‹ Littérature et histoireChapitre 34 sur 78 · s'afçit, bien ciUeudu, du Paris do · texte numérisé non relu

s'afçit, bien ciUeudu, du Paris do

et la seconde est un peu plus des deux cinquièmes.

Si la population n'avait pas été plus dense à Rome qu'elle ne l'est à Paris, l'enceinte de Servius Tullius aurait renfermé environ 140,000 habitants et celle d'Aurélien environ 290,000. Mais la connaissance de la superficie d'une ville ne pourra servir à en déterminer approximativement la population qu'autant que l'on connaîtra en outre la contenance des terrains bâtis et la hauteur des maisons.

Paris, en 1818, sur 3,439 hectares de superficie totale, en avait 1 ,496 en terrain nu, et seulement 1 ,943 en terrain bâti. Rome avait-elle beaucoup moins d'espace vacant? Selon Pline, elle renfermait 265 places en carrefour. On peut se figurer l'espace qu'occupaient 424 temples mentionnés dans la Notice de Vempire, et dont plusieurs étaient entourés de bois sacrés; il est vrai que la Notice de l'empire est postérieure à Aurélien; par conséquent ce nombre ne peut servir que comme terme d'approximation. Les forum Romanum, Boarium, Julium, Augustum, Ulpianum, Olitorium, les marchés de Flore, de Néron, occupaient un assez vaste espace, ainsi que les greniers d'abondance, tels que ceux dont parle Suétone, qui étaient près du mont Palatin. Le Grand-Cirque, dont Denys d'Halicarnasse donne les dimensions et la description, tel qu'il était sous Auguste; les cirques Agonal, Flamiiiien, de Gœlius, et les Esquilles étaient autant de vastes surfaces non habitées. Il faut y ajouter les théâtres, les basiliques et les thermes, qui n'étaient remplis que temporairement, et qui occupaient des emplacements très-vastes. Agrippa donna au peuple l'usage gratuit de 170 bains , et Phne dit que, de son temps, ce nombre s'était infiniment accru. Autour de ces édifices, autour des fours, des fontaines «t des autres monuments publics, on

devait laisser un espace vide de 15 pieds, d'après les règlements relatifs à la voirie qui étaient en vigueur sous Auguste. Si nous considérons les hôtels ou palais des grands et des riches, nous voyons qu'il leur fallait un grand espace et que de vastes emplacements y étaient consacrés au luxe, à l'agrément et aux jouissances de leurs opulents propriétaires. Sept quartiers de Rome, du temps de Néron, avaient des espaces vides très-larges et des portiques consacrés à l'agrément; aussi, dans l'incendie qui éclata sous ce prince, il y périt moins de monde que dans les autres quartiers. L'espace non habité était, comme on voit, considérable; il s'agrandit encore après cet incendie. Néron, dit Tacite, s'établit sur les ruines de sa patrie, et il construisit un palais moins étonnant encore à cause de l'or et des pierreries, décorations ordinaires et depuis longtemps prodiguées par le luxe, que parce qu'on y trouvait des terres en culture et des lacs, des espèces de solitudes avec des bois d'un côté, de l'autre des espaces découverts et des perspectives. Le palais de Néron s'étendait depuis le mont Palatin jusqu'aux Esquilles, et il occupait plus de terrain que les Tuileries, le Louvre et le Luxembourg réunis. Le reste de Rome changea aussi d'aspect après cet incendie; on limita l'épaisseur des massifs de maisons, on donna aux rues de larges dimensions, on réduisit la hauteur des édifices. [1 est permis d'envisager ces innovations de Néron comme des embellissements utiles, ainsi que le dit Tacite, sans regarder toutefois comme déimée de fondement l'opinion (ju'il rapporte en ces termes : (^ Quelques-uns croyaient l'ancienne forme plus con- « venable pour la salubrité. Ces rues étroites et « ces bâtiments élevés ne laissaient i)as à beaucoup « près un passage aussi libre aux rayons du soleil, au

« lieu que maintenant toute cette largeur, restant à « découvert sans aucune ombre qui la défende, est en « butte aux traits d'une chaleur brûlante. » Rome ancienne contenait donc une population plus nombreuse que Rome rebâtie sous Néron, puisque les constructions y étaient plus serrées; et ladidérenceavaitdû refluer dans les faubourgs.

En définitive, tout cela montre que Piome, même avant Néron, renfermait, dans son enceinte, de trèsgrands espaces non bâtis. Par conséquent, ce n'était pas l'entassement des édifices qui aurait pu donner à sa population une densité exorbitante et hors de toute proportion avec la densité de celle de Paris. Si l'hectare à Paris, y compris les terrains bâtis et non bâtis, renferme environ 206 habitants, l'hectare à Rome, avant l'incendie de Néron, n'a pas pu, dans les mêmes conditions, renfermer 21,909 habitants, 12,519 habitants, 6,239 habitants, 1,877 habitants, suivant qu'on suppose, comme on l'a fait, une population de 14,000,000, de 8,000,000, de 4,000,000, de 1,200,000 habitants. Jl y avait à Rome trop d'espaces non bâtis, pour que la disproportion entre la densité des deux populations atteignît môme le plus petit de ces nombres.

La hauteur des maisons est une condition qui influe sur la densité de la population. Elle était considérable à P.ome, mais non pas assez pour permettre de dépasser toutes les probabilités fournies par la comparaison de Paris. Nous savons par Slrabon qu'elle fut fixée par Auguste au maximum de 70 pieds romains (20" 74). Ce maximum fut réduit à 60 pieds romains (17°'77) par un édit de Trajan, dont Aurélius Victor nous a transmis les termes.

Rome avait-elle des faubourgs qui, augmentant démesurément sa population, la portassent à quelqu'un

de ces grands nombres admis par plusiem's historiens? Pour juger cette^ question, mentionnons les faits que M. Bureau de la Malle a rassemblés. Rome ne s'étendait pas jusqu'à la mer, puisque le bourg d'Alexandre, qui n'était qu'à trois milles comptés du Capitole, formait un village séparé; le témoignage d'Ammien est positif : Vicum Alexandri tertio lapide ab urbe sejunctum. La propriété de Pliaon, affranchi de Néron, dans laquelle ce prince se cacha et se tua, était située à quatre milles de Rome entre les voies Salaria et Nomentana; elle est représentée par Suétone comme couverte de buissons, d'épines et de roseaux. « A « quatre milles de la ville, dit Festus, était la forêt « Naîvia, repaire d'hommes perdus et de malfaiteurs. » On ne trouve dans aucun auteur que les bourgs s'étendissent le long de la voie Flaminienne jusqu'à Otricoli. Saxa Rubra, lieu situé sur cette voie et où campa Antonius Primus en venant au secours du Capitole assiégé par Vitellius, était un endroit bien séparé de la ville; c'était une carrière de scories volcaniques rouges, exploitée pour les réparations de la grande route. Dans une foule d'auteurs, nous voyons que la campagne s'avançait jus([ue sous les murs de Rome, et couvrait la plus grande partie des lieux compris aujourd'hui dans son enceinte. Les soldats de Vitellius campent sur les pentes malsaines du Vatican, infamibus lotis. Les jardins de Julius Martialis couvrent la colline du Janicule; ceux de Varius ïorquatianus s'étendent entre les portes Prénestine et Gabienne. C'est près de là qu'on vient de découvrir le curieux tombeau de Virgilius Eurysaces. On sait que les lois et les règlements s'opposaient formellement à ce (|ue les sépultures fussent placées parmi les habitations; or, ciiaque jour on trouve des tombeaux, soit dans l'enceinte de

Rome actuelle, soit au milieu des faubourgs actuels. Sur la voie Salaria, du côté de la porte Colline, les faubourgs n'étaient pas continus; cela est inditiué par le passage suivant de Tacite : « Cerialis fut détaché « en avant, à la tête de mille chevaux, pour gagner « Rome par les routes de traverse du pays des Sabins, <( et entrer dans la ville par la voie Salaria. Il fut reçu « par les Vi tel liens avec de l'infanterie mêlée parmi « leur cavalerie. On se battit non loin de Rome, ei\tre « des maisons et des jardins coupés de chemins tor- « tueux, connus des Vitelliens et inconnus aux au- « très. » Strabon circonscrit positivement l'étendue des faubourgs de Rome, lorsqu'il dit que Collatia, Antemnœ, Fidènes, Caenina et autres lieux qui formaient autrefois de petites cités, sont, au temps où il écrit, de simples bourgs possédés par des particuliers, et sont tous situés à 30 ou 40 stades de Rome. Strabon nous peint le quartier du Champ de Mars, qui était alors un des faubourgs de Rome, comme renfermant beaucoup de terrains vides, et ce géographe écrivait sous Tibère. Il décrit la grandeur étonnante de ce Champ, où des milliers d'hommes peuvent tous ensemble, dit-il, se livrer aux courses de chars et de chevaux, aux exercices de la paume, du disque et de la palestre; il mentionne la couronne de collines demi-circulaires dont les deux extrémités s'appuient à la rive du Tibre; tout auprès, un second champ, avec beaucoup de portiques alentour, des bois sacrés, trois théâtres, un amphithéâtre et des temples magnifiques, presque contigus les uns aux autres; les monuments funéraires des plus illustres personnages des deux sexes, principalement le mausolée d'Auguste, couronné d'arbres toujours verts; derrière, un bois sacré formant des promenades charmantes; eu avant,

la place du bûcher, plantée de peupliers et défendue par une double enceinte, l'une de marbre blanc, l'autre de fer.

Un passage de Juvénal nous apprend que les environs de la porte Capène et de la fontaine Égérie étaient couverts de grands bois, où venaient s'abriter les Juifs mendiants. Le terrain auprès de la même porte était presque entièrement occupé par des tombeaux; Cicéron cite entre autres ceux de Calatinus, desScipion, des Servilius, des Metellus; celui de Ca3cilia iUelella, iille de Metellus Creticus et femme de Grassus, y est encore debout. La solitude de ces lieux y avait attiré une bande de malfaiteurs, qui s'y livraient en toute sécurité à leurs brigandages. Sur la voie Appienne, dit Asconius, est, près de la ville, le monument de Basilius, lieu jadis très-célèbre par les vols dont il fut le théâtre. Un ami de Cicéron, Lucius Quintius, qui lui apportait des lettres d'Atticus, fut assailli près de ce tombeau de Basilius, dévalisé et couvert de blessures. Il est évident que les faubourgs de Rome ne s'étendaient pas sur la voie Appienne; et cependant c'était la grande communication de cette capitale avec la Campanie et l'Italie inférieure, celle par conséquent qui semblait surtout devoir appeler sur ses bords les agglomérations de maisons et d'habitants. Le Vatican, sur lequel on a bâti le palais des papes et la célèbre église de Saint-Pierre, n'était pas très-habité du temps de Vitellius,- l'an de Rome 822; car son armée victorieuse et maîtresse de Rome fut obligée de camper sous des tentes dans ces lieux insalubres, toujours désignés sous le nom de champs, campi Vaticani. L'église de Saint-Laurent, près de la porte de ce nom, fut construite par Constantin sur une plaine nue, le long de la voie ïiburtine, via Tiburtina, in agro verano.

Suivant le témoignage de Festus, des jardins remplissaient l'espace compris entre les voies Ardeatina, Asi= naria et Latina. Enfin, un passage de Pline le Jeune, passage décisif dans cette question, prouve que les routes mêmes d'Ostie et de Laurentum, dans un espace de 11 à 14 milles à partir des portes de Rome, étaient peu habitées et n'offraient de chaque côté que de grandes forêts et de vastes prairies : « Varia hinc atque inde faciès; nam modo occun^entibus silvis viacoarctatur, modo latissimis pratis diffunditur et patescit. Multi grèges ovium^ multa ibi equorum boumque armenta, quœ^ montibus liieme depulsa, herbis et tepore verno nitescvnt. (Epist. Il, 17,- 3.) » Nardini, ce savant distingué qui a fait de Rome l'étude de toute sa vie, dit positivement : « Rome, même au comble de sa grandeur, n'avait pas, « hors des murs de Servius, des agglomérations d'édi- « fices continus, comme le prouvent les villas, les « champs, les terres et les villages voisins alors de ces « murs. »

En résumé la connaissance de la superficie circonscrite par l'enceinte de Rome, l'étendue des espaces vides qui y étaient compris, la limite que les règlements avaient fixée à la hauteur des maisons, l'état des faubourgs, qui étaient loin d'entourer la ville d'une enceinte continue et profonde d'édifices habités, tout cela prouve indubitablement que la disproportion entre la densité de la population romaine et celle de la population parisienne, ne peut pas avoir été très-considérable, et que la comparaison de Rome avec nos villes modernes et, en particulier, avec Paris, fournit, dans une approximation suiîisante, un maximum que la population de Rome n'a pas -dû dépasser. Rornons-nous pour le moment à ce résultat, et voyons s'il est possible de fixer un chiffre.

2° Consommation du blé. — La consommation journalière d'un citadin était d'un peu plus de deux livres de blé. Cela résulte de différents passages, et surtout d'un fragment de V Histoire de Salluste, où il est dit que les plébéiens habitants de Rome, dotés par la loi frumentaire, recevaient chacun par mois cinq worims de blé (67 livres et demie, poids de marc). Cette donnée a permis à M. Dureau de la Malle de tirer un parti heureux d'une autre notion fournie par Spartien. Cet historien rapporte que Seplime Sévère laissa, en mourant, un approvisionnement en blé pour sept ans, au taux de 75,000 modius par jour. Le modius étant de 13 livres et demie, les, l'ù, 000 modius donnent 1,010,500 livres, ce qui, à deux livres de blé par personne, porte la population de Rome, pour cette époque, à 505,250 individus. Ce chiffre, déterminé par une voie tout à fait indépendante de la considération de la superficie, et se trouvant pourtant dans les limites assignées par les conditions matérielles de la ville et de ses faubourgs, acquiert, par ce rapprochement et cette concordance, une grande probabilité.

3° Nombre des maisons. — H y a une célèbre description de Rome qui a souvent servi de base à des calculs exagérés sur la population de cette ville : c'est celle de Publius Victor, qui compte dans cette ville 45,795 insulœ et 1,830 palais ou c^omws. Et ce nombre ne peut être soupçonné d'une altération sensible, puisqu'il est l'addition de la somme des msiite, énumérées quatorze fois par partie dans chacune des quatorze régions ou quartiers de Rome. « Lorsqu'on a, dit 31. Dureau de la « Malle, appliijué au mot insula le sens indicjué par « son acception primitive, je veux dire celui d'île ou « massif de maisons isolées de tous côtés par des «rues, on a (k*j nécessairement attribuer à Rome une

a population quintuple ou décuple de celle de Paris. « Paris ayant, en 1827, 26,301 maisons et 713,966 ha- (( bitants, 45,795 îles ou massifs de maisons à Rome, « devaient donner 183,180 maisons, ne comptant même « quequatre maisons par île. On y ajoutait 1 ,830 palais; (' et, comme les faubourgs sont exclus de ladescription « de Victor, on était conduit par un raisonnement con- « séquent, mais fondé sur une base fausse, à cedilemne « absurde : ou d'entasser 4 millions d'habitants sur « une superficie égale aux deux cinquièmes de celle de « Paris, ou de changer la face des lieux, l'enceinte des « murs d'Aurélien, qui, par intervalles, existent encore « tout entiers. «

Les recherches auxquelles M. Bureau de la Malle s'est livré pour lever cette difficulté, montrent que non-seulement le mot inmla ne signifie pas «7<?, ou pâté de maisons, mais encore qu'il ne signifie qu'une petite habitation. Sous Tibère, l'an 36 de J.-C, il y eut un incendie qui brûla une partie du Cirque, gravi igné deusta parte Circi (Tacite) ; Tibère fit tourner ce désastre à sa gloire ; il paya le prix des maisons et des îles brûlées, exsolutis domuum et insularum pretiis. Ce fut dans ce même cirque que prit naissance l'incendie qui consuma, sous Néron, dix des quatorze quartiers de Rome, uhi per tabernas simul cœptus ignis longitudinem Circi conipuit. On voit que taberna est ici synonyme de INSULA, car il s'agit du même lieu et de la même espèce d'édifice. L'insula est définie par Papinien, qui dit : c( Sous le nom de maison, domus, est comprise « aussi Vinsula jointe à la maison. » Appellatione domus insulam quoque injunctam domui videri, si unopretio cum domo fuisset compai'ata {Digest. ^ XXXII, leg. 91, § 6). De ces passages et d'autres semblables qu'il rapporte, M. Dureau de la Malle conclut que les iasulœ servaient,

soit de boutiques pour le commerce de détail et pour toutes sortes d'industries, soit de logements dont la petitesse convenait parfaitement à cette foule de célibataires oisifs qu'attiraient à Rome les jeux, les spectacles, les distributions gratuites et dont le nombre s'accrut de siècle en siècle sous les empereurs. Les insulœ étaient de deux espèces : ou c'étaient des boutiques avec entre-sols annexées à un hôtel, comme à Paris le passage de l'Opéra l'est à l'hôtel de Vindé; ou c'étaient une série de boutiques placées sur Varea d'un palais et protégées par un portique, à peu près comme les galeries de pierre du Palais-Royal, mais beaucoup moins élevées. Les boutiques simples, insulœ, ou boutiques avec logement, insulœ cum cœnaculo, étaient presque toujours, surtout depuis Néron, de véritables annexes des maisons; elles étaient placées sur les rues, soit aux côtés, soit sur la façade de l'hôtel. Cependant elles étaient comptées à part dans le dénombrement des habitations, ce qui explique la disproportion des nombres (45,795 wswte et '1 ,830 domus) de Publius Victor dans sa description de Rome.

Vu l'espace donné, le peu de hauteur des galeries à insulœ, les habitudes de célibat des Romains, on ne peut attribuer à chacune de ces insulœ une population considérable. 3L Bureau de la Malle pense qu'en donnant cinq habitants à chacune, on prendra un nombre plutôt trop fort que trop faible. De cette façon, et' en nmltipliant par 84 habiiants les 1,830 hôtels ou domus, il trouve, pour Rome comprise dans l'enceinte d'Aurélien, une population de 382,695 habitants. «Les faubourgs de Rome au iv^ siècle de l'ère chré- « tienne, ajoute M. Dureau de la Malle, devaient avoir éperdu de leur étendue et de leur population; car 1 la crainte de l'invasion des barbares avait dû porter

« la population à se renfermer dans les enceintes l'orti- « fiées. Si j'accorde aux faubourgs de Rome, à cette « époque, 120,000 habitants, je serai plutôt au-dessus « qu'au-dessous des limites de la probabilité. Or, ce u nombre, joint aux 383,695 habitants de l'enceinte « d'Aurélien, donnerait pour la ville et les faubourgs « 502,000 habitants en nombre rond. Il faut y joindre ft 30,000 soldats et les étrangers. Le nombre de ces a derniers à Paris, où la pojjulstion était, en 1817, de « 714,000, s'est toujours maintenu, dans le cours de « vingt ans, entre 20,000 et 30,000; les registres des « hôtels garnis ont fourni, pour ce calcul, des données «positives. En supposant à Rome 30,000 étrangers et «30,000 soldats stationnaires, et les joignant aux (( 502,000 habitants de la ville et des faubourgs, on « trouvera que la population entière ne s'élève qu'à « 562,000 têtes. »

Revenons un moment sur nos pas pour apprécier la nature du problèmedont M. Bureau de la Malle a tenté la solution, les données qu'il a eues à sa disposition, et la confiance que méritent les résultats par lui obtenus. Dans le peu que nous possédons des écrits anciens, il ne se trouve conservé aucun passagequi nous apprenne le chiffre précis de la population de la ville de Rome. Un document statistique de cette nature manquant, rien ne le remplace, et dès lors une approximation est tout ce que la critique historique peut et doit vouloir. Dans ce problème, l'inconnue à dégager est le nombre des habitants de Rome; ce que l'on connaît, c'est la superficie de la viile, le maximum de la hauteur des maisons, et, jusqu'à un certain point, l'étendue des espaces vides. Cela permet de comparer Rome ancienne à Paris, et de fixer un maximum pour la population romaine. Ce maximum, à son tour est soumis au con-

Irôlede deux autres termes. Le premier de ces termes est la consommation journalière en blé, laquelle donne un nombre comprenant à la fois les habitants de la ville et ceux des faubourgs; cette remarque fait immédiatement tomber au-dessous de 500 mille têtes le nombre des habitants renfermés dans l'enceinte d'Anrélien; car la population des faubourgs a dû dépasser 400,000 habitants. Eidin, le second terme, (\m est le nombre des maisons, appuie les résultats précédents et en est appuyé; car, d'un côté, si la nature des logements romains n'admet pas, en moyenne, un grand nombre d'habitants, d'un autre côté le chiffre donné par la consommation journalière du blé permet de déterminer cette moyenne. De la sorte, la population de Rome, ville et faubourgs, soldats et étrangers, à partir d'Aurélien, doit être estimée à 500 ou 600 mille têtes.

On s'étonnera peut-être de voir réduire à ces proportions l'étendue et la population de Rome impériale; mais l'étemlue est rigoureusement connue par l'enceinte d'Aurélien, dont on peut suivre la trace, et les recherches précédentes montrent que la population ne fut pas en désaccord avec l'étendue. D'ailleurs, Rome n'était pas, comme Paris et Londres le sont, manufacturière et commerçante; c'était plutôt, comme Versailles dans le dernier siècle, un centre d'ambition, de plaisir, d'oisiveté et de luxe. Madrid, qui pendant un siècle et demi depuis Charles-Quint a été la capitale d'une partie de l'Europe et de la moitié du nouveau monde, ollVe beaucoup de rapports avec Rome à ce |)oint de vue, et sa population ne s'est pas accrue en raison de son importance politique.

Virgile, qui écrivait au moment où Rome était au faîte de sa puissance et semblait maîtresse des destins à venir, se plaisait, par un contraste naturel,

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à se représenter les faibles commencements de la ville impériale, et promenait son héros sur les lieux déserts et sauvages qui devaient un jour porter le Capitole.

Hinc ad Tarpeiam sedem et Capitolia ducit Aurea nunc, olim silvestribus horrida dumis.

Et un peu plus loin :

Talibus inter se dictis ad tecta subibant Pauperis Evandri, passimque armenta videbanl Romanoque foro et lautis mugire Carinis.

Un autre grand poëte se promet que ses vers dureront :

Dum Capitolium Scandet cum tacita virgine pontifcx.

Depuis longtemps le prêtre ne monte plus au Capitole avec la vierge silencieuse, et les vers du poëte durent encore. Le flux de la fortune de Rome était alors dans son plein, et les deux poètes n'en avaient pas pressenti le reflux. Mais, cent ans plus tard, un esprit non moins éminent, Tacite, s'apercevait que le destin de l'empire penchait vers son déclin, et que l'ascendant passait aux peuples du septentrion. En effet, quelques générations encore, et bientôt, pour parler le langage de notre poëte français. Home, dans son enceinte souveraine.

Verrait du Nord les peuplades sans gloire De leurs manteaux secouer les frimas.

M. Bureau de la Malle, à la fin de ses recherches sur la population de Rome, frappé lui-même de l'exiguïté du nombre que les faits lui ont montré, ajoute : «On « avait cru jusqu'ici que Rome, ayant subjugué une « partie de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie, ayant

« poussé très-loin ses conquêtes et maintenu très- « longtemps sa puissance, devait avoir nécessairement « une population très-nombreuse. Le raisonnement « était conséquent, l'induction semblait naturelle ; et « cependant le contraire, l'invraisemblable est réelle- « ment la vérité historique. C'est avec 730,000 citoyens « de dix-sept à soixante ans que Rome a vaincu Anni- « bal, soumis la Gaule Cisalpine, la Sicile et l'Espagne. « C'est avec une population libre moins considérable « qu'elle a subjugué l'Illyrie, l'Epire, la Grèce, la Mate cédoine, l'Afrique et l'Asie-Mineure. L'empire s'était « accru de la Syrie, des Gaules, de la Palestine et de (t l'Egypte; et, sous la dictature de César, l'Italie n'avait <( plus que 450,000 citoyens de dix-sept à soixante ans. « Tout cela est prouvé par les recensements, est ap- « puyé sur des nombres positifs. Ce qu'il va desingu- « lier, c'est que, dans l'histoire de la puissance rote maine, le merveilleux se trouve être le vrai, et que, « en dernière analyse, il reste comme un fait avéré que « Rome a fait les plus grands choses avec de très-faibles (( moyens. »

Ceci a besoin de distinction. Sans doute, si l'on compare la population militaire sur laquelle Rome exerçait son recrutement avec celle des États modernes, on trouvera ses ressources exiguës, et l'on pensera que les grandes choses ((u'elle a faites l'ont été avec de faibles moyens. Mais tout est relatif; et c'est avec les États ancier)s qu'il iaut la comparer. Or, la population militaire de la puissante république d'Athènes, qui joua un si grand rôle, n'était que de 20,000 citoyens; celle de Sparte, qui eut la suprématie de la Grèce, de 9,000; les autres États de la Grèce, de la Sicile, de l'Italie, avaient des proportions analogues; Carthage devait être constituée à peu [)iès (le même, puis()u'ello employait tant

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de soldats étrangers. Rome, loin d'être plus faible que ces États, était donc beaucoup plus tbrte; et quant aux royaumes asiatiques qui pouvaient mettre en mouvement de grandes masses, l'insuffisance de leur discipline ne leur permettait pas de tirer tout le parti possible de leurs nombreuses armées. La population considérable de plébéiens que l'organisation politique de Rome avai t créée et maintenait, faisait que le nombre de ses citoyens dépassait de beaucoup celui des autres États constitués d'une manière analogue, et, comme dans ces constitutions il n'y avait de soldats que les citoyens, lui donnait une immense supériorité numérique. Sa population militaire était, au temps d'Annibal, plus de trente fois celle des Athéniens au temps de leur puissance. Disposant d'une base comparativement aussi large, est-il étonnant qu'elle ait eu une aussi prodigieuse fortune? Plus riche en citoyens, c'est-à-dire en soldats, que les États aussi habiles qu'elle dans l'art militaire, plus habile que ceux qui appelaient aux armes des levées très-considérables, elle sut user de ses avantages, et elle fit de très-grandes choses, il est vrai, mais avec de grands moyens. Seulement, de l'intéressante et ingénieuse remarque ([ui a été suggérée à M. Bureau de la Malle par une étude exacte des faits, et qui m'a suggéré à mon tour ces réflexions, il faut conclure que, dans les sociétés anciennes, les éléments de la .force militaire étaient tout autrement répartis qu'ils ne le sont dans les sociétés modernes.

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