POÉSIE. III
un des événements de l'époque. L'auteur y gagna d'un coup la célébrité, la langue française un de ses plus touchants chefs-d'œuvre.
Il est à regretter que Lamartine ait jamais quitté la poésie pour la politique. Le rôle actif, et un moment utile et glorieux qu'il joua pendant la révolution de 1848, fut de courte durée ; il en sortit désenchanté, ruiné, et, dans sa vieillesse, condamné, pour relever sa fortune et son nom, à un travail qui était au-dessus de ses forces et à des humiliations qu'il n'avait pas méritées. Il mourut en 1869.
Ses principales œuvres sont : les Méditations poétiques, les Harmonies religieuses, le Voyage en Orient, Jocelyn, l'Histoire des Girondins, les Confidences (Graziella).
Un des grands charmes de la poésie de Lamartine, c'est qu'elle est sincère. Elle vient du cœur. L'émotion en est entraînante, la magnificence d'expression et l'harmonie incomparables. Si l'auteur de pièces telles que le Lac, la Prière, l'Ode à Byron, le Crucifix, avait eu, pour modérer son imagination et châtier son éloquence, une raison plus forte et un goût plus sûr, s'il avait été moins abondant, plus laborieux et plus sévère pour lui-même, il aurait été le premier poète de sa génération^ dont il fut un des plus illustres.
VICTOR HUGO
Victor Hugo commença en 1802 une des carrières les plus longues et les plus glorieuses de l'histoire des lettres. Il naquit à Besançon. Son génie poétique s'annonça de bonne heure. Chateaubriand l'appelait un enfant sublime.
Cet enfant, en avançant en âge, eut l'ambition non seulement d'être un grand poète, mais un chef d'école, un oracle. Il fut celui de l'école romantique.
Le besoin de faire du nouveau et d'être original était une condition de ce rôle dangereux. Cela lui fit produire des œuvres, où se rencontrent les plus grandes beautés et les plus grandes difformités.
On y est frappé par Its variations de sa foi religieuse et politique. Il commença par être royaliste et catholique, et finit par adopter les doctrines les plus radicales de la démocratie moderne.
Sa haine implacable de Napoléon III, qu'il appelle Napoléon le petit, est bien connue, ainsi que son exil de France depuis Tavénement jusqu'à la chute de l'empire.
Victor Hugo est certainement un génie extraordinaire ; mais il ne garde de mesure en rien. Il avait sa secte, ses adorateurs. Parmi eux on l'appelait "le maître," et l'on applaudissait à tout ce qu'il disait ou écrivait, même quand cela n'avait pas le sens commun.
La critique n'a jamais eu d'action sur lui ; il se croyait infaillible. Ses défauts se font le plus sentir dans ses romans et dans ses drames. Ce sont les œuvres d'un artiste qui se place trop au-dessus des règles de son art.
Comme poète lyrique il est admirable. Plus que tout autre il a le souffle puissant, l'accent ému, le trait hardi, le mot pittoresque, la rime sonore, la force et la grâce, et le don suprême de convertir l'idée en image.
Ses principales œuvres poétiques sont : les Odes et Ballades, les Orientales, les Feuilles d'automne, les Voix Intérieures, les Chants du Crépuscule, les Rayons et Ombres, les Contemplations, les Châtiments, la Légende des siècles et l'Année terrible. Son drame le plus estimé est Hernani, et parmi ses romans celui de Notre-Dame de Paris est considéré comme le meilleur ; celui des Misérables en est le plus populaire.
Il mourut le 22 mai 1885 à l'âge de 83 ans.
ALFRED DE MUSSET
Alfred de Musset naquit le 11 décembre 1810. Pour connaître sa vie il suffit en quelque sorte de lire ses ouvrages. On y trouve l'histoire de son cœur.
Il fit de bonnes études au collège Bourbon, publia son premier volume à 18 ans, fut célèbre à vingt et un, donna en dix ans dix volumes de vers, de romans et
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de théâtre, au milieu de la vie mondaine la plus agitée et la plus troublante, à partir de sa trentième année ne produisit plus que quelques œuvres légères en prose et en vers, et mourut le premier mai 1857, à 46 ans, d'une maladie de cœur, dont le dénouement fatal fut hâté par sa manière de vivre. Il avait été reçu à l'Académie en 1852.
Il eut pour amis Victor Hugo et les hommes de lettres qui l'entouraient, George Sand, Mlle. Rachel, des hommes et des femmes du monde, surtout M. Buloz, le fondateur de la Revue des Deux Mondes, dans laquelle presque tous ses ouvrages ont paru avant la publication en volumes.
Ses principaux ouvrages sont: en vers, Premières poésies, Poésies nouvelles ; en prose, les Caprices de Marianne, Fantasio, On ne badine pas avec l'amour, la Confession d'un enfant du siècle, le Chandelier, Il ne faut jurer de rien, le Caprice, Croisilles, Mimi Pinson, Il faut qu'une. porte soit ouverte ou fermée.
Ses œuvres dramatiques ne devinrent populaires qu'à partir du succès du Caprice avec la célèbre comédienne Madame AUan, en 1847, après dix ans de publication.
Alfred de Musset eut beaucoup de succès comme homme du monde. Il avait tout ce qu'il fallait pour cela, belle figure, manières distinguées, élégance de gentilhomme spirituel et sympathique. Excessif dans ses sentiments, il était tourmenté du besoin de plaire et d'être aimé. Incapable d'ailleurs d'aimer sérieusement et avec constance, il éprouva des déceptions amères. Il n'eut pas la force de se sauver par l'action, par un travail salutaire, et, après avoir cherché dans le plaisir ce qui n'y est pas, dégoûté de tout, il quitta la vie disant qu'il n'y avait connu rien de bon "que d'avoir quelquefois pleuré."
C'est à la sincérité de son émotion que tient le charme de sa poésie. On le lit avec un sentiment que peu de poètes ont le don d'inspirer, la confiance. Il a une profonde sensibilité, une grande fraîcheur d'ima-
gination, une grâce piquante, infiniment d'esprit et une pointe de fantaisie délicieuse.
Ses poèmes les plus populaires sont des élégies d'amour, et pour lui l'élégie est la peinture de la souffrance morale sous toutes les formes. C'est une des âmes qu'on ait vues les plus naïvement curie\ises de douleurs, un talent à la fois simple et raffiné, qui a touché au génie par la profondeur et la. puissance de la sensibilité.
Henri Heine disait : La muse de la comédie Ta baisé sur les lèvres, et la muse de la tragédie sur le cœur.
Ses poèmes les plus connus se trouvent dans le recueil des Poésies nouvelles et sont : les Nuits de Mai, d'Août, d'Octobre et de Décembre, la Lettre à Lamartine, les Stances à la Malibran, l'Espoir en Dieu, Tristesse et le Souvenir.