‹ Littérature et histoireChapitre 22 sur 78 · Voici le texte allemand · texte numérisé non relu

Voici le texte allemand

GERTRUD.

So hôre meinen Rath. Du weist, wie hier

Zu Schwytz sich aile Redlichen beklagen

Ob dièses Landvogts Geiz und Wiitherei.

So zweiQe nicht, dass sie dort druben auch

Im Unterwaldner und itn Unier Land

Des Dranges miid sind und des harton Jochs.

Denn wie der Gessler hier, so schafft es frech

Der Landenberger druben ûberm See.

Es kommt kein Fischerkahn zu uns heriiber,

Der nicht ein neues Unheil und Gewalt-

Beginnen von den Vogten uns verkiindet.

Drum thiit es gut, dass curer etliche,

Die's redlich meinen, still zu Rathe giengen,

Wie man des Drucks sich niocht entledigen.

So acht ich wohl, Golt wird euch nicht verlassen,

Und der gerechten Sache gnildig seyn.

Hast du in Uri keinen Gastfreund, sprich,

Dem du dein Herz magst redlich olïenbaren?

STAUFFACHER

Der wackern Milnner kenn ich viele dort,

Und angesehen grosse Herrenleute,

Die mir geheim sind und gar wohl vertraut.

{Er steht auf. ) Frau, welcnen Sturm gefahrlicher Gedanken Weckst du mir in des stillen Brust 1 mein innerstes Kehrst du ans Licht des Tages mir entgegen, Und was ich mir zu denken still verbot, Du sprichsts mit leichter Zunge kecklich aus. Hast du auch wohl bedacht, was du mir rilthst?

SCHILLER ET D'AUBIGNE. i97

Quelle grandeur et quelle simplicité héroïque dans cette scène! Comme Gertrude, sûre et lière de son mari, prend l'initiative d'un dessein hasardeux et le pousse à la plus hardie des résolutions! Les dangers d'une femme aimée peuvent arrêter un homme de cœur, mais non lorsqu'elle s'y associe, et que, satis-

Die Wilde Zwietracht und den Klang der WalTen Rufst du ia dièses friedgewolinte Thaï.

Wir wagten es, ein schwaches Volck der Hirten, In Kampf zu gehen mit deni Herrn der Welt? Der gute Schein nur ists, worauf sie warten, Uin loszulassen auf dies arme Land Die wilden Horden ilirer Kriegesmacht, Darin zu schalten mit des Siegers Rechten, Und unterm Schein gerechler Zïichtigung Die alten Freiheitsbriefe zu vertilgen.

GERTRUD.

Ihr seid auch Miinner, wisset eure Axt Zu fiihren, und dem Muthigen hilft Gott.

STAUFFACHER

0 Weib, ein furchtbar wiilhend Schreckniss ist Der Krieg, die Heerdc schlagt er und den Hirten.

GERTRUD.

Ertragen muss man, was der Himmel sendet, Unbilliges ertriigt kein edles Herz.

STAUFFACHER

Dicss Haus erfrcut dich, das wir ncu crbauten. Der Krieg, der ungeheure, brennt es nieder.

GERTRUD.

Wïisst ich mein Herz an zcitlich Gut gcfessell, Den Brand wârf ich hinein mit eigner Hand.

STAUFFACHER

Du glaubst an Menschlichkeit ! Es schont der Krieg Auch nicht das zartc Kindlein in der Wiege.

GERTRUD.

Die Unschuld liai im Himmel cincn Freund. Sieh vorwUrts, Werner, und nicht hinter dich.

STAUFFACHER

Wir Milnncr kiinncn lapfer feclUend slorl)cii : Wek'li Schlcksal aher wird das v.uvc scvn?

faite d'avoir rempli son rôle de généreuse conseillère, elle ne demande plus qu'à partager toutes les chances du sort. C'est elle qui, plus que Werner encore, ressent l'oppression autrichienne. C'est elle qui veut voir son pays libre et libre par son mari ; c'est elle qui lève tous ses scrupules, écarte toutes ses craintes. Certes la poésie prend là un noble langage; et c'est ainsi, ce me semble, qu'on doit la concevoir, vraie et idéale à la fois, comme la sculpture des Grecs.

En l'histoire de d'Aubigné figure une pareille scène, singulièrement pénétrante et animée. Comme dans Schiller, on y trouve l'intervention inattendue de la femme, les objections du mari qui hésite, et la réponse où d'un cœur ferme sont acceptés d'avance les périls communs. INous sommes à l'entrée des guerres religieuses de France. Les persécutions continuaient contre les protestants; on les brûlait juridiquement, on les massacrait dans des émeutes populaires, et ils avaient supporté tant de souffrances et de supplices avec la ferveur et la force de l'enthousiasme religieux. Durant ces années d'afflictions où tant de confesseurs avaient scellé leur foi de leur sang, par ces persécutions mêmes, le parti protestant avait grossi, et il s'était recruté de puissants seigneurs, le prince de Condé, l'amiral de Coligny, Dandelot et le cardinal de Châtillon, ses frères et plusieurs autres.

GERTRUD.

Die letzte Wahl steht auch dem Schwiichsten offen ; Ein Sprung von dieser Briicke macht inich frei.

STAUFFACnER {stilrzt in ihre Arme), Wer solch ein Herz an seinen Busen driickt, Dcr kann fiir Heerd und Hof mit Freuden fechtcn, Und keines Konigs Hecrmacht fiirchtet er.

Wilhelm Tell, I, 2.

SCHILLER ET D'ADBIGNÉ. 199

Coligny était, par sa réputation, sa capacité et sa puissance, un homme dont l'exemple devait être influent. On le pressait de prendre les armes : il s'y refusait. D'Aubigné nous raconte ce qui l'y décida :

« Le prince de Condé voyant Paris saisi par ses ennemis, et n'ayant de forces que trois cents gentilshommes et autant de soldats, quelques escholiers et bourgeois sans expérience, qui n'cstoit pas pour résister aux moines seulement; d'ailleurs voyant déclarer contre lui le parlement, la maison de ville, l'université (tous lesquels avec le clergé constituent la ville), il se fallut résoudre à quitter Paris. D'autre costé s'estoient assemblez à Chastillon-sur-Loing, près l'amiral de Coligny, le cardinal et Dandelot, ses frères, Senlis, Boucard, Bricquemaut et autres, pour le presser de monter à cheval. Ce vieil capitaine trouvoit le passage de ce Rubicon si dangereux, qu'ayant par deux jours contesté contre cette compagnie et, par doctes et spécieuses raisons, rembarré leur violence et les avoir estonnez de ses craintes, il n'y avoit comme plus d'espci^ance de l'esmouvoir, quand il arriva ce que je veux donner à la postérité, non comme un intermeze de fables bienséantes aux poètes seuUement, mais comme une histoire que j'ai apprise de ceux qui estoient de la parLio. Ce nolable seigneur, deux heures après avoir donné le bon soir à sa femme, fut resveillé par les chauds souspirs et sanglots qu'elle jelloit. 11 se tourna vers elle, et, après queliiues propos, il lui donna occasion de parler ainsi :

« C'est à grand regret, monsieur, que je trouble vostre « repos par mes inquiétudes. Mais, estans les membres de « Christ deschirez comme ils sont, et nous de ce corps, « quelle partie peut demeurer insensible? Vous, monsieur, « n'avez pas moins de sentiment, mais plus do force à le « cacher. Trouverez-vous mauvais de vostre fidclle moitié « si, avec plus de franchise que de respect, elle coule ses « pleurs et ses pensées dans votre sein? Nous sommes ici « couchez en délices; et les corps de nos frères, chair de « noslre chair et os de nos os, sont, les uns dans les ca- « chots, les autres par les champs, à la merci des chiens et « des corbeaux. Ce lict m'est un tombeau, puisqu'ils n'ont a pas de tombeaux. Ces linccux me reprochent qu'ils ne « sont pas ensevelis. t*nurrons-nnus roMllcr en dormant, et

« qu'on n'oye pas nos frères aux souspirs de la mort? Je re- « memorois ici les prudent^; discours desquels vous fermez « la bouche à messieurs vos frères: leur voulez-vous aussi « arracher le cœur et les faire demeurer sans courage « comme sans response? Je tremble de peur que telle pru- « dence soit des enfants du siècle, et qu'estre tant sages « pour les hommes ne soit pas estre sage à Dieu, qui vous « a donné la science de capitaine. Pouvez-vous en con- « science en refuser Tusage à ses enfants? Vous m'avez « advoué qu'elle vous resveilloit quelques fois : elle est le « truchement de Dieu. Craignez-vous que Dieu vous fasse « coulpable en le suivant? L'espée de chevalier que vous « portez est-elle pour opprimer les affligez ou pour les arra- « cher des ongles des tyrans? Vous avez confessé la justice « des armes contre eux; pourroit bien vostre cœur quitter « l'amour du droict pour la crainte du succès? C'est Dieu « qui osta le sens à ceux qui lui résistèrent sous couleur « d'espargner le sang. Il sait sauver l'ame qui se veut perdre « et perdre l'ame qui se veut garder. Monsieur, j'ai sur le « cœur tant de sang versé des nostres. Ce sang et vostre « femme crient au ciel vers Dieu et en ce lict contre vous, a que vous serez meurtrier de ceux que vous n'empeschez « point d'estre meurtris. »

« L'admirai répond : Puisque je n'ai rien profité par mes « raisonnements de ce soir sur la vanité des esmeutes po- « pulaires, la douteuse entrée dans un parti non formé, « les difficiles commencements, non contre la monarchie, « mais contre les possesseurs d'un estât qui a ses racines « envieillies, tant de gens intéressez à sa manutention, « nulles attaques par dehors, mais générale paix, nouvelle « et en sa première fleur, et, qui pis est, faicte entre les « voisins conjurez et faicte exprès à nostre ruine; puisque « les deffections nouvelles du roi de Navarre et du connes- « table, tant de forces du costé des ennemis, tant de foi- « blesse du nostre, ne vous peuvent arrester, mettez la main « sur vostre sein, sondez k bon escient vostre constance, si « elle pourra digérer les desroutes générales, les opprobres « de vos ennemis et ceux de vos partisans, les reproches « que font ordinairement les peuples quand ils jugent les « causes par les mauvais succès, les trahisons des vostres, « la fuitte, l'exil en pays cstrange; là les chocquements des

Page 1