‹ Littérature et voyagesChapitre 12 sur 53 · ESQUISSES DU NORD · texte numérisé non relu

ESQUISSES DU NORD

par des amateurs , mais il avait fallu y renoncer par disette de voix. Les bals et les concerts sont le seul amusement des hivers- On doit y joindre les plaisirs de la table qui, depuis les temps héroïques, jouent un grand rôle dans le Nord ; surtout le plaisir de boire, car il me semble qu'qn mange moins en Scandinavie qu'en Allemagne; ce qui , du reste , permet encore de manger beaucoup. Mais la rigueur du froid, qui, poussée à un certain point, modère peut-être l'appétit , fait un besoin des spiritueux : aussi sont-ils fort en usage en Norwège. Dans les réunions habituelles, on fait circuler des verres de punch pendant toute la soirée , comme • ici des verres d'orgeat ou d'eau sucrée. L*eau est bannie sévèrement des repas. Je ne pouvais m'accoutun^er à cette privation, et quand j'en réclamais pour mon usage , j'avais le chagrin de mortifier mes hôtes qui ne pouvaient concevoir ce goût bizarre , et me demandaient si j'étais mécontent de leur vin.

Drontheim a les inconvénions de sa situation . Ses habitans sont loin de tout ; Hambourg et Copenhague sont leur Paris ; mais aussi quelque chose des anciennes mœurs norwégiennes s'est conservé là mieux qu'ailleurs , et parmi tous ceux qui ont fait ce voyage , il n'y a qu'une voix sur l'hospitalité et la cordialité antique des habitans de Drontheim.

Le paysage aux environs de Drontheim est sans

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caractère; presque point d'arbres, des collines basses, pas de formes pittoresques. Seulement partout cette admirable verdure , et à Thorizon cette mer magnifique fermée de tous côtés par deiB rochers qui sont des montagnes.

Tout cela gagne beaucoup à être vu au crépuscale. Bien que nbus fussions déjà au 19 août , il faisait encore très-graud jour plusieurs heures après le coucher du soleil. Nous eûmes à Drontheinl le loisir d'observer cette singulière clarté , ce jour sans' ombre , on dirait presque sans lumière , qui semble celui d'un autre monde. On croit voir fort distinctement les contours éloignés ; mais en y faisant attention , on s'aperçoit que ces contours échappent et qu'on ne saurait les dessiner. Si l'on regarde tout à coup près de soi , on est étonné , au contraire, de l'incroyable netteté avec la- (pielle les objets voisins se détachent dans une lueur si vague. Ce jour mystérieux pcmble le véritable jour du Nord ; il adoucit les formes aiguës , il relève les formes insignifiantes , et il répand sur toutes une sorte d'incertitude qui sied merveilleusement au caractère de la nature septen* trionale;

Avant de quitter Drontheim , je voulus dire adieu à l'océan du Nord. Je fus m'asseoir au bord delà mer à quelque distance de la ville, et là je me pénétrai profondément de fout ce qu'il y a de sinistre dans cette redoutable et lugubre nature. 1. 11.

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Les montagnes étaient enveloppées d'une bruine épaisse qui semblait réunir le ciel et la mer et à travers laquelle un jour faux tombait obliquement sur les vagues. Ces vagues livides venaient inces* samment se briser contre des écueils noirs et jaunes , balançaient quelque temps leur écume , puis se précipitaient encore et en formaient de nouvelles. La mer était presque déserte , seulement un vaisseau rasait rapidement Ja côte à travers la pluie. Le soir vint; le mouvement des vagues se confondait avec le reflux, le crépuscule succédait in sensiblement à un pâle et long coucher du soleil. Alors f au battement des flots , au sifflement des vents du nord^ aux clartés du crépuscule , dans une sorte d'étourdissement poétique, je parvins à oublier leDrontheim d'aujourd'hui avec ses négocians , ses boutiques, ses trivialités. Je me transportai pour un instant dans le temps des rois de la mer , des Scaldes , des héros et des dieux de r£dda. Cet instant fut court, comme on peut croire; je retombai bientôt sur moi-même , je sentis que je n'étais ni un héros , ni même un Scalde, et je regagnai mon auberge.

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Suèbe. — iTopone.

Ronte nouvelle de Stockliolm. — Cavalcade dans les fondrières. — Bapports entre la Suisse et la Soède. — BifTérence des Norwégiens et des Suédois. — Visite aux Lapons. — Aspect de leur pays. — Une famille laponne et un troupeau de rennes. — Hospitalité , repas. — Figure , langue , race , religion des Lapons. — Aspect du nord de la Suède. — Le paysan géographe. — Anniversaire de Goethe.

Au lieu de prendre la route ordinaire de Drontheim à Stockholm , qui passe par Raeras et par la Dalécarlie , nous nous décidâmes pour la route nouyelle , qui n'est pas encore entièrement terminée , et qui passera par ^stersund , au nord de la première. Le général Birke , gouverneur de Drontheim , devait aller visiter la partie à laquelle on travaillait encore. Nous cédâmes au plaisir de faire avec lui le passage des montagnes. Au jour fixé , nous arrivâmes au dernier relais , où nous trouva* mes le général et son escorte. De ce point à la

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et qu'on les laissât complètement maîtres de leurs mouvemens. Malgré cette dextérité admirable de iU>s montures , les difficultés étaient si grandes , que tous ceux de nous qui ne mirent pas pied à terre dans certains endroits tombèrent une ou plusieurs fois non pas de cheval , mais à cheval. L^animal , après les plus grands et les plus habiles efforts, s'abattait dans un bourbier; le cavalier écartait les jambes et n'éprouvait d'autre inconvéniens de son accident que d'enfoncer dans la boue jusqu'au dessus des genoux. Aucune de ces chutes ne fut dangereuse ; mais quelques-unes furent assez désagréables. Le docteur £smark , qui avait eu probablement la malheureuse idée de mettre l'intelligence d'un professeur aux prises avec l'instinct d'un cheval , renversa deux fois le sien sur lui , et ne dut son salut qu a la nature du lieu de sa chute. Imaginez dans quel état on le déterra; mais^ conservant au milieu des plus grands revers un zèle héroïque pour la science , sa première pensée était toujours pour son baromètre, dont il était plus occupé que de lui-même. Nous fûmes cantonnés militairement par le général dans quelques gaards perdus au sein de ces marécageuses solitudes. La soirée se passa à la norwégienne , à boire du punch , à fumer avec nos compagnons de fatigue. Un pasteur , dont la cure n'était pas située bien loin de l'endroit où nous étions , nous apprit sur les mœurs dès pay-

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sans diverses choses curieuses , surtout parle rapport de certains usages établis dans ces cantons lointains de la Norwège avec des coutumes qu'on retrouve dans quelques cantons de la Suisse ; le singulier nsage du kilt, entre autres, est commun aux deux pays. On appelle ainsi les visites mystérieuses que les garçons font pendant la nuit aax filles qu'ils doivent épouser. Les suites ordinaires sont les mêmes en Suisse et en Norwège , c'est-à-dire qu'il en résulte , il est vrai , souvent la nécessité du mariage , mais que le mariage suit immanquablement. Une pareille faute ne fait aucun tort à la jeune fille ; mais le jeune homme serait déshonoré à jamais s'il refusait de la réparer. Du reste , ce rapport n'est pas le seul qu'on ait remarqué entre les habitans de la Scandinavie et ceux de certaines parties de la Suisse. Les paysans de la vallée d'Hasli ont une tradition qui les fait descendre des Suédois. On assure que lear dialecte a quelque analogie avec la langue suédoise ; «t j'ai trouvé dans le visage des femmes ae Stockholm le type de celui des femmes d'Hasli. La belle batelière de Brientz , par exemple , avait un profil exactement suédois. Les petits cantons ont consevvé une ballade très-ancienne , qui ra* conte leur origine septentrionale ; et un fait qui établit peut-être plus victorieusement que tous les autres Ic' rapport en question, c'est l'existence parmi les enfans de Berne d'un jeu dans

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lequel on articule des paroles bîzarres'toat-à-fait inintelligibles à ceux qui les prononcent. Ce même jeu, ces mêmes paroles se retrouyent parmi les enfans de Copenhague , qui certes ne se sont pas entendus avec ceux de Berne. L'histoire des jeux d'enfans, des contes de nourrice et des proyerBes de bonne femme, peut* jeter un trèsgrand jour sur l'histoire de Tespèce humaine. C'est là ce qui se transmet à de grandes distances, subsiste pendant des siècles , ne s'invente guère , et survit quelquefois aux lois , aux coutumes , aux empires.

Le lendemain nous continuâmes notre expédition , et cette journée fut encore plus rude que la première. L'adresse des chevaux eut encore plus beau jeu pour se déployer. Au milieu des marécages on trouva tout à coup des rochers escarpés , qu'en vérité on ne pouvait gravir à pied sans quelques efibrts et assez d'agilité. £h bien ! toutes nos montures en vinrent à bout et ne se cassèrent point les jambes. C'était vraiment un tableau curieux à voir : une vingtaine de chevaux: sur des pentes de rochers , les uns glissant , les autres roulant , les autres se retenant dans leur chute , et comme suspendus et tirés en haut par leurs guides; quelques-uns défilant déjà avec leurs cavaliers à une grande hauteur , tandis que les autres se débattaient encore avec les leurs dans les tourbières. Les cris des paysans , la con-

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fusion de cette scène, la nature sauvage et nue qui nous entourait , tout cela eût fourni un tableau piquant à Horace-Vernet ou une page ani* mée à Wàlter-Scott.

£nfin nous touchâmes, à notre grande joie, la frontière suédoise. Nous nous sentîmes avec plaisir sur un terrain 'solide. C'était la troisième fois que j'entrais en Suède; j'y entrais "par le nord, et j'allais chercher le midi à Stockholm.

Nous fûmes reçus par le colonel Boje , commandant des chasseurs du Jemtland et l'un des meilleurs officiers suédois. Il était venu au devant du général Birke, et comptait l'escorter à travers les affreux marais que nous avions traversés avec tant de peine , puis revenir par le même chemin , le tout par partie de plaisir.

£n passant de Norwège en Suède , nous eûmes tout d'abord^devant les yeux un échantiilion frappant du contraste qui existe entre le caractère des deux peuples. Rien de plus différent que le général Eirke^ avec sa douce et calme figure , ses manières simples et tranquilles, et le brillant colonel Boje avec son air animé, son allure vive et dégagée. Il n'y avait pas jusqu'à son grand bonnet de marbre noire, jeté sur le c^té de la tête avec une coquetterie militaire , qui ne contrastât avec la simple capote de cuir de Drontheim que portait le général. Ces deux hommes , distingués chacun à leur manière, étaient aussi di£férens que leur

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air ; et leurs nations sont aussi différentes qu'euxmêmes. Vraiment leur longue inimitié et l'antipathie réciproque qu'elles conservent encore ne surprennent plus , quand on a observé les oppositions naturelles qui les séparent. On ne sait comment s'expliquer , en Scandinavie , ce cachet tout méridional que porte , en général^ le caractère suédois , surtout dans les villes, et qui a fait appeler les Suédois par leurs amis les Espagnols et par leurs ennemis , les Gascons du Nord.

Nous avions un grand désir de voir des Lapons. Us s'avancent avec leurs rennes le long de ces montagnes qui séparent la Norwège de la Suède , et où eux seuls peuvent exister. Nous partîmes le 26 août pour aller les chercher dans leurs solitudes. Pour cela il fallait coucher au dernier gaard suédois , et là nous informer d'une manière précise où nous pourrions trouver 4 es Lapons, chose assez difficile , parce que d'un moment à Tautre ils quittent l'endroit où ils étaient établis, laissent leur hutte , et vont ailleurs en construire une nouvelle.

Pour arriver jusqu'à eux, nous avions environ douze lieues à faire à traver un pays assez semblable à celui que nous avions traversé les jours précédons, cependant un peu plus détestable encore ; car cette fois il n'était plus question de chevaux , les pauvres bétes n'auraient pu s'en tirer ; c'est à pied, sans chemin tracé , que nous devions

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nous engager dans le pays, à travers les marais et les tourbières.

A cinquante pas des habitations que nous laissions dernière nous , nous trouvâmes le commencement des interminables marais où nous allions nous enfoncer. Nous éprouvâmes un petit mouvement d'hésitation , en voyant que décidément il fallait nous résoudre à entrer souvent jusqu'aux genoux 'dans une ]^oue noire ; mais être si près des Lapons et ne pas les voir , de peur de se mouiller les pieds , il n'y avait pas à y penser. Le premier essai de cette manière de voyager une fois fait, nous en primes notre parti, et nous marchâmes dès lors plus souvent dans l'eau ou dans la vase, que sur la terre sèche. ^ '

Le pays danslequel nous étions alors est certainement le plus laid de l'univers. Il faut l'avoir vu pour savoir jusqu'où la nature peut aller en ce genre. Imaginez un terrain entièrement nu, à l'exception de quelques broussailles clairsemées , de quelques bouleaux nains ou difformes , la plupart sans feuilles , les uns brisés par le vent, les autres à demi consumés , et que leur écorce blanche , noircie çà et là par la flamme , rend pareils à des squelettes calcinés. Ce pays dépouillé ne produit d'autre végétation que des mousses marécageuses ; il est composé uniquement de fondrières et de rochers. On ne peut s'accoutumera cette différence dans la solidité du sol , qui change à chaque pas.

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AlteraatiTement le pied est repoussé par les saillies du granit ou enfonce dans la fange. Toute retendue qu'on aperçoit est occupée par une innombrable quantité de flaques d'eau; les vallées paraissent inondées , et Ton trouve des marais sur des rochers , ou plutôt tout ce qu'on voit n*est qu'un vaste marais entremêlé de rochers. L'eau est véritablement le fond du pays. Il y a aussi de la terre, mais on peut dire que c'est par exception.

Nous espérions rencontrer quelque ours pour compléter nos aventures septentrionales; nous, n'eûmes point cet avantage. Les paysans suédois les attaquent avec une grande intrépidité. Le ooloneBojenons avait montré un homme qui s'était trouvé dans une situation d'où peut-être nul autre n'est jamais revenu. Étant tombé sans connaissance, à la suite d'un combat avec un de ces animaux, il vit, en revenant à lui, l'ours occupé à l'enterrer , comme un chien enfouit un os pour le retrouver plus tard. Il ne perdit pas courage , se releva, recommença la lutte , et, tout afiaibli qu'il était, parvint à triompher de l'ennemi qui l'avait traité comme une provision.

Après nous être encore plus d'une fois embourbés dans les marais , avoir sans cesse monté pour redescendre de colline en colline, de rocher en rocher , nous arrivâmes , épuisés de fatigue , au gaard suédois, où nous devions nous orienter

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d'une manière précise sur la position des Lapons.

C'était nn dimanche , les habitans du gaard étaient occupés à lire la Bible et à chanter des psaumes. Le père avait une des figures les plus nobles et les plus cahnes qu'on puisse voir. Toute la famille semblait grave et recueillie. Lasolen« nité du jour^ célébrée ainsi par ces bonnes gens dans cette pauvre cabane , très-littéralement au bout du monde , avait quelque chose de respectable et de touchant.

Notre premier besoin était le repos. On nous mena dans une des petites cabanes du gaard , où étaient quelques lits , c'est-à-dire quelques peaux d'ours, de loup, de renne , étendues sur la terre. Malheureusement la largeur de la cabane n'était pas assez considérable pour nous permettre de aous placer sur ces peaux tous les cinq les uns à côté des autres; il fallait dormir à «on tour: en attendant le mien, je fus me promener autour du gaard; je me livrai avec un charme triste au sentiment de la solitude et de l'éloignemept. Je regardais le lac ad bord duquel l'habitation était placée, et qui tournait derrière une colline. Je pensais combien cette plage opposée que jo ne voyais pas deyait être sauvage et silencieuse. Le bateau amarré à la rive était là certainement pour nous pécher sur le lac , non pour le traverser. Que serait^on allé faire au-delà ? au-delà où aller ? Nous

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nous remîmes en marche le lendemain matin, Ters dix heures; au bor^ d'un autre lac^ au pied d'une montagne nue et d'une forme bizarre, nous aperçûmes tout à coup un troupeau d'environ trois cents rennes et une famille laponne occupée à les traire. Ces animaux à demi domestiques errent toute la journée dans les rochers, qui sont leurs pâturages. A une certaine heure on les rassem: ble, au moyen de petits chiens à pattes courtes* d'une espèce particulière. Le coup d'œil qui s'offrit subitement à nous était yraiment frappant Ce troupeau d*animaux presque sauvages se pressant en désordre, quelques uns immobiles , d'autres luttant avec leurs ramures ensanglantées, ou se précipitant par bandes vers un point ou vers un autre , comme emportés par un soudain vertige ; les cris des enfans, les jappemens des chiens qui les poursuivaient , les hommes et les femmes occupés à recueillir leur lait ^ telle fut la scène no-> made qui nous apparut tout à coup dans ce désert. Les Lapons continuèrent leur opération, sans faire grande attention à nous , et sans paraître étonnés de nous voir. Nous entrâmes au milieu du troupeau pour observer de quelle singulière manière on trait les rennes. Un homme ou une femme tenait une corde de cinq à six pieds, reployée à peu près comme l'extrémité inférieure de la ficelle d'un cerf- volant, et la lançait aux rennes femelles qu'on voulait arrêter , de manière à prendre leur bois

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dans une sorte de nœad coulant, puis, sans lâcher prise, faisait passer ayec dextérité cette corde autour du museau de l'animal. Alors un enfant s'ap procbait, saisissait la corde, et la tenait serrée, tandis que la renne , ainsi assujétie , se laissait traire sans beaucoup se débattre. Chaque femelle donne très-peu de lait. Ainsi elle était prompteraent débarrassée , et à peine libre , s'éloignait d'ordinaire avec un bond sauvage.

' La pluie qui survint nous fit chercher un abri dans la hutte de la famille; elle ressemblait à celles que les charbonniers dressent dens nos forets ; je fas confondu de ses petites dimensions : quelques branchages , mal couverts d'une serge grossière , en composaient toute l'architecture ; il fallait se courber pour y entrer. Au milieu était une pierre carrée servant de foyer ; au dessus était suspendue une marmite de fer ; 1^ partie supérieure de la hutte était ouverte pour laisser échapper la fumée.^ Nos hôtes nous abandonnèrent généreusement l'abri tel quel de leur toît , et restèrent dehors exposés à la pluie. Il eût été impossible d'y tenir avec eux. Cet étroit réduit pouvait à grand'peine contenir nous cinq et nos deux guides. Je n'ai jamais pu comprendre comment faisait pour s'y loger la famille laponne composée de dix personnes en comptant les enfans. Il jue fallait pas songer à s'asseoir , le toît formait avec le sol un angle trop aigu pour le permettre ; on ne pouvait

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pas non plus se coucher autour du feu , cela aurait pris trop de place ; il fallait ramasser son corps en s'appuyant sur le côté , à peu près comme font les marmottes durant Phirer ; or, dans cette position gênée, et en occupant le moins d'espace possible , nous remplissions la hutte très-exactement. C'est apparemment pour épargner quelques pieds de l'étoffe grossière qui couvrait leur demeure , que ces pauvres gens lui avaient donné si peu d'étendue.

La mère de famille, sans nous faire aucune question , apporta un quartier de renne , et se mit en devoir d'apprêter notre repas.

Ces apprêts n'étaient pas très-encourageans pour l'appétit, heureusement le nôtre n'avait pas besoin d'être excité. La bonne femme coupait la viande en morceaux qu'elle prenait ensuite avec les doigts pour les placer un à un dans la marmite ; de temps en temps elle jetait aux petits chiens^ qui s'étaient glissés dans la hutte, un lambeau de chair crue que leur disputaient des enfans affamés , presque nus, en tout semblables à de petits sauvages. C'eût été une lithographie à faire que l'intérieur de cette hutte ; nous , accroupis autour du feu et buvant du lait de renne dans de grandes écuelles de bois , la bonne .laponne courbée sur la marmite et préparant , comme je viens de le dire , notre repas ; les chiens et les enfans soulevant la méchante tenture qui servait de porte , pour

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