‹ Littérature et voyagesChapitre 51 sur 53 · AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

AU MOYEN AGE

PBONOlICt A LA FACULTÉ DES LETTRES DE PARIS (1832).

Messieurs ,

Quand le choix bienTeillant d'un écrivain célèbre ( 1 ) m'a désigné pour occuper passagèrement cette chaire , illustrée long-temps par l'éclat de son esprit et de sa parole » je n'ai pu songer à

(i) M. Villemain.

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Toas rendre quelque chose des improvisations pour moi inimitables , auxquelles il tous avait accoutumés. Heureux s'il m'était donné de con* tinuer, par un enseignement plus modeste, l'enseignement solide et ingénieux tout ensemble du collègue distingué ( 1 ) que Téloquencelatine rient de ravir aux lettres françaises! J'ai cru qu'il n'était permis d'aborder cette chaire qu'en y apportant, à défaut d'un talent digne des brillans souvenirs qu'elle rappelle , les fruits d'une étude sérieuse. Occupé, par devoir, depuis plusieurs années, de travaux sur les littératures étrangères, j'ai craint, si je me renfermais trop exclusivement dans le champ de la nôtre , de rester au dessous de la tâche nouvelle et imprévue qui m'était imposée; j'ai craint de ressembler à ces voyageurs qui, dans les courses d'une vie errante, ont désappris la douceur de l'accent natal, et sont comme dépaysés en rentrant dans leur patrie.

Pour échapper à ce péril , j'ai dû chercher un sujet qui ne fût point étranger à la destination de cette chaire , et auquel cependant des études antérieures m'eussent suffisamment préparé. Un seul se présentait naturellement ; la littérature françaine n'a pas été sans rapport avec les autres littératures. Vous le savez, Messieurs, notre langue n'a pas exercé une moindre influence en Europe

. (I) M. PaUa.

DISCOURS* ai7

que nos mœurs , nos idées et nos armes. De leur côté, les lettres étrangères ont agi sur nous à plusieurs reprises : faire Thistoire de cette mutuelle influence, en déterminer les causes, en apprécier les- résultats, tel est le sujet de recherches qui m'a semblé concilier le mieux et la nature de ce cours et la direction de mes études.

£n effet , Messieurs , il est impossible de s'occuper de l'Europe moderne et de ne pas être ramené sans cesse à la France; dans mes plus lointaines excursions littéraires au nord et au midi , j'ai rencontré partout son génie voyageur et conquérant. Noq moins souple et mobile que dominateur et communicatif, il n'est pas un peuple dont il n'ait , pour un jour , accueilli la langue ou adopté la fantaisie ! Ainsi , Messieurs , nous toucherons à toutes les grandes littératures , car toutes ont été en contact avec nous ; tantôt nous verrons la nôtre , instrument glorieux de la civilisation du monde, subjuguer l'Europe charmée; tantôt nous assisterons aux luttes soutenues contre elle par les littératures nationales, et notre sympathie, sans injustice, sera pour leur cause , car toute insurrection contre Tétranger est sainte! Quelquefois, enfin, quoique trop rarement, nous applaudirons à d'utiles échanges, enrichissant par un heureux commerce notre tré* sor littéraire. Ainsi nous irons à travers l'Europe de siècle en siècle et de pays en pays, suivant

lis LITTÊIIATCEX PRAIVÇAI8K«

partent l'étoile et la bannière de la France.

Mais , Messieurs , dans la situation particnlière où je me trouve, incertain du temps qui m'est accordé, je dois borner ce genre de considération à une époque déterminée de notre littérature; j'ai choisi celle qui précède et ouvre toutes les autres : le moyen âge.

Nous aurons premièrement à examiner quelles circonstances ont préparé les commencera ens de la littérature française , quels peuples ont mis la main à cet ouvrage naissant. Nous rechercherons ensuite quelle action cette littérature elle-même a exercée sur les autres littératures de l'Europe moderne ; nous ferons le compte, pour ainsi parler, de ce qu'elle a donné et de ce qu'elle a reçu ; nous établirons la balance des richesses qu'elle a recueillies dans son sein et des trésors qu'elle a répandus sur le monde.

Nous étudierons d'abord l'influence de l'antiquité.

Comme la langue latine a été la source de notre langue , comme les ruines de la civilisation romaine ont été le berceau de notre civilisation , ainsi les littératures de la Grèce et de Rome ont été les premières nourrices des lettres françaises. Même dans les âges d'ignorance , la lumière de l'antiquité ne s'est jamais complètement éteinte au milieu de nous; elle y brille parmi les ténèbres des temps les plus reculés. Massalie répand sur

quelqiies-unsde nos rivages, arec le langage de la Grèce , la politesse de ses mœurs et Féiégance de son génie. Rome envahit la Gaule , rapidement soumise à ses armes, et bientôt romaine par la langue et les coutumes. Après que les barbares sont venus, et ont rais tout en confusion , Gharlemagne parait qui , voulant relever de terre la cirilisation romaine tombée , ouvre les écoles , appelle les savans , fonde notre université de Pa- )ris ; et le mouvement qu'il a imprimé n'est jamais entièrement suspendu, jusqu'à ce qu'au seizième siècle , s'accomplisse , par le concours de Gonsiantinople qui meurt, et de l'Italie qui ressuscite, cette rénovation des lettres françaises , que l'empereur germain avait tenté d'accomplir à lui seul. *— Dans cet intervalle , on aime à suivre les effets de cette étude qui ne cesse point , à observer quels auteurs de l'antiquité sont copiés de préférence dans les cloîtres , quels sont les plus goûtés , les plus répandus , les plus imités ; chose frappante et pburtant naturelle ! ce sont souvent Jes moins parfaits , ceux de l'époque du Bas-Empire ou de la latinité corrompue; c'est Prudence pour Virgile , c'est Orose au lieu de Tite-Live , c'est Marcianus Gapella qui tient la place de Gicéron.

En outre, partouts'élève une littérature latine, contemporaine et rivale des littératures vulgaires. L'idiome qu'elle emploie est celui de Tégliso, de

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