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A LA MÊME

NoHANT, I* juin, 1855.

Chère enfant, il y a eu de tristes motifs au long silence que j'ai gardé avec vous. J'ai reçu au cœur un coup terrible. Au mois de janvier dernier j'ai perdu mon enfant, ma belle petite Jeanne, la fille de ma fille. On me l'avait arrachée pour la mettre dans une pension, où elle a manqué de soins, où elle a souffert.

Je pleurais, je suppliais, je prouvais en vain; c'est tout au plus si on a voulu me rendre ma petite-fille morte pour Tenterrer auprès de mon père et de ma grand'mère.

D'autres malheurs, des pertes sensibles aussi, plusieurs amis partis presque dans la même quinzaine, des agonies cruelles dont j*ai été témoin, tous ces coups réunis m'avaient brisée. J'étais malade, je dépérissais; mon bon fils et un excellent ami, qui est comme un fils aussi pour moi, m'ont emmenée en Italie. J'ai vu Rome, que je ne connaissais pas; j'ai vu Florence et Gênes. J'ai passé trois semaines à Frascati, une semaine à la Spezzia, quelques jours à Marseille. J'ai beaucoup marché, j'ai été en mer, au soleil, à la pluie, au vent, des journées entières. C'est le remède certain pour moi, et je suis revenue guéne. J'ai passé rapidement à Paris, et je suis ici depuis trois jours, bien portante, tranquille, mais bien atterrée du cerveau, je le crains, et pour longtemps ébranlée au fond de l'âme.

C'est assez vous parler de mes misères; laissez-moi vous remercier de vos chers et charmants souvenirs . . .

Le dernier envoi a été plus heureux: tout était arrivé intact. De petites tortues bien vivantes ; elles sont jolies et de grand appétit. Ah ! comme elles

auraient mieux amusé ma pauvre Jeanne! et ces coquilles que vous lui destiniez, elle les aimait tant! . • •

Vous n'êtes tourmentée réellement que du caractère plein de contraste de votre cher enfant. Eh ! ma chère, il vit ! Tout est là. La vie ne peut pas être pour lui une chose facile. N'est-elle pas pour tous, au moral et au physique, un terrible combat ? Et notre vie à nous autres mères, n'est-elle pas de suivre ce combat pas à pas, de le soutenir avec ces êtres adorés, et d'aller au-devant de tous les coups jusqu'à ce que nous tombions nous-mêmes ? Ce n'est pas le bonheur, est-ce qu'il y a du bonheur ici-bas ? mais c'est la vie, et le plus grand malheur, c'est l'absence de ces tortures.

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