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MONTESQUIEU

Charles de Secondât, baron de la Brède et de Montesquieu, naquit au château de la Brède, près de Bordeaux en 1689. Il montra de bonne heure les dispositions les plus heureuses. Ses études finies, il entra dans la magistrature, et y remplit pendant quelque temps d'importantes fonctions. Le succès de son premier livre, les Lettres persanes, l'en fit sortir. Il vendit sa charge pour être tout-à-fait libre de satisfaire son goût pour les lettres.

Le premier usage qu'il fit de sa liberté fut de yoyager pour s'instruife, Jl parcoufuj l'Allemagne,

l'Italie, la Suisse, la Hollande, et séjourna deux années en Angleterre.

A son retour il donna son livre des Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains. Quatorze ans après parut TEsprit des lois, son grand ouvrage, auquel il avait travaillé vingt ans.

Il mourut en 1755, ^ l'apogée de sa gloire et ayant gagné l'affection universelle par la simplicité de ses manières, son commerce agréable, sa conversation spirituelle. On raconte de lui des traits de la plus touchante bienfaisance.

Son premier ouvrage, les Lettres persanes, est une satire spirituelle de la société française. Il s'y trouve des détails charmants. L'auteur y sacrifie sans doute à l'esprit léger de son époque, mais il rachète cette faiblesse par une grande science sociale et un ardent amour de l'humanité.

Les Considérations sur les causes de la grandeur et la décadence des Romains le placent au rang des grands historiens. C'est, après le Discours sur l'Histoire universelle de Bossuet, l'œuvre historique la plus importante qui eût paru en France, et elle restera, malgré les progrès de l'érudition moderne, un des travaux les plus beaux et les plus instructifs sur les destinées et le génie du peuple romain.

La gloire de Montesquieu se couronne par l'Esprit des lois. C'est une œuvre magistrale. Il fallut pour l'exécuter autant de patience que d'instruction, autant de bienveillance que de génie. L'auteur y examine les lois dans leurs rapports avec la nature du gouvernement, la force offensive et défensive, la liberté, le climat, la nature du terrain, les mœurs, le commerce, la religion. Dans un champ si vaste il était difficile de ne jamais se tromper. Les erreurs qu'on y a relevées sont d'ailleurs peu de chose à côté de la justice et de l'honnêteté des vues générales. Le mérite littéraire en est considérable. La phrase de Montesquieu est courte, incisive et brillante. JBlte a la çQuçiçion, la netteté, le mouvement, le mo^

juste et pittoresque. On y reconnaît la marque de l'homme passé maître dans Tart d'écrire, aussi bien que dans celui de penser.

Il n'y eut pas au i8® siècle autant de génies du premier ordre que dans le 17®, mais il y eut un bien plus grand nombre de bons écrivains de moyenne grandeur.

La littérature, qui avait été une espèce de ministère, d'investiture privilégiée, devint un métier, une profession facilement abordable. On n'y chercha plus seulement la gloire littéraire, un moyen de perfectionnement, la splendeur du beau, mais l'utilité pratique, l'influence immédiate, la popularité, la fortune.

Un certain nombre d'écrivains en prose et en vers y trouvèrent, outre cela, une célébrité permanente, et ont laissé des œuvres, qu'on lira toujours avec plaisir ou avec profit.

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