‹ Littérature et voyagesChapitre 28 sur 53 · LITTÉRATURE ALLEMANDE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE ALLEMANDE

traces d'inexpérience et de jeunesse ; mais à partir de ce moment , tous les autres offrent un caractère surprenant de maturité. Goeiz de Berlichingen , qui suivit les Coupables , par la profondeur de la conception , la simplicité et la sobriété des détails, semble le produit d'un talent parfaitement formé : quand il parut, Goethe avait vingt-quatre ans.

Les mésaventures qui suivirent ses premières amours , l'avait jeté dans un sombre abattement , qu'augmenta encore une certaine épidémie mélancolique , répandue à cette époque parmi la jeunesse allemande , par la vogue de Shakespeare ; une maladie grave vint ajouter à cette disposition chagrine qui l'avait peut-être causée , et Goethe passa plusieurs années dans les soufirances que les premiers mécomptes de la vie et les inquiétudes d'une âme qui se cherche , font souvent éprouver aux imaginations ardentes avant qu'elles aient trouvé pour s'exercer le but qui leur convient. Tour à tour exalté et découragé , allant du mysticisme au doute, changeant ses études, brisant ses affections, irrité par la société , accablé par la solitude , ne se isentant ni l'énergie de vivre, ni celle de mourir, il était tombé dans une noire tristesse : état douloureux dont il ne se délivra plus tard qu'en le peignant dans Werther, et qui lui inspira la première pensée de Faust,

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Mais tandis que la vie réelle, telle que la 'société actuelle Ta faite , Ton pressait ainsi de tout son poids, son imagination aimait à se plonger dans ces temps d'activité libre où le but de l'existence, était clair , où la vie était forte et simple; il semblait à l'étudiant mélancolique et découragé qu'il eût vécu plus à l'aise sous la cuirasse de l'homme d'armes , dans le château fort du chevalier ; il rêvait la vieille Allemagne , $es hommes de fer, ses mœurs rudes ^ franches , aventureuses. L'aspect des monumens gothiques , surtout de la cathédrale de Strasbourg, acheva de rendre vivant pour lui cet âge qu'il regrettait. L'histoire " que le seigneur de Berlichingen a écrite de sa propre vie, lui offrit le type qu'il cherchait, et lui fournit la base de sa conception. £t c'est ainsi que se forma dans sa tête cet ouvrage que l'Allemagne accueillit avec transport , et qu'elle reconnut comme un portrait de famille.

Goeis de Berlichingen est un tableau, ou plutôt une vaste esquisse du seizième siècle; car Goethe , qui avait d'abord eu l'intention de développer son drame et de le mettre en vers , se dé- ' cida à le publier clans l'état où nous l'avons. Mais chaque trait est si juste et si ferme, tout est indiqué avec tant de sûreté et de hardiesse, qu'on croit voir une de ces ébauches de Michel- Ange , ou quelques coups de ciseau ont sufR à l'artiste pour exprimer toute sa pensée. Pour qui veut y

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regarder avec attention ; il n'y a pas un mot dans Goetz qui n'ait sa portée : tout tend à l'effet géaé<ral; tout concourt à dessiner la grande figure du moyen âge expirant : car on peut dire qae le moyen âge' est le héros de ce singulier drame ; c'est lui qu'on voit vivre et agir, c'est à lui qu'on s'intéresse ; le moyen âge tout entier respire dans ce Goetz à la main de 1er , avec sa force , sa loyau* té , son indépendance ; il parle par sa bouche , se défend par son bras, succombe et meurt avec lui.

Il faut avouer qu'on tombe de bien haut en passant de cet étonnant ouvrage aux drames bour* geois de Goethe, tels que Clavijo el Stella, Clavijo fut le fruit d'un pari auquel donnèrent lieu les mémoires de Beaumarchais ; il renferme des scènes filées avec une grande habileté ; l'intention de Goethe paraît avoir été surtout de mettre , sous la forme draraatiqiie, un drame qui Tavait^fortement frappé , et il faut convenir qu'il l'a fait avec talent. Pour Stella , la conception en est révoltante, et on aurait beau jeu pour traiter tout l'ouvrage avec sévérité : il me semble plus curieux d'observer , dans cet écart même , la nature du génie de Goethe, toujours ouvert à l'impression de ce qui l'entoure. Il était devenu l'idole du public allemand , et il semble avoir voulu servir ce public selon ses goûts , au lieu de chercher à sa • satisfaire le sien. Cette faiblesse atteste la facilité,

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et , si Ton peut dire ainsi , la complaisance de son talent, et peut-être, pour que ce poète appelé à presque tout reproduire , eût accompli le cercle de sa destinée , était-il nécessaire qu'il eût une fois le triste mérite d'çxceller dans un détestable genre.

Pour parler plus sérieusement , les années qui suivirent la publication de Goetz et de Werther , offrent Fépoque la moins remarquable de la vie de Goethe; devenu homme de cour et homme puissant, il parait s'être laissé distraire et dominer par le monde , dans lequel il vivait. 11 avait perdu dans le commerce des hommes, cette âpreté sombre qui avait fait le tourment et produit les chefshd'œuvre de sa jeunesse , et il ne s'était pas encore élevé à cette inspiration plus pure et plus calme dont sont empreints les ouvrages de la se« conde période de sa vie : dans cet état de transition, entre ce qu'on peut appeler sa première et seconde manière , n'étant soutenu par aucun élan personnel , il fut trop facilement livré aux impulsions étrangères , et céda trop au caprice de ce public qu'il brava depuis avec tant de succès*

Son voyage en Italie ouvre cette seconde épo» que du talent de Goethe, sur laquelle il eut tant d'influence.

Un voyage en Italie ne pouvait être un événe-^ ment indifférent dans la vie de Goethe ; arraché à l'atmosphère un peu pesante et un peu terne

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d'une petite cour d'Allemagne , et transporté sous rheiireux ciel de Rome, de Naples et de Palerme, il reprit toute Ténergie poétique de ses premières années. Dégagée des orages qui Fa- Taient d'abord troublée , échappée au cercle qui menaçait de la rétrécir , son âme , pour la première fois en possession de toutes ses forces , n'eut plus rien à gagner dès lors en étendue et en sérénité. Dès ce moment^ Goethe n'ébauchera plus; ses conceptions pourront être jugées plus ou moins heureuses, mais l'exécution qui est peut-être en poésie comme en peinture , la véritable mesure de l'artiste, sera toujours achevée.

De l'aveu de tous les Allemands, ce mérite se trouve au plus haut degré dans les deux pièces de GoëtKe qui se rapportent le plus immédiatement à cette époque de sa carrière , le Tasse et Iphigénie, Le système dans lequel elles ont été composées a été vivement critiqué; et si on les considère sous le point de vue romantique ou historique, c'est-à-dire comme devant donner de fortes émotions ou exprimer des sentimens , soit grecs, soit italiens, la critique a bien raison ; mats si on les envisage , ainsi que nous avons fait pour d'autres ouvrages de Goethe , comme des manifestations de son âme , elles pourront présenter assez d'intérêt , indépendamment même des beautés de style dont elles sont remplies, et qu'une tra-

doction^ quelque fidèle qu'elle soit, ne peut guère que faire soupçonner.

Ces deux pièces sont le résultat d'une alUanoe entre le sentiment de la beauté extérieure , telle qu'elle se montre dans la nature méridionale et les monumens de l'antiquité , d'une part , et de l'autre tout ce qu'il y avait de plus subtil et de plus, raffiné dans l'esprit et l'imagination du poète allemand. Ainsi , dans le Tasse , un dialogue ingénieux ^ nuancé comme celui de Platon et d'Euripide, est employé à retracer un ordre de sentimens et d'idées presque entièrement propres à GoÔthe« Le caractère de ses personnages , leurs relations idéales » le type que chacun d'eux représente , on sent qu'il n'a pas trouvé tout cela dans l'his* toire de Ferrare ; on reconnaît les souvenirs de Weimar transportés, pour les embellir, dans un siècle poétique et sous le doux ciel d'Italie ; pour le rôle du Tasse , il me parait destiné tout entier à la peinture ^ admirable selon moi des troubles d'une imagination en proie à elle-même , qui , pour un mot, s'enflamme, se décourage , se désespère , qui s'arrête sur un souvenir , »'exalte pour un rêve, se fait un événement de chaque émotion, un sopplioe de chaque inquiétude, souffre, jouit, vit eAfin dans un monde étranger au monde réel , et qui a comme celui-ci ses orages, ses joies, ses trittesses; tel se montre Jean- Jacques dans ses rêveries, tel avait été long-temps Goethe. Il me 2. a.

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semble que c'est lai qui parle par la bouche da Tasse : et sous cette, poésie si harmonieuse , si délicate , il y a du Werther.

Iphîgénie est la sœur du Tasse : ces deux ouvrages ont un air de famille qu'on s'explique, quand on sait que Goethe les fit à peu près en. même temps tous deux , sous l'inspiration de l'Italie. Mais ayant à peindre dans Iphigénie , au lieu des orages d'une petite cour , les majestueux souvenirs de la famille de Tantale , et , au lieu des tourmcns et du délire de l'imagination , la fatalité et les furies, il s'est élevé à une plus grande hauteur poétique. Dans cet ouvrage , que les Alle^ mands et Fauteur lui-même semblent regarder comme la plus achevée de ses compositions dramatiques, sans doute des sentimens d'une délicatesse toute chétienne, d*un raffinement tout moderne, se cachent sous des formes empruntées à l'antiquité , mais il était impossible de fondre plus harmonieusement ces élémens divers. Ce ne sont pas seulement les formes extérieures de la tragédie grecque qui sont imitées avec art ; le génie de la statuaire antique anime d'une vie. partout égale , et revêt d'une * beauté tranquille les conceptions tlu poète. Ces conceptions sont les siennes et non celles de Sophocle, je l'avoue , et je ne saurais lui en faire de biea sévères reproches ; je ne puis le blâmer beaucoup d'être resté lui-même. Qu'ont faitd'ailleurs Fénélon et Racine?

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Est-ce dans l'antiquité, dont le caractère est pent* être assez empreint dans leurs ouvrages , qu'ils ont trouvé , Tun la jalousie de Phèdre , l'autre la morale évangélîque répandue dans le Téléonaque; Goethe a fait comme eux, et il était moins homme que personne à s'oublier complètement dans l'imitation d'un modèle; il a bien pu emprunter à la muse antique de beaux accens, mais pour inspirer le motif de son chant , il lui fallait deux muses vivantes , son âme et son temps.

Ëgmont me semble l'apogée de la carrière théâtrale de Goethe , ce n*est pas le drame historique, comme Goetz , ce n'est pas la tragédie antique comme Iphigénie ; c'est vraiment la tragédie moderne , peignant les scènes de la vie avec la vérité, du premier^ ayant la simplicité et le grandiose de la seconde ; Goethe , dans cet ouvrage , a réalisé peut-être', plus que partout ailleurs , l'idéal de la vie humaine , tel qu'il se plaît a le concevoir; Ëgmont , heureux , serein, plus amoureux que passionné , goûtant noblement les douceurs de l'existence, aimant à vivre et sachant mourir , Ëgmont est le héros de Goethe.

Il est un ouvrage de Goethe à part de tous les ouvrages connus , et qu'il faut considérer comme à part même des siens. C'est ce Faust , créatiou bizarre et profonde , drame étrange dans lequel interviennent des êtres de tout ordre , depuis le Dieu du ciel jusqu'aux esprits des ténèbres , de-

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paûi rhonimejusqu*à l'animal , €t » plus bas que î'auimal, jusqu'à ces créatures monstrueuses, qui* eomme le Galiban de Shakespeare , ne doivent qu'à l'imaginattoii du poète leur hideuse existen» ce* Il y aurait beaucoup à dire sur ce singulier ouvrage, où l'on trouve tour à tour des modèles de tous les styles , depuis celui de la comédie la plus grossièrement bouffonne jusqu'à celui de la poésie lyrique la .plus relevée , et la peinture de tons les sentîmens humains, depuis les plus odieux jusqu'aux plus tendres , depuis les plus sombres jusqu'aux plus doux. Mais, rae renfermant dans le point de vue historique auquel je me suis restreint , ne cherchant que Goethe dans ses œuvres^ ie me bornerai à présenter Faust comme Texpression la plus oomplète qu'il ait donnée de lui*mé<^ me , oui, Faust, qu'il conçut dans sa jeunesse ^ qu'il acheva dans son âge mur, dont il porta en lui la pensée à travers toutes les agitations de sa vie , eomme Camoens emportait son poème à travers les vagues » Faust contient Goethe tout entier. La passion du savoir et le supplice du doute n'a-^ vaient-ils pas tourmenté ses jeunes années ? D'où lui vint ridée de ce recours au monde surnaturel, de cet appel aux puissances invisibles , si ce n'est de oe penchant au mysticisme , qui l'avait plongé un moment dans les rêveries des illuminés, et qui lin jour lui fît inventer une religion ? Cette ironie de Méphistophélès , qui se joue tristement de la

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faiblesse et des désirs de rhomme , n'est-ce pas le côté dédaigneux et sarcastiqae de Fesprit de Goethe , disposition chagrine qui remonte aux premières années de sa vie, levain amer que dé-: posèrent pour jamais dans une ame forte des dégoûts précoces ? Le personnage de Faust surtout,' de Faust dont le cœur ardent et fatigué ne peut ni se passer de bonheur ni le goûter , qui se li- Tre avec abandon et s'observe avec défiance , qui réunit l'enthousiasme de la passion et.le découragement du désespoir , n*est-il pas une éloquente révélation de la partie la plus secrète et la plus agitée de Tâme de Goethe ? £nfin., pour achever le tableau de sa vie intérieure , il y a placé cette charûiante figure de Marguerite , souvenir idéal de la jeune fille , dont , à quinze ans , il se crut un moi)ient aimé , dont l'image sembla toujours voltiger autour de lui , et a prêté quelques traits à chacune de ses héroïnes. Le céleste abandon de ce cœur naïf, pieux et tendre , contraste admi^ rablement a?ec l'exaltation voluptueuse et triste de Faust , que poursuivent , au milieu de ses rêves d'amour , les fantômes de son imagination et les ennuis de sa pensée ; avec cette souffrance d'une âme brisée , mais non pas éteinte^que tourmente si cruellement l'indomptable besoin d'un bonheur impossible.

Après les chefs-d'œuvre, parlerons-nous de ceux des ouvrages dramatiques que nous avons

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négligé da signaler pour ne pas interrompre Texa-* luen de productions pi as importantes et cette étude du développement de t'àrae de Goethe par son talent? Nous y retrouverions encore, soit Timpresâion que firent sur lui le^ événemens contemporains, soit la trace de ses propres souvenirs; car Goethe n*a jamais rien fait dont on ne puisse trouver la raison, pour ainsi dire^ dans un chapi<* tre de sa vie. A Palerme, la destinée mystérieuse de Cagliostro le frappe, et son imagination, possé-» dée par une vive curiosité , ne peut ahandonner ce singulier personnage , qu'après l'avoir mis en drame , comme pour s'en donner le spectacle à elle-même. De là résulta le Grand Gophte, dont le sujet n'est autre chose que la trop fameuse aventure du Gollier : on se souvient, en lisant cette comédie, au reste fort amusante , que Goethe donna quelque temps dans des illusions pareilles à celle qu'il dévoile; c'est un adepte désahusé qui peint Texaltation crédule des disciples et le charlatanisme adroit du maître , en homme qui a partagé l'une et qui a vu l'autre de près; il faut avoir cru, pour railler si juste ce qu'on ne croit plus.

Dans les petites comédies sur la révolution française, il ne faut pas chercher une appréciation élevée de ce grand événement, mais seulement l'impression de ridicule et d'odieux qu'il produisait autour de Goethe; c'est cette impression qu'il a rendue très-gaiment dans le Cùotfen généraL

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Jerry et BeHly, gracieux croqais d*un paysugedel Alpes I est un souvenir de son voyage en Suisse.

Enfin, la *ManiB du sentiment ^ bouifonnerie à la manière d'Aristophane, est une boutade de Goôthe contre le genre que lui-même avait mis à la mode. Cette pièce est une de celles qui ont donné lieu à Topinion , selon moi au moins très* exagérée, de madame de Staël, qui da reste a écrit sur Goethe quelques pages prodigieusement spirituelles, et qui, la première, l'a fait connaître en France par de libres traductions pleines de vie et de mouvement. Madame de Staël voit en lui un magicien qui s*amuse à détruire ses propres prestiges ; tranchons le mot , un mystificateur en poé* fiie qui adopte un beau jour un système de propos délibéré, et, quand il Ta fait prévaloir, rabanedonne tout exprès pour déconcerter Tadmiration et exercer la complaisance du public. Je ne crois pas qu'avec une arrièrcrpensée si frirole on eût pu faire les ouvrages de Goethe : de tels caprices produiraient tout au plus des jeux d'esprit ou de talent plus ou moins ingénieux, mais je serais bien étonné qu'il en sortît quelque chose de fortement conçu ou de profondément senti : cette espièglerie ne va pas au génie. Je crois avoir montré , an contraire^ combien Goethe, dans tout ce qu'il a composé , a obéi à son émotion intime ; combien , dans tout ce qu'il a peint, il a retracé ce qu'il avait vu ou éprouvé ; doué de facultés très-diver-

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lies^ il a duy dans le cours d'une longue vie, passer par des états fort opposés, et il à pu les exprimer naturellement dans des ouvrages fort différons les uns des autres.

J'accorderai, si Ton yeut, qu'eu écrivant la / Manie du seniiment Si^rès Werther , Iphigénie après Goets , il a pu sourire en songeant au démenti qull allait donner aux théories exclusives , à la consternation où* il allait jeter ces hommes , plus communs en Allemagne qu'ailleurs , qui tiennent toujours une théorie toute prête pour la clouer à un chef-d'œuvre; mais, encore une fois, ce plaisir malin a pu accompagner , non motiver ses ouvrages , dont la source était en lui , dont la diversité tenait à celle des circonstances et des temps. •

Pour clore la carrière dramatique de Goethe , il faut psirler d'Eugénie ou la fille naturelle, dont là première partie seule a paru. Ici les personnages ne sont d^aucun pays , d'aucun temps ; ils s'appellent le roi , le duc , la gouvernante. La diction surpasse tout ce que Goethe a produit de plus parfait ; mais , comme dit M. Albert Stapfer , flans son ingénieuse notice sur Goethe , « il n'y faut chercher ni' intérêt dramatique, ni mœurs , ni caractère véritable ; c'est un simple jeu d'imagination sans but et sans règle fixe , une sorte de promenade fantastique dans des régions inconnues , parmi des créatures d'une autre étoffe que

comi* SI

■ottS. Peut-être que les habitans de Saturne sentent et s'expriment ainsi : ie contraire au moins n'est pas prouTé.

U semble , en lisant la Fille Naturelle , que Goethe n'éprouvant plus le besoin de s'exprimer , et sentant qu*il a tout dit , renonce à peindre ses sentimens pour s'égarer dans ses rêves ; on dirait que , lassé de cette yie humaine qu'il a tant contemplée , il se plaise à habiter dans un monde imaginaire, ou nulle donnée, réelle ne le gène , et qu'il peut arranger à son gré.

Ainsi Goethe commence sa carrière dramatique par l'imitation de la réalité dans Goetz de Berlichingen , traverse , sans s'y arrêter , un genre faux, celui du drame bourgeois ou du convenu sans no< blesse, s'élève âans Egmont et dans Iphigénie à une tragédie qui , plus idéalisée que ses premiers essais, s'appuie encore sur la terre , la perd enfin de yue, et s'élance dans la région des songes. Il est curieux de voir cette imagination , qui se prend d'abord si vivement au spectacle du monde, s'en détacher peu-à-peu ; il semble que le plaisir de Fart l'a emporté insensiblement sur le sentiment même de l'imitation poétique , que Goethe a fini par se plaire, davantage dans la perfection de la forme , que dans la grandeur et l'énergie de l'idée. En efiet , la forme n'est pas encore développée dans Goetz ; elle domine déjà dans Iphigénie,

elle est tout dans la Fille naturelle, f

!S1 UTTÊRATimY AllEXARBE.

Telle est l'histoire du théâtre, de G^Mië. Slmi étudiait son génie dans les antres genres de composition qu'il a essayés , on retrouverait fsicilement, sur les différentes lignes, les points qui correspondent à ceux que nous avons indiquai sur celle où nous l'avons suivi. On verrait Werther en regard de Goetz , Herman et Dorothée à côté d'Iphigénie, et les affinités électives fer<aient assez bien le pendant d'Eugénie.

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