‹ Littérature et voyagesChapitre 27 sur 53 · GOETHE · texte numérisé non relu

GOETHE

pas encore populaire en France , où Ton craint la fatigue etPétude, où chacun se hâte de se moquer de ce qu'il ne comprend pas, de peur qu'un autre ne s'en moque avant lui , et où l'on ne l'admire qu'à la dernière extrémité. Mais enfin on s'avise un beau jour qu'il est plus aisé de proscrire un ouvrage , parce qu'il n'a pas été fait pour nous , que de concevoir pourquoi d'autres le trouvent beau ; qu'il faut peut-être plus d'esprit pour apprécier le mérite d'une littérature étrangère, que pour reconnaître qu'elle est étrangère, et faire des défauts de tout ce qui la distingue de la nôtre; et qu'enfin c'est une duperie de renoncer à des voluptés nouvelles de l'imagination pour ce plaisir de médiocrité et d'impuissance , la vaqité de ne pas comprendre , l'orgueil de ne pas jouir.

Au commenceinent de la carrière de Goethe , la littérature en était en Allemagne à peu près où elle en est aujourd'hui en France, On était las de ce qu'on avait , et on ne savait trop que mettre à la place : on imitait tour à tour les Français, les Anglais , l'antiquité , on faisait force systèmes en attendant les chefs-d'œuvre ; la chaleur avec laquelle les auteurs de ces systèmes prônaient les résultats futurs de leur doctrine, et attaquaient ceux des doctrines ennemies^ rappelait la colère de ces deux frères des Mille et une Nuits , qui se brouillèrent un jour à propos de leurs enfans encore à naître.

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