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MORCEAUX EN VERS : LES LITS D'HOPITAL

Lorsque, dans le silence, à l'oreille attentive Un murmure léger semble quelque grand bruit, Et lorsque, profitant du calme, plus active, La souffrance s'acharne et torture et poursuit.

Ah f combien de pitié pour l'homme m'a donnée Le spectacle assidu de ces lits d'hôpital ! Combien j'ai ressenti sa dure destinée, Lui qui ne chercha point un combat inégal!

Souvent j'ai réfléchi sur ce qui m'environne, Sur ces êtres divers qui vivent comme nous, La terre et ses enfants, les cieux et leur couronne, Et le sourd mouvement qui nous entraîne tous.

Souvent j'ai réfléchi sur cet ensemble immense, Où je me vois jeté sans savoir le pourquoi ; J'ai fatigué souvent ma vaine intelligence, Et toujours mes pensers sont retombés sur moi.

Cet espace si pur, ni ce bleu sans limite N'empruntent leur mystère à des voiles épais ; Mais en vain le regard plonge et s'y précipite; Tout est limpide.... et tout se dérobe à jamais.

Je prête aussi l'oreille à ces puissants rouages Portant au bout du ciel les innombrables corps , Tout est poids et levier; mais nul n'a sur nos plages Jamais ouï gémir les éternels ressorts.

On n'entend pas ces bruits ici sur notre terre. Ni le souille du vent ([ui pousse notre es(juif, Ni le tracas des flots qu'il fend en sa carrière, Uien ne vient jusqu'à moi, passager mais caplil

Captif, oui, je le suis; on m'a borné l'espace ; Je puis faire ù mon gré le tour de ma prison ; Mais jamais nul mortel ne franchit, quoi qu'il fasse, L'impassable barrière et le fossé profond.

Qui se plut à me voir captif en ces demeures ? Ai-je été consulté, quand je dus y venir ? Je vins sans le vouloir, pour durer quelques heures; Sans le vouloir encore, il me faudra partir.

Partir ! En attendant, notre mère nature, Lançant à la volée et douleurs et fléaux, Frappe les malchanceux, et livre à la torture Leur misérable chair et leur moelle et leurs os.

Et vite préparez les longues, longues salles. Avec deux rangs de lits chargés de rideaux blancs. Et leurs lampes de nuit sur les luisantes dalles Jetant de loin en loin quelques rayons tremblants.

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