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VOLTAIRE

François Arouet, qui prit à vingt ans le nom de Voltaire, naquit à Chatenay, près de Sceaux, en 1694. Il eut pour maître d'abord son parrain, l'abbé Chateauneuf, dont l'influence fut détestable; ensuite les Jésuites, qui ne purent en faire disparaître les effets. Il sortit de leurs mains avec un esprit moqueur et

sceptique, une vanité excessive et un tempérament ardent et ingouvernable.

Ses premiers pas dans la carrière littéraire furent marqués par un incident désagréable. Soupçonné à tort d'être Fauteur d'une pièce de vers injurieuse à la mémoire de Louis XIV, il fut enfermé un an à la Bastille. Quand il en sortit, il mena une vie des plus actives, voyageant, observant, étudiant, écrivant, bon pour ses amis, implacable pour ceux qu'il n'aimait pas.

La versatilité de son esprit était extraordinaire. Il passe sans effort d'un sujet à un autre, et il écrivit peut-être plus qu'aucun homme ne le fit jamais dans le même espace de temps. Voici la liste de ses œuvres les plus dignes d'être recommandées : La Henriade; l'Histoire de Charles XII; les tragédies de Zaïre, de Mahomet, d'Alzire, de Mérope, de l'Orphelin de la Chine et de Tancrède; les Discours sur l'homme; le Siècle de Louis XIV, et ses Volumes de Lettres.

Il fit plusieurs voyages en Angleterre. Son séjour en ce pays eut une influence marquée sur son éducation. En Prusse il apprit à connaître ce qu'il y a de fragile, de dangereux dans l'amitié d'un roi, même quand ce roi s'appelle Frédéric le Grand.

C'est en 1758 qu'il s'établit à Ferney; on y venait de toutes les parties de l'Europe voir celui qu'on appelait le Patriarche. En 1778 il vint à Paris jouir de ses derniers triomphes et mourir.

Voltaire fut un homme prodigieux; il ne fut pas un homme modèle. Dans un siècle remarquable par son activité intellectuelle, il fut un grand agitateur d'idées. Il haïssait l'oppression et l'injustice. . Sa haine du clergé fit de lui un apôtre de l'irréligion, et lui inspira des écrits et des actes qui ne peuvent être trop sévèrement condamnés.

Sa supériorité est dans l'éclat de son esprit, dans son ardeur, dans sa netteté. Il est surtout grand écrivain en prose, élégant, limpide, vif et lumineux, et

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il a si bien fait parler l'esprit et les passions de son temps, qu'il est presque juste d'appeler le i8* siècle le siècle de Voltaire.

JEAN-JA€<tUES ROUSSEAU.

Jean- Jacques Rousseau naquit a Genève en 1712 et mourut près de Paris en 1778. Son père était horloger; il ne connut point sa mère. Ce fut un malheur. Son enfance se passa tristement, sa jeunesse manqua d'appui et de direction.

Après avoir été tour-à-tour domestique, précepteur, musicien, copiste, il finit par obtenir la place de secrétaire d'un ambassadeur à Venise. Ce qu'il y vit de la société la lui fit prendre en haine, comme l'indique son premier écrit. L'Académie de Dijon avait mis au concours la question de savoir si le progrès des lettres et des sciences avait contribué au bonheur des hommes et à la pureté des mœurs. Rousseau soutint la négative, et condamna la civilisation au nom des mœurs.

Sa thèse paradoxale fut couronnée et lui valut la célébrité. Sa plume une fois en train ne s'arrêta plus. Romancier passionné il écrivit la Nouvelle Héloïse, philosophe politique, le Contrat Social, réformateur des méthodes d'enseignement, Emile, et auteur de mémoires, les Confessions.

Dans toutes ses œuvres il est déclamatoire et excentrique. Il n'a ni mesure ni sagesse. Son humeur chagrine et sa misanthropie augmentèrent avec Tâge, et son état confinait à la folie, lorsqu'il mourut trentequatre jours après Voltaire à Ermenonville, dans la solitude champêtre, où il se cachait, et que lui avait ouverte la générosité de M. de Girardin.

Il y a peu d'écrivains qui aient eu une réputation aussi brillante et qui gagnent moins à être connus que Rousseau. Avec de bonnes intentions il fit beaucoup de mal, et sans bonnes raisons se rendit à la fois désagréable et malhçureux. Mal disposé çnvçr§ lç5

hommes, il n'éprouva qu'une seule espèce de joie vive et sincère, celle que donne la contemplation des beautés de la nature. Il en a le sentiment vrai, et l'exprime souvent d'une manière éloquente.

Comme écrivain politique, comme moraliste, il est plein d'erreurs, de sophismes et de paradoxes. Ses écrits sont d'autant plus dangereux qu'il y a quelque chose de séduisant dans son style, mais ce style a rarement la simplicité, la sobriété des grands écrivains.

Le livre de Rousseau qui a eu le plus de succès et l'influence la moins pernicieuse est Emile. C'est un romantique traité sur l'éducation. Il s'y trouve des choses admirables. Rousseau y plaide éloquemment les droits de la nature et combat des abus de toute espèce, mais un parti pris d'opposition à l'usage établi est cause qu'il y a dans ce livre autant d'utopies et de non-sens que de vérités et de méthodes praticables.

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