‹ Littérature et histoireChapitre 73 sur 78 · RÉMINISCENCE · texte numérisé non relu

RÉMINISCENCE

Je ne sais quel appel doux et triste à la fois Éveille dans mon sein une corde assoupie; Je ne sais quel accord, je ne sais quelle voix Ont soudain rapproché les deux parts de ma vie.

De sons harmonieux, comme au temps qui n'est plus, Sans écouter, j'entends qu'un murmure m'arrive ; Trop heureux si je trouve en mon âme attentive Un vers qui soit l'écho de ces accents confus Et vibre à l'unisson de la voix fui,ntive.

Sans regarder, je vois des éclats radieux, Tout pleins, dans leur splendeur, de beauté singulière; Sans regarder, je vois apparaître à mes yeux Des fantômes changeants tout vêtus de lumière. Fantômes si changeants, si flottantes vapeurs, Contours demi-voilés sur un fond vague et sombre f De ces formes sans corps, de ces formes sans nombre,

Heureux si je pouvais et voir quelques couleurs, Et saisir un regard, et retracer une ombre !

J'aimai, dès que je fus à moi, j'aimai toujours La lampe vigilante et la nuit travailleuse. Pourquoi donc, ici même, interrompant leur cours, Laisser à la pensée une place rêveuse?

Il est tard dans la vie; il est tard dans la nuit; Mais dirai-je à l'esprit qui passe et de son aile M'effleure doucement à l'heure solennelle : Non, non, je ne veux plus rêver, quand tout s'entiiit, Et la nuit, et la vie, et le charme inhdèle.

Je ne requis jamais de lui qu'un idéal, Modèle insaisissable où luttât ma pensée, Le cherchant, le trouvant, le perdant non lassée, Éprise des ardeurs d'un combat inégal, Mais par la lutte même assez récompensée.

Je ne sais quel appel doux et triste à la fois Éveille dans mon sein une corde assoupie; Je ne sais quel accord, je ne sais quelle voix Ont soudain rapproché les deux parts de ma vie.

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