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s'introduire en rampant dans la butte, et, afin de compléter le tableau , la figure impassible d'un de nos Norwégiens , à genoux en debors , la tête seule passée à l'intérieur, et «dans cette attitude fumant imperturbablement sa pipe.
Notre bôtesse ayant achevé de couper et de déchiqueter le morceau de viande qu'elle nous destinait, mit cette viande dans la marmite de fer , qu'elle recouvrit d'une assiette de bois renversée, et la laissa cuire ainsi dans le beurre de renne; puis, au bout d'un certain temps ^ versa le tout dans une grande écuelle pareillement de bois, où nous mangeâmes d'un grand appétit ce ragoût extraordinaire , sans l'aide . de fourchette, et avec le secours des. paysans suédois qui nous avaient accompagnés.
Pendant le temps qu'avaient duré les apprêts de notre festin, nous avions adressé diverses questions à celle qui s'en acquittait si bien. Nous nous servions de la langue suédoise ; ces Lapons , en rapport fréquent avec les Suédois , la savaient très- bien ; mais entre eux ils parlaient le lapon , langue absolument difierente des idiomes Scandinaves, dialecte finois, d'une prononciation singulièrement douce et agréable.
Cette langue que parlent les Lapons , et le nom de fin y le seul par lequel ils se distinguent euxmêmes , attestent qu'ils appartiennent à cette grande famille des nations finoises^ dont faisaient
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breu , mais le lapon , pas un mot ; et alors ils sont oblijg;és d'avoir un interprète qui , phrase par phrase , traduit leur sermon aux naturels du pays. Qu'on juge si cet intermédiaire est favorable à réloquence, et si l'orateur, en finissant son sermon, ne court pas la chance d'avoir prêché tout autre chose que ce qu'il voulait dire.
Le gouvernement a fait ce qu'il a pu pour déterminer quelques 'Lapons à abandonner la vie nomade , et pour en faire des agriculteurs ; mais jusqu'ici on a bien rarement réussi. Quelquefois un père de famille consent' à s'établir sur la terre qu'on lui donde; pendant ce temps le reste de la famille continue sa vie errante et rôde autour dp la demeure de son chef. Bien souvent il arrive qu'au bout de peu de mois il quitte son nouveau genre de vie et retourne sur les rochers.
Ces rochers où ils suivent leurs rennes sont de véritables pâturages , ear ils sont couverts de l'espèce de lichen qui forme l'unique nourriture de ces animaux. Ces rochers s'étendent au sud de ce que la géographie appelle Laponie; ils déterminent ce qu'on pourrait nommer la Laponie physique. Là où est ce lichen et où il n'y a que lui , il ne peut vivre que des rennes «et des Lapons vivant de ces rennes.
Notre repas fini , nous songeâmes à nous mettre en route , car il nous restait beaucoup de chemin à faire pour regagner un gite suédois avant
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la nuit. Nos guides , suivant l'usage de leur piiys, serrèrent la main de notre hôtesse en lui disant : tak fonnai , merci pour ce que nous avons man^^ gé. Nous fûmes véritablement touchés de l'hospitalité de ces pauvres et excellens Lapons qui, après nous avoir reçus de leur mieux, ne voulaient rien accepter de nous. Il fallut insister pour les faire consentir à recevoir une très^petite somme, qui leur inspira une si vive reconnaissance^ qu'au moment de notre Répart toute la famille nous salua par un bruyant hourra ! auquel nous ré* pondîmes de grand cœur.
De ce point de notre voyage nous commença* mer à revenir vers le sud , et le pays dans lequel nous entrâmes prit un caractère tout différent. Bientôt nous fûmes dans le Jemtland , grande vair lée de la Suède septentrionale , qui offre des ta^ bleaux aussi fiers et aussi imposans que ceux de la Norwège. C'est là que sont les véritables beau^ tés de la nature suédoise; quand on n'a été qu'à Stockholm, on ne connaît pas la Sdèçjie.
Aux flaques d'eau avaient succédé les grands lacs ; aux petits rochers épars et écrasés, les cimes Fastes et majestueuses; nous retrouvâmes des sa-^ pins , signe assez singulier d'une nature plus méridionale , avec un sentiment de joie semblable à celui d'un Espagnol qui reverrait des oranger».
I^es lacsnombreux qu'on rencontre dans le nord
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delà Suède communiqueDt en général les uns aux autres comme les lacs de FAmérique septentrionale ; souvent plusieurs d'entre eux n'en forment véritablement qu'un seul. Sur quelques-uns de ces lacs, on trouve à de grandes distances des relais de bateaux ; mais ces bords sont bien rarement visités; on ne comptait pas sur des voyageurs, comme on peut croire , et il fallait à chaque fois attendre long-temps que notre embarquement fût préparé. Une de ces stations forcées m'a laissé un long souvenir. Dans une cabane perdue , située à l'extrémité du lac de Call , qu'on ne passe que pour aller chez les Lapons et séparée de toute autre habitation par une navigation de plusieurs heures , nous trouvâmes un paysan qui vivait là seul avec sa femme ; elle était alors malade et poussait des cris aigus. Je n'ai rien vu de plus déchirant que ce triste intérieur , si éloigné de tous secours , de toute consolation. Ce paysan paraissait soigner et endurer la douleur de sa femme avec une imperturbable patience. Ce qui nous accabla d'étonnement, ce fut de le trouver dans cette solitude occupé de géographie. Il avait des cartes qui étaient arrivées là, Dieu sait comment. Ce qu'il désirait, c'était des livres pour l'intelligence de ses cartes; il nous demanda de lui en procurer. Certes, .s'il y avait eu moyen de faire parvenir quoi que ce soit au bord du lac de Call , nous nous serions empressés d'encourager un désir d'apprendre si étonaan^
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dans une telle situation, et qu'on ne rencontrerait peut-être nulle part ailleurs qu'en Scandinavie.
Le 28 au soir nous arriTâmes à un village suédois dont le nom m'échappe. Ce dont je me soutiens, c'est qu'il me parut ravissant. 11 faut avouer que depuis quelques jours nous n'étions pas gâtés par les objets de comparaison. Ce jour était l'anniversaire de la naissance de Goethe. Deux de nous s'étaient trouvés à Weimar quelques mois auparavant ; ils avaient vu le patriarche dans toute la verdeur de sa vigoureuse vieillesse , plein de chaleur , de grâce , de bonté ; ils avaient promis de revenir célébrer avec leurs amis , le 28 août , la fête de Weimar et de l'Allemagne ; ils ne se doutaient pas qu'ils seraient alors dans un pays si lointain et si barbare que le nom de Goethe n'y eut jamais été prononcé.
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$t0ckl|oltii et Mf^aL
"Lmo Mellar. — Arrivée ^ Stockholm.— Environs—- LUtërature %ué» dofte.— 'RomanUqaei. — Uptal.-** Geyer. — Tegner. — Atterbom. ' — HiarU. — Histoire politique de la Suède. — Maouicrit d'ai^eat. — Mine do Danemora. — Aurore boréale. — Le roi de Suède.
. Je partis d*lJpsal (1) pour Stockholin sar le bateau à vapeur. Le temps était doux , le ciel voilé; c^était un jour d'automne calme, mélancolique, parfaitement en harmonie avec le caractère paisible et triste des bords du ]ac Mellar; rochers bas, boisés, arrondis, lignes gracieuses, formes monotones y aspect solitaire, en général des sa-
(i) La route qui m'avait ramené del frontières septentrionales de la Suède à Upsal n'ofirant plqs rien de bien nouveau et de bieu remarquable, je ne lui ai ^oint donné de place dans ces esquisses , et je reprends la narration au moment où je m'embarque A Upsal Sur le lac Mellar, qni établit par les bateaux à vapeof une comma« nication journalière entre cette ville et Stockholm.