HISTOIRE BE LA. POÉSIE
pulations saxones et normandes qui l'entourent ; quoique mélangée arec ellçs , elle conserve dans des chansons nationales un caractère à part ; et même chez son poète d^aujourd'hui , ce Thomas Hoore, développé par la société anglaise , il 7 a quelque chose de Fimagination orientale des enfans d'Ërin , de leur gaîté rêveuse , de leur mé-. lancolie passionnée.
Quelquefois l'influence de la race parait déterminer telle ou telle forme poétique à Texclusion de telle ou telle autre. Ainsi la race sémitique , qui comprend les Hébreux et lesArabes, est vouée à la poésie lyrique ; chez les premiers , ce genre de poésie a atteint le plus haut degré de sublimité ; chez les seconds , il est d'une fécondité et d'une richesse plus grandes que partout ailleurs. Mais , ni chez les uns ni chez les autres , il n'existe de poésie épique ou dramatique. Toutes deux semblent refusées à cette race.
Quant à l'influence de la nature locale sur la poésie 9 elle est tellement évidente qu^on n'ose s'arrêter à la prouver ; en effet , Messieurs, atten-drez-vous du Nord la riante imagination du Midi? Attendrez-vous du Midi la tristesse sublime du Nord ? Le chant de l'Arabe sera , comme son dé^ sert , monotone et brûlant. Ce désert, son cheval , sa bien-aimée> un orage et un combat , tels seront les tableaux qu'il reproduira sand cesse , tek sont ceux en^ffet qui composent presque unw
Discomis. ts
quement les MoUakaU, ces sept poèmes qui furent suspendiis , à cause de leur perfection , dans
I le temple de la Mecipie. Quand on lit Homère , ne semble-t-il pas Toir , à travers cette poésie limpide et radieuse , le brillant Archipel de la Grèce et la douce mer d'Ionie ? Aussi un voyage en apprend-il plus sur la poésie d'un pays que bien des dissertations et des analyses : rien ne fait mieux comprendre les jardins d'Armide qu'une journée
^ passée dans une villa de Rome, rien ne ressemble à la mélancolie des chants du Nord comme ce
I qu'on éprouve dans les solitudes de la Norwège, oà Ton n'a autour de roi que d'immenses lacs , de hautes montagnes , de profondes forets et un
I grand silence.
C'est que la nature a sa poésie : poésie éternelle dont celle de l'homme n'est qu'un reflet. Cette poésie, toujours présente, agit peu à peu sur l'imagination de ceux qui la contemplent habituellement ; à leur insu elle se mêle à leurs
I sentimens , s'associe à leurs rêveries , se réfléchit dans leur âme et passe avec elle dans leurs chants.
Quant au rapport secret des langues et de la poésie, il est moins généralement reconnu, mais non moins réel; il tient an lien de la parole et de la pensée y lien aussi mystérieux que celui de
\ la matière et de l'esprit. £n efiet, si l'on y réfléchit, comment se fait-il qu'un mot, un son, peigne
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On voit qae l'amour n'était point igpioré des anciens, comme on l'a dit; seulement, des idées de convenances , difiërentes de celles que nous avons, en interdisaient parfois l'expression directe.
£n Orient, les idées qui s'y rapportent sont encore plus éloignées des nôtres; et , je crois, par exemple , que les Français , et surtout les Françaises , auront bien de la peine à s*accoutumer à ces drames indiens , à ces romans chinois , où deux rivales finissent par épouser le même homme , et où tout le monde est enchanté de cet arrangement à l'amiable.
Ce qui n'est là que bizarre , transporté dans nos mœurs, serait révoltant.
Les arts sont de la même famille que la poésie. On conçoit donc qu'un rapport intime, qu'un lien de parenté , pour ainsi dire, doit exister entre ces divers enfans de l'imagination; c'est ce qui a lieu en effet ; et si Ton compare les chefs-d'œuvre des arts , chez un peuple , à ceux de la poésie , on les voit réaliser la même pensée sous une autre forme, dire la même chose dans un autre langage, La grande sculpture grecque, telle qu'elle se montre dans la Niobé de Florence, dans les statues du Parthénon,est de la poésie homérique en marbre. Le Dante dessine ses figures à la manière rude , hardie et grandiose de Michel-Ange; et la fresque du Jugement dernier est un chant du Dante.
La poésie et la musique sont intimement confondues à leur origine. Écoutez les chants natio-
I naux d'un peuple , on sent que Tair et les paroles sont nées de la même inspiration. L'étude de la musique peut seule initier complètement à l'intelligence de la poésie populaire. Quand le développement* des deux arts amène leur séparation , il reste encore quelque trace de leur alliance primitire ; là , où. le sen^ musical existe , il demeure
I conforme an goût poétique. Chez les anciens , la poésie était l'expression facile des sentimens Içs
I plus naturels, les plus immédiats ; aussi les anciens ne connaissaient que la mélodie, cette partie delà musique qui naît sans effort de l'émotion livrie à elle-même. Chez les modernes la poésie est devenue, comme la "vie, plus compliquée, plus laborieuse y plus réfléchie , et alors est née l'harmonie, avec ses combinaisons savaittes, avec ses effets profonds , pour satisfaire aussi à ces nouveaux be* soins de l'âme humaine, que ne pouTaitplus con«
\ tenter le plaisir simple du chant.
Passons à l'architecture , celle qu'on appelle si improprement gothique et qu'on pourrait appeler chrétienne. A quelle époque a-t-elle paru dans le ^ord de la France et sur les bords du Rhin ? Vers le onzième siècle , au moment où commence la poésie chrétienne , au moment où la civilisation
' moderne sort tout^à-coup des débris de la civilisation ancienne décomposée par le travail de la
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barbarie. Jusque-là l'arcbitectare oe savait guère que copier, en les déformant toujours davantage, les basiliques payennes , qu'alourdir ces cintres romains qui n'allaient point à son caractère ; de même que la poésie n'était qu'une compilation ou une corruption grossière des formes de l'antiqui- ' té, l'architecture faisait aussi ses Gênions et ses barbarismes à sa manière , en entassant , dans un monstrueux désordre , des débris ou des imitations défigurées de colonnes et de chapiteaux antiques. Tout à coup le génie moderne se réveille dans les chants des troubadours et des trouvères , et en^méme temps nait cette architecture, dont l'ogive détermine le mouvement élancé et hardi , ' etvqui est, comme la poésie du moyen âge, un mélange de bizarrerie et de grandeur, de grâce et de confusion.
L'histoire des religions ne peut pas , plus que Êelle des arts , être séparée de l'histoire delà poé« sie. Presque partout les temples ont été son ber* ceau. L'enthousiasme religieux et l'enthousiasine poétique étaient unis dans l'origine. Les prêtres 'étaient des poètes et les poètes des prophètes ( Vaies). La poésie était une forme de culte, elle était avec la musique la voix inspirée de la religion.
La religion qui donne naissance à la poésie, lui donne aussi son langage; c'est elle qui lui fournit ces expressions figurées qu'elle emprunte à s^
Biscoims. % i
propres symboles; ce langage est tellement inhérent à la poésie , qu'il subsiste même quand la re- Hgion qai l'avait produit a péri ; des expressions nées de la mythologie antique se retrouvent presque partout dans la poésie moderne. Boileau ne concevait pas qu'on pût se passer de ces aimables fictions; aujourd'hui, placées dans des temps rap« proches de nous, elles nous choquent; sans doute nous avons raison de les rejeter , mais la difficulté %ra de les remplacer. C'est un des grands pro« blêmes qu'ont eu partout et qu'ont maintenant [chez nous à résoudre ceux qui aspirent à fonder une poésie nouvelle; et c'est peut-être aux efforts qulls font pour atteindre à ce but , qu'ils doivent certaines locutions bizarres , certains tours de force d'expression ; ils veulent produire brusque* ment , par la seule force de la pensée individuelle , ce qu'avait lentement formé l'imagination des siècles.
Le rapport de la philosophie* avec la poésie est, ^Q premier coup d'œil , moins frappant qu'aucun autre; tout se tient cependant, et dans le oiême lieu , dans le même temps , les formules des métaphysiciens ne sont pas sans analogie avec les chants du poète. Sur ce point je ne puis mieux fiire , Messieurs , que de vous renvoyer à ces éloquentes leçons de mon illustre maître et ami bien ^>her,M. Cousin, où il a montré que la philosophie d'un siècle était la pensée même de ce siècle, 1. s