GEORGE SAND
Lucile Aurore Dupin, baronne Dudevant par son mariage, et connue comme écrivain sous le nom de plume de George Sand, naquit à Paris en 1804. Elle fut élevée quelque temps par sa mère, puis par sa grand'mère Mme. Dupin. Ni Tune ni l'autre n'eurent sur elle une influence durable, et Ton peut dire qu'elle s'éleva à peu près seule.
Son enfance et son adolescence se passèrent dans le Berri, dans ces ravins mystérieux, ces landes mélancoliques, ces traînes (chemins creux) qu'elle a toujours adorées.
A seize ans on la maria. M. Dudevant ne semble avoir eu d'autre défaut que d'être un homme ordi-
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naire, défaut capital aux yeux d'une femme supérieure.
Après dix années de vie commune ils se séparèrent à l'amiable, et Mme. Dudevant avec ses deux enfants, un garçon et une fille, alla à Paris vivre de son travail.
Connaissant M. de Latouche, son compatriote et directeur d'un petit journal littéraire, elle s'exerça d'abord au journalisme. Latouche s'apercevant que ce n'était pas la voie de son talent la poussa au roman. Elle essaya, et réussit. C'était là sa vocation. En collaboration avec Jules Sandeau, elle écrivit le petit roman de Rose et Blanche. Seule ensuite elle lança quelques mois après Indiana, signée George Sand. Le succès fut considérable. La baronne Dudevant n'existait plus, George Sand la fit oublier.
Dès lors elle ne quitta plus la plume. Elle produisit avec une fécondité intarissable, avec une ponctualité de notaire, comme disait son ami Buloz, directeur de la Revue des Deux Mondes. En moyenne elle écrivit deux volumes par an. Sa facilité de travail était incroyable; elle ne relisait guère, et ne raturait jamais. Elle aimait à s'instruire, lisait beaucoup, causait bien et écoutait mieux encore. Ses opinions, un peu changeantes et ouvertes à l'influence de ses amis, étaient quelquefois de celles qui étonnent dans une femme. Il y avait quelque chose de romanesque dans son caractère et dans sa vie. Elle en passa la dernière partie dans son château de Nohant en Berri, vigoureuse, infatigable, bienfaisante, vénérée et aimée. On l'appelait la bonne dame de Nohant. Elle mourut le 8 juin 1876. Le dernier mot de sa mère, un peu vaine, avait été : " Arrange-moi les cheveux ;" ses dernières paroles à elle, furent : " Ne détruisez pas la verdure." Elle songeait sans doute à ces beaux paysages de campagne qu'elle avait si bien décrits et tant aimés.
George Sand, qui, dans un certain sens, n'était pas une femme irréprochable, était en somme une per-
sonnalité remarquable et fort bien équilibrée. Elle avait rimagination ardente, et avec cela un très solide bon sens. Elle était bien plus sage que ses lectrices, et a inspiré bien plus de folies qu elle n'en a fait. A Tune d'elles, qu'un de ses livres enflamme un peu trop, elle dit : N'allez pas vous aviser de copier mon héroïne. Admirez la si vous voulez, et, le livre fermé, soyez une bonne femme toute simple.
Si elle a eu des liaisons compromettantes, elle eut des amitiés qui lui font le plus grand honneur, des amitiés de la vie, d'une fidélité inaltérable, d'un dévouement continu. Jamais femme n'a poussé plus loin les hautes qualités de l'honnête homme.
Elle a écrit des romans à grands sentiments, des romans a théories, à symboles et à idées, et de simples romans sans ambition ni prétention, faits d'une douce aventure de cœur, de véritables idylles. Ces derniers sont les meilleurs, la famille de Germandre, Nanon, la Petite Fadette, la Mare au diable, les Maîtres sonneurs, les Maîtres mosaïstes, la Ville noire, Mont- Revêche, le Marquis de Villemer, Contes fantastiques.
Son style est abondant, riche, souple, plein d'éclat et de chaleur, éloquent et poétique : on sent qu'avant de prendre la plume elle a beaucoup lu et sans doute beaucoup goûté J. J. Rousseau et Chateaubriand.