LES LITS D'HOPITAL
Quelquefois, en voyant ma nonchalance extrême Et mon peu de souci de fortune et d'argent, Des amis inquiets de moi plus que moi-même M'ont dit : Mourir de faim est le sort qui t'attend.
Et moi, moi me riant de cette prophétie, Je leur dis : Autant vaut succomber à la faim, Que mourir consumé d'une lente phtliisie, Ou disséqué vivant par une habile main,
La faim, ô mes amis, des morts n'est pas la pire. Notre mère nature a bien d'autres tourments Qui, sous l'ongle acéré d'un pénible martyre, Arrachent, même aux forts, cris et gémissements.
Vous n'avez vu jamais les longues, longues salles, Avec deux rangs de lits chargés de rideaux blancs, Quand les lampes de nuit sur leurs luisantes dalles Jettent de loin en loin quelques rayons tremblants,