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LES PAYSANS

Le village s'éveille à la corne du pâtre, Les bêtes et les gens sortent de leur logis;

On les voit cheminer sous le brouillard bleuâtre, Dans le frisson mouillé des alisiers rougis.

Par les sentiers pierreux et les branches froissées. Coupeurs de bois, faucheurs de foin, semeurs de blé.

Ruminant lourdement de confuses pensées^

Marchent, le front courbé sur leur poitrail hâlé.

La besogne des champs est rude et solitaire : De la blancheur de l'aube à l'obscure lueur

Du soir tombant, il faut se battre avec la terre Et laisser sur chaque herbe un peu de sa sueur.

Paysans, race antique à la glèbe asservie.

Le soleil cuit vos reins, le froid tord vos genoux;

Pourtant, si Ton pouvait recommencer sa vie.

Frères, je voudrais naître et grandir parmi vous !

J'aurais en moi peut-être alors assez de sève. Assez de flamme au cœur et d'énergie au corps.

Pour chanter dignement le monde qui s'élève

Et dont vous serez, vous, les maîtres durs et forts.

Le vieux monde se meurt. Dans les plus nobles veines Le sang bleu des aïeux, appauvri, s'est figé,

Et le prestige ancien des races souveraines

Comme un soleil mourant dans Tombre s*est plongé.

L'avenir est à vous ! • . . Nos écoles sont pleines De fils de vignerons et de fils de fermiers ;

Trempés dans Tair des bois et les eaux des fontaines, Ils sont partout en nombre et partout les premiers.

Salut ! Vous arrivez, nous partons. Vos fenêtres S'ouvrent sur le plein jour, les nôtres sur la nuit . . •

Ne nous imitez pas, quand vous serez nos maîtres, Demeurez dans vos champs où le grand soleil luit

Ne reniez jamais vos humbles origines,

Soyez comme le chêne au tronc noueux et dur:

Dans la terre enfoncez vaillamment vos racines, Tandis que vos rameaux verdissent dans l'azur.

LA BERGERONNETTE LAVANDIERE.

Ceint de joncs et de menthe.

Le moulin tourne et chante

A fleur d'eau; Sur les berges pierreuses.

Les battoirs des laveuses

Font écho.

Dame bergeronnette Mire sa gorgerette

Au flot clair; En haut, en bas, sans cesse^ Sa queue avec souplesse

Bat dans l'air.

Elle semble, la belle, Un maître de chapelle

Blanc et noir.

Qui rythme la cadence Du moulin et la danse

Du battoir.

Elle court sur le sable Et s'envole, semblable

Au Désir.

Qui toujours nous devance Et qui fuit, dès qu'on pense

Le saisir.

THÉODORE DE BANTILLE. (1828-1891.)

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