dans des rapports convenables, avec la soumission nécessaire au texte original, et une pompe de style qui rivalise avec celle du tragique athénien. Les qualités qu'on y remarque sont le sentiment des beautés de l'auteur grec, l'intelligence des exigences d'une bonne traduction, une lutte persévérante avec toutes les difficultés, sous quelque forme qu'elles se présentent, et une versification qui, lorsqu'elle est heureuse, laisse voir le caractère du modèle. J'omets dans ce jugement les petites incorrections, qui ne sont rien à côté de l'effet général : c'est à cet effet que M. Puech doit viser; le reste n'a pas grande importance, et disparaîtra quand il le voudra.

En mettant en regard Aristophane et Rabelais, ces deux grands railleurs de leur époque, j'entends faire non pas une comparaison littéraire mais une comparaison historique, c'est-à-dire que je veux étudier comment leur raillerie, appliquée premièrement aux choses contemporaines, se comporte secondairement à l'égard du passé et de l'avenir. Suivant que l'époque sera une époque de passé ou d'avenir, le railleur se rejettera vers ce qui est en arrière comme le type vers lequel il faut retourner, ou aspirera à ce qui est en avant avec une espérance vague mais confiante. Aristophane et Rabelais (leur renom me dispense de faire ressortir leur importance) sont excellents pour représenter une pareille situation. Un destin tout différent attend la société où l'un et l'autre sont placés. Celle d'Aristophane, toute brillante qu'elle est encore, est incurablement malade ; une décadence très-prochaine va s'en emparer, décadence non pas momentanée et transitoire, mais définitive et mortelle, si bien qu'au bout de quelques siècles, il n'en restera plus que d'immortels souvenirs. Celle de Rabelais, au contraire, toute troublée qu'elle paraît, est pleine de vie et de force; aucune décadence ne la frappera; loin de là, elle se saisira, par la science positive, d'un engin puissant

Page 1