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gnage de reconnaissance. Mais il ne faudrait pas y chercher une histoire proprement dite. L'auteur trouve moyen de raconter longuement les débuts de l’arianisme sans citer les noms d'Arius et de saint Athanase : c'est le triomphe de la réticence et de la circonlocution.
Toute l’histoire, en somme, est délibérément orientée par Eusèbe dans le sens de l’apologétique, qu'il s'agisse de celle de l'Eglise ou de ceile de l’empereur. Mais en dehors de ses écrits historiques, Eusèbe trouve encore le moyen de rédiger de vastes apologies : la Préparation évangélique et la Démonstration évangélique sont les deux volets d’un unique diptyque, où sont réfutés d’abord les païens, puis les Juifs, au moyen d'innombrables témoignages qui nous ont conservé de précieux débris de la littérature profane. Les Eclogae propheticae, recueil des prophéties réalisées dans la personne du Christ, ont fait d’abord partie d’une Introduction générale élémentaire: la Théophanie, conservée dans une version syriaque, se contente de résumer la Démonstration évangélique. Les livres Contre Hiérocles et Contre Porphyre sont perdus.
Comme l'antiquité chrétienne, la Bible a trouvé en Eusèbe son interprète le plus curieux. Lorsqu'il explique les livres de l’Ancien ou du Nouveau Testament, Eusèbe, fidèle disciple de l’origénisme, en cherche volontiers le sens allégorique. Mais son tempérament d’érudit reprend tous ses droits pour s'intéresser à la géographie de la Palestine et identifier soigneusement tous les noms de lieux mentionnés par les Ecritures. Tel est l'objet précis de l'Onomasticon, dont nous avons une traduction, complétée par les soins de saint Jérôme. On ne lit sans doute pas de tels livres, qui ne sont guère que des catalogues: ils sont indispensables d’ailleurs à consulter et fournissent les plus précieux renseignements sur la Palestine et ses traditions topographiques au IV° siècle.
On ne saurait être étonné qu'un esprit aussi positif, aussi
exclusivement préoccupé d’érudition que celui d'Eusèbe ne se soit guère intéressé aux problèmes théologiques. Son indifférence pourtant est si grande qu'on est presque soulagé d'apprendre que, vers la fin de sa vie, l'évêque de Césarée a trouvé le loisir de réfuter le sabellianisme et Marcel d’Ancyre en deux traités : Contre Marcel et La théologie ecclésiastique. L'authenticité de ces écrits a été vainement contestée. Ils expriment au mieux ce que nous connaissons par ailleurs de la doctrine d'Eusèbe, sympathique à l’arianisme sans être franchement arienne, et hostile avant tout à la confusion des personnes divines, qui est proprement l'erreur de Sabellius.
Eusèbe eut pour successeur à Césarée de 340 à 366 un certain Acace, qui fut, paraît-il, un fécond écrivain, et s'occupa surtout de travaux scripturaires. Nous n'avons de son œuvre que des fragments dispersés dans les chaînes.
Saint Cyrille de Jérusalem. — Nous connaissons mieux l’activité littéraire de son contemporain, Cyrille, évêque de Jérusalem de 348 à 386. C'est, à vrai dire, une destinée étrange que celle de saint Cyrille, et très caractéristique de l’époque troublée qui a été la sienne. Il appartenait, par tradition et par goût, à ce tiers parti qui, orthodoxe au fond, condamnait l’arianisme d’Arius et même celui des Eusébiens, mais qui, par crainte de l'erreur sabellienne, n'avait pas beaucoup moins de défiance pour le consubstantiel de Nicée qu'il ne comprenait pas. Elu évêque grâce à l'influence d’Acace, il ne tarda pas à se brouiller avec les anoméens qui le firent exiler à trois reprises. Il ne rentra définitivement dans sa ville épiscopale qu'après la mort de l'empereur Valens, en 379; ses dernières années se passèrent dans le calme joyeux du triomphe. Il mourut le 18 mars 386, après avoir été proposé comme un modèle d’orthodoxie aux évêques d'Orient,
Son œuvre authentique comprend au total vingt-quatre
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Catéchèses, qui ont dû être prêchées immédiatement avant sa promotion à l’épiscopat, c'est-à-dire en 348. Ce sont des instructions élémentaires, à l'usage des candidats au baptême. À une catéchèse préparatoire, succède une explication assez développée, quelquefois même un peu prolixe, du symbole: puis viennent les catéchèses mystagogiques, qui traitent des trois sacrements de l'initiation chrétienne, le baptême, la confirmation et l'Eucharistie, Il y a en tout cela une éloquence très spontanée, très naturelle, très franche, très sympathique. Sans être un grand écrivain, et sans avoir cherché à l'être, Cyrille nous apparaît comme des meilleurs prédicateurs du IV° siècle,
À la même école que lui appartient son contemporain, Eusèbe, évêque d'Emèse de 341 à 359, grand exégète et grand prédicateur. Ses œuvres scripturaires ont péri: de ses œuvres oratoires, on a découvert récemment une série de sermons traduits en latin, qui n’ont pas encore été publiés.
Les Antiochiens. — Tandis qu'Eusèbe et Acace gouvernaient la chrétienté de Césarée, l'Eglise d’Antioche était profondément troublée par les controverses ariennes. Elle avait pour évêque, au temps du concile de Nicée, un certain Eustathe, transféré de Berée vers 324: antiorigéniste déclaré, consubstantialiste ardent, et grand adversaire d'Arius et de ses partisans, saint Eustathe écrivit beaucoup: des lettres, des sermons, des traités Contre les Ariens, des opuscules divers, en particulier Sur la pythonisse d'Endor, des commentaires bibliques. Ses livres, aujourd’hui presque entièrement perdus, lui valurent de nombreuses hostilités dans le camp des Eusébiens, si bien qu'en 330 un concile le déposa et le remplaça par un arien de la plus belle eau.
Les successeurs hérétiques de saint Eustathe n’eurent guère le temps de se livrer à la littérature. Île n’en eurent
pas non plus le besoin, car ils trouvèrent auprès d'eux des sophistes gagés qui se chargèrent volontiers de défendre les thèses ariennes. Astérius de Cappadoce avait commencé, dès le début de l’arianisme, à s’en instituer l’avocat : il poursuivit jusqu'en 341, et peut-être au-delà, une existence errante et besogneuse, dont il employait les loisirs à composer des apologies de l’hérésie nouvelle. Après lui, Aétius, ordonné diacre à Antioche même vers 350, poussa à leurs dernières conséquences les thèses d’Arius. I] fut le protagoniste de l’anoméisme le plus absolu, le plus stupidement intransigeant : trois cents syllogismes au moins lui furent nécessaires pour expliquer que le Fils de Dieu était une créature : 1] ne nous en reste plus que quarante-sept.
Le disciple d’Aèce, Eunome, venait aussi de Cappadoce, et fut diacre d'Antioche avant d'être ordonné évêque de Cyzique vers 361. Il eut la gloire, assez peu enviable, d'écrire une Apologie de l’anoméisme, puis, quand cette œuvre eût été réfutée par saint Basile, une Apologie de l'Apologie, à laquelle répondit saint Grégoire de Nysse,
Jusqu'aux environs de 360, les orthodoxes d’Antioche ne purent guère élever la voix pour défendre la foi de Nicée. Îls retrouvèrent plus de liberté et plus de courage au temps de l’évêque saint Mélèce, grand ami de saint Basile, homme prudent et modéré, qui eut beaucoup à souffrir de la part des hérétiques autant que de celle des i intransigeants, groupés autour de son rival Paulin, et dont nous connaissons la doctrine par un sermon et par quelques lettres.
Diodore de Tarse. — Cependant, dès avant l’arrivée de Mélèce, quelques fidèles d’Antioche avaient réussi à se grouper sous la direction de deux prêtres dévoués, Flavien et Diodore. Flavien qui devait, succéder à Mélèce en 381, ne tient pas de place dans l’histoire littéraire. Il n’en est pas de même de Diodore.
Celui-ci est un antiochien de naissance. Après avoir
étudié à Athènes, il rentre dans sa patrie et commence par se retirer dans un monastère. Les souffrances endurées par ses frères l’en font sortir et le jettent dans la vie active. Avec une inlassable énergie, il défend la foi de Nicée contre les Ariens. Exilé sous Valens en 372, il revient à Antioche en 378, est nommé alors évêque de Tarse en Cilicie, et jusqu’à sa mort (391 2) il apparaît comme une des lumières de l’orthodoxie.
Ïl mérite cette réputation par sa science qui est immense et embrasse presque toutes les connaissances de ce temps, par son zèle désintéressé, par son éloquence qui enthousiasme les foules, par ses œuvres qui répandent au loin la saine doctrine. [Il commente l’un après l’autre presque tous les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, en cherchant surtout à mettre en relief le sens littéral de l’Ecriture: et il expose ses principes d'exégèse dans un écrit Sur la différence entre la théorie et l'allésorie. I] combat les astrologues, les melchisédéciens, les juifs, Porphyre, Photin et Paul de Samosate, Sabellius et Marcel d’Ancyre, les synousiastes. Îl est sans cesse sur la brèche. Les catalogues de ses écrits, dressés par Suidas et Ebed Jesu, étonnent l'imagination.
De cette intense production, il ne reste pourtant que des fragments, dont les plus importants appartiennent à un commentaire du psautier, encore inédit. D'’assez bonne heure, la mémoire de Diodore a été suspecte, et l’on a vu en lui un prédécesseur de Nestorius. Il faut bien avouer qu'un tel jugement n’est pas téméraire. Obligé d’aborder les problèmes les plus difficiles de la christologie avec un vocabulaire encore insuffisamment précis, désireux de sauvegarder dans le Christ l'humanité complète qu’Apollinaire et ses disciples exténuaient par leurs théories nouvelles, Diodore a employé parfois des formules inexactes et mérité l'oubli où sont tombées ses œuvres. Mais ce n’est que justice d'ajouter que ses intentions sont toujours
restées droites, et son attitude à l'égard de l'Eglise cffcielle irréprochable. Il est vrai qu'il a été le maître de Théodore de Mopsueste, le véritable ancêtre spirituel du nestorianisme, mais 1l a été aussi celui de saint Jean Chrysostome qui n’a cessé de lui témoigner une admiration sans réserve.
Théodore de Mopsueste. — Théodore était né à Antioche, vers 350, de parents chrétiens. Pendant lonstemps, après avoir fréquenté l'école de Libanios, 1l demeura l'élève et le compagnon de Diodore, presque jusqu’au jour où en, 392, il fut consacré évêque de Mopsueste en Cilicie, Nous savons peu de choses sur sa vie : le seul incident caractéristique en est l'hospitalité qu'il accorda en 418 à Julien d’Eclane, l'ardent défenseur du pélagianisme. Il mourut en 428, dans la communion de l’Eslise catholique, à la veille de la tempête qu'allait soulever, à Constantinople et dans tout l'Orient, l'enseignement de Nestorius.
Comme Diodore, Théodore est un fécond et puissant écrivain. I] commente une grande partie de la Bible, avec tant de sagacité que les Eglises nestoriennes ont vu en lui l'interprète par excellence. Il est vrai qu'il pousse à l'exagération certaines opinions ou certains principes. Son exégèse, outrancièrement littérale, ouvre une large voie au rationalisme. Sa théorie de l'inspiration réduit outre mesure le rôle de l'Esprit Saint. Il fait preuve, très souvent, d'un esprit étroit et rigide, qui ne sait pas adapter sa règle de fer aux exigences légitimes de la vie, qui surtout préfère ses opinions personnelles à la doctrine reçue dans l'Eglise,
La même étroitesse d'esprit transparaît dans ce qui nous a été conservé de ses écrits théologiques : bien peu de chose d'ailleurs en regard de son immense production. Le plus important de ces ouvrages semble avoir été un traité Sur l'incarnation, dont une version syriaque a été retrouvée et reperdue au cours de la grande guerre. Il y avait encore des livres Sur le Saint Esprit, Contre Eunomius, Contre la magie
des Perses, Sur Apollinaire, Contre ceux qui disent que les hommes sont pécheurs et non par volonté, et beaucoup d'autres.
Les fragments que nous avons des écrits doctrinaux de Théodore ont été, pour une bonne part, transmis par des adversaires : aussi contiennent-ils ce qu'offrait de plus inacceptable la pensée de l’évêque de Mopsueste. Ils suffisent pourtant à nous révéler un théologien sec et raisonneur à l'excès, un dialecticien impitoyable : les conciles qui ont condamné sa mémoire ne se sont pas mépris sur le sens de sa véritable doctrine.
Saint Jean Chrysostome. — Bien différent de Théodore est son compatriote, son contemporain et son ami, Jean de Constantinople, à qui la postérité devait décerner le surnom de Chrysostome ou Bouche d’or.
Celui-ci est un des caractères les plus touchants qu’on puisse rencontrer : une ârne tendre, délicate, vibrante à toutes les émotions; un cœur fortement trempé, dur à soimême, impitoyable aux vices, frémissant en présence du mal, mais en même temps un esprit insuffisamment préparé aux exigences de l’action et condamné par sa nature à une souffrance perpétuelle, la souffrance des hommes loyaux, qui se lancent hardiment au combat et ne trouvent devant eux que des ennemis masqués contre lesquels touts leur franchise est vaine.
Ïl était fait pour la vie contemplative et n'aurait dû avoir à affronter d’autres formes d'action que l’éloquence. Condamné à l’épiscopat, au milieu des circonstances les plus complexes, il se brisa contre des oppositions puissantes quand d’autres, moins richement doués, un Nectaire ou un Àtticus, auraient réussi peut-être avec un peu plus de patience, de bonhomie et de savoir-faire. Plus encore que celle de saint Grégoire de Nazianze avec laquelle elle offre d’ailleurs tant de traits communs, sa vie est une
lutte incessante contre des adversaires qui sont loin de le valoir et qui n'apportent aucun scrupule à le combattre. Elle offre aux amis de la vérité et de la vertu l’admirable spectacle d'une vaillance que rien ne peut vaincre.
Né à Antioche vers 344, il étudia la rhétorique avec Libanius, la philosophie avec Andragathius. En 370, 1l était baptisé et ordonné lecteur. Mais il avait besoin d'austérités : en 374, 1l se retire dans la solitude, et y mène pendant six ans une existence de dures mortifications qui ruinent sa santé: en 380, 1l doit revenir à Antioche, et en 386, Flavien l'élève au sacerdoce. Alors commence la période brillante et heureuse de sa vie. En pleine possession de ses moyens, il est chargé de prêcher au peuple fidèle. Il a tout ce qu'il faut pour réussir dans ce ministère, une foi profonde, un zèle dévorant, une éloquence à la fois chaude et familière, riche des plus belles fleurs de la rhétorique et de la plus exacte connaissance des âmes. Il aime ses Antiochiens, et il en est aimé. Ses Discours sur les stalues sont assez puissants pour calmer une sédition, pour rendre le courage à une multitude désespérée: ils marquent l’apogée d'une admirable carrière.
En 397, Jean doit renoncer à son enseignement. On a besoin d’un évêque à Constantinople, et c’est lui qui est choisi. Mais son éloquence ne peut opérer dans la capitale les miracles qu'elle faisait à Antioche. Le mal y est trop puissant : au lieu de l’attaquer de front, il serait nécessaire de louvoyer, de temporiser peut-être; et Jean est incapable de ces concessions. Avec sa naïve franchise, il va droit à l'adversaire: il se heurte à l'impératrice, aux courtisans, aux mauvais prêtres, aux riches avares. En vain le peuple est-il pour lui : que peut-il faire contre les puissants du monde. Bientôt les évêques se mettent de la partie. Théophile d'Alexandrie l’accuse de fautes imaginaires et le fait déposer au concile du Chêne en 403. Il est exilé; rappelé au bout de quelques jours, mais non converti à une tactique
plus habile, il a tôt fait de grouper à nouveau la coalition des intérêts et des passions. En 404, on l'envoie à Cucuse; et comme il est encore trop près, comme ses lettres arrivent encore à la capitale, on le fait partir en 407 pour Arabissus et pour Pityus au pied du Caucase. Il ne devait pas atteindre cette horrible résidence. Il meurt le 14 septembre 407, en prononçant une dernière fois la parole confiante qui lui était familière : Gloire à Dieu sur toutes choses.
Peu de destinées sont aussi tragiques, mais peu sont mieux remplies et plus fécondes. Jean reste pour la postérité le prince des orateurs chrétiens. Presque toute son œuvre est faite de discours. Quelques petits traités ont été écrits avant son entrée dans la carrière oratoire, dont le plus célèbre est le Dialogue sur le Sacerdoce, si souvent médité depuis par tant de prêtres, qui y ont trouvé d'admirables consolations. Il faut y ajouter trois opuscules sur la vie monastique ; trois livres À Stagire sur les épreuves de la vie spirituelle: deux écrits sur le veuvage et un sur la virginité. Ce sont tous des œuvres de circonstance, destinées à des amis de l’auteur, et faites pour les encourager au bien. Elles révèlent une profonde connaissance de l’âme humaine.
Des lettres, datées de l'exil, ont poursuivi l’action de sa parole, assez courtes pour la plupart, mais vaillantes et fortes, dignes en tout d'une grande âme qui ne se laisse abattre par aucune adversité, et qui, même dans l'épreuve, garde assez de sérénité pour consoler les siens.
Entre les traités et les lettres s’échelonne la liste imposante des discours. Beaucoup d’entre eux expliquent l'Ecriture Sainte, source inépuisable d'enseignements moraux, prétexte toujours renouvelé d'exhortations à la sainteté. Saint Jean commente ainsi la plupart des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, depuis la Genèse jusqu'à l’épître aux Hébreux. Saint Paul est, de sa part, l'objet d’une spéciale prédilection; :l ne cesse de revenir aux Epîtres du grand apôtre qu'il explique en détail à ses
auditeurs d’Antioche et de Constantinople, et dans lesquelles il trouve le thème d’admirables conseils. Nul n'a mieux su que lui tirer parti de l'Ecriture inspirée, pour achever la formation spirituelle du peuple chrétien. D’autres discours sont des panégyriques : ils louent les anciens héros du christianisme surtout les saints d’Antioche : Ignace, Babylas, Lucien, Eustathe, et parfois même les gloires présentes de l'Eglise comme Diodore de Tarse. D'autres ont une allure doctrinale : ils réfutent les Juifs, les Anoméens, les hérétiques de toute sorte. Quelques-uns enfin s'appliquent aux circonstances actuelles : telles les homélies sur les statues, sur la disgrâce d'Eutrope, sur l'exil de Saturninus et d'Aurélianus.
Tous ces discours, écrits en une langue molle et harmonieuse, pleins d'abondantes métaphores, un peu longs parfois et un peu abandonnés, mais toujours adaptés aux auditeurs et à leurs besoins présents, ont un inexprimable charme. L'enseignement de Jean y est austère; mais cette austérité est revêtue d’une telle grâce qu'elle cesse d’effrayer; elle a d’ailleurs pour elle la séduction que donne l'exemple. Avant de prêcher, Jean a commencé par vivre: il n’exige rien qu'il n'ait pratiqué lui-même.
Les siècles postérieurs ont beaucoup imité cet inimitable orateur. On ne s’est pas contenté de copier ses sermons et de les répéter. On a placé sous le nom de Jean des masses pesantes de fadaises, d'œuvres de mauvais goût, pour les accréditer dans le public. Nos manuscrits, nos éditions elles-mêmes sont remplies de ces pseudépigraphes. L'un des plus pressants devoirs de l’érudition serait de séparer enfin toute cette ivraie du bon grain.
Faut-il, à côté de Jean, signaler rapidement deux de ses contemporains, qui furent, paraît-il, des prédicateurs fort goûtés, Antiochus de Ptolémaïs et Sévérien de Gabala? L'un et l’autre nous sont peu connus. Ils ne sont pas sans mérite, mais nous sommes tentés de les mépriser, car ils
furent des flatteurs du pouvoir, et des adversaires de Jean. Leur valeur littéraire n'en est peut-être pas amoindrie, mais leur valeur morale est assurément diminuée.
Apollinaire de Laodicée. — Au temps où Diodore enseignait à Antioche et groupait autour de sa chaire les orthodoxes de la métropole syrienne, l'évêque de Laodicée, Apollinaire, exposait aux fidèles de cette ville une doctrine christologique exactement opposée à la sienne et préparait, sans le vouloir peut-être, les voies de l’hérésie monophysite.
Comme plusieurs de ses prédécesseurs sur le siège de Laodicée, Apollinaire était d'origine égyptienne. Son père, Apollinaire, était venu d'Alexandrie et s'était établi à Laodicée, où 1l enseignait la grammaire, tout en exerçant les fonctions sacerdotales. Le jeune Apollinaire qui n'était que lecteur, professait la rhétorique. L'un et l’autre étaient de fort savants hommes, un peu trop attachés peut-être aux lettres païennes, ce qui leur valut des remontrances de l'évêque Georges, et même l’excommunication. Georges était suspect d'arianisme : condamnés par lui, les Apollinaire firent dans le monde figure de défenseurs de l’orthodoxie et devinrent les amis d’Athanase. Cette haute protection valut à Apollinaire le jeune d'être nommé par le parti nicéen évêque de Laodicée vers 362.
Julien était alors empereur et interdisait aux jeunes chrétiens la lecture des livres païens. Le nouvel évêque et son père se hâtèrent, paraît-il, de composer des épopées tirées de la Genèse, des drames inspirés de la Bible, des poèmes lyriques imités des Psaumes, toute une littérature poétique destinée à remplacer celle dont l'étude était défendue. Mais Julien ne tarda pas à disparaître. Les Apollinaire purent revenir à des travaux plus sérieux. L'évêque se mit à la théologie : on serait tenté de le regretter, car 1l y trouva l’occasion de graves erreurs.
Pendant quelques années, il put enseigner, sans soulever trop d'inquiétudes, que le Christ n'avait pas eu d'âme humaine, et qu'en lui le Verbe divin en avait joué le rôle. I] était prudent, dissimulait sa vraie doctrine derrière des mots obscurs à dessein. La situation se gâta sérieusement pour lui vers 373 ou 374; elle était déjà tendue lorsque, vers cette époque, saint Jérôme vint étudier l'exégèse auprès de lui. Enfin, en 377, son système fut condamné par le pape saint Damase, et cette condamnation fut renouvelée en 381 par le concile de Constantinople. Apollinaire ne revint pas à l’orthodoxie. Il dut mourir après 385.
C'était un homme fort savant, un remarquable dialecticien et un travailleur acharné. Saint Jérôme nous apprend qu'il avait écrit d'innombrables volumes sur les Saintes Ecritures : 1l ne reste à peu près rien de cette bibliothèque. Ses apologies Contre Porphyre et Sur la vérité contre Julien l’apostat ont également disparu, comme ses réfutations d'Origène, de Diodore de Tarse et de Flayien. Nous possédons par contre plusieurs des ouvrages théologiques où il a exposé sa propre doctrine. Afin d'échapper à la surveillance de la policeimpériale ou seulement aux condamnations des évêques orthodoxes, ces livres ont de bonne heure circulé sous des noms d'emprunt, les plus glorieux de la tradition chrétienne : saint Grégoire le Thaumaturge, le pape Jules, saint Athanase et d’autres encore ont été ainsi appelés à recouvrir les erreurs apollinaristes. Beaucoup de bons esprits, dans l'antiquité, s'y sont laissé prendre, à commencer par saint Cyrille d'Alexandrie, et ce n’est qu'au VI siècle que l’auteur inconnu du livre Conire les fraudes des Apollinaristes a dévoilé pleinement la supercherie. Grâce à cette circonstance, nous avons une Profession de foi détaillée attribuée à Grégoire, des livres Sur l'unité dans le Christ et Sur la foi et l’incarnation attribués à Jules: des traités Que le Christ est un et Sur l’incarnation du Dieu Verbe, attribués à Athanase. En plus, les contra-
dicteurs d’'Apollinaire ont transcrit de nombreux fragments, de ses écrits, particulièrement de sa Démonstration de l'incarnation divine en la ressemblance de l'horne.
Tous ces ouvrages dénotent en leur auteur une intelligence d’élité, servie par uné connaissance approfondie de l'Ecriture. Ils montrent aussi un esptit subtil, un raisonneur intraitable. Ces qualités, les bonnes et les mauvaises, mises au service d'un orgueil indomptable, expliquent à la fois l’hérésie d’Apollinaire et son entêtement à ÿ persévérer: à l’évêque de Laodicée, il manqua surtout, pour être un véritable chrétien, la soumission à l'Eglise et l'attachement fidèle à la tradition catholique.
Après lui, quelques-uñs de ses disciples continuèrent à répandre sa doctrine sous des noms d'emprunt : Vitalis, Timothée, Jobius sont parmi les plus connus, mais il y en à eu d'autres, à qui sont dus quelques-uns des ouvrages pseudépigraphiques par lesquels nous connaissons encore l’apollinarisme.
Saint Epiphane. — L'un dés premiers adversaires d’Abollinaäire fut saint Epiphane, évêque de Salamine dans l'île de Chypre. Celui-ci est une des physionomies les plus curieuses de l'antiquité chrétienne: le plus grand pourfendeur d’hérésies et le plus inlässable redresseur de torts qu'elle ait jamais connu.
Il naît vers 315 à Besanduke, près d'Eleuthéropolis en Palestine, d’une famille chrétienne. De bonne heure, il ést séduit par l’ascétisme. Il va en Egypte pour s’instruire à l’école des solitaires. De retour dans son pays, il y fonde ün mondstère dont il est le chef. Il à vingt ans alors, et pendant trénte ans, il mène dans son couvetit la vie la plus austère et la plus mortifiée, Peu à peu, sa réputation de sainteté s'étend au loin : en 367, on l’arrache à l'existence monastique et on le fait évêque de Salamine. Dès lors, il n’a plus qu'un souci, celui de défendre l'orthodoxie envers et
contre tous. L’hérésie, quelle qu'elle soit, n’a pas d’ennemi plus implacable que lui. L'origénisme surtout, en qui il voit le principe de toutes les erreurs, est l'objet de ses constantes préoccupations. Vers 376, il découvre l'apollinarisme et le condamne. En 382, il est à Rome pour défendre la cause de Paulin d’Antioche. En 394, le voilà de retour en Palestine : il s’agit d'Origène cette fois, de ses ouvrages, de sa mémoire, de ses partisans; et Épiphane est plus fougueux que jamais. Pendant plusieurs années, cette affaire le passionne, l’accapare tout entier. En 403, il part pour Constantinople, afin d'y faire condamner le saint évêque Jean, en qui il a cru découvrir un origéniste déguisé. C'est là son dernier voyage, car 1l meurt sur le chemin du retour, après avoir peut-être compris l'imprudence qu'il avait commise en prenant le parti des adversaires de Jean.
Peu d'hommes de son temps sont plus érudits que lui. Ïl sait le grec, le syriaque, l’hébreu, le copte, et même un peu de latin. I] a Ju un grand nombre de livres écrits par les anciens maîtres chrétiens : saint Irénée et saint Hippolyte en particulier lui sont familiers. [Il connaît les ouvrages de tous les hérétiques du IV® siècle, d’Arius, d’Eunomius, d'Aèce, de Basile d’Ancyre, et des autres. Mais toute cette érudition doit servir seulement à confondre les docteurs de mensonge, les fondateurs de sectes ; Epiphane ne saurait imaginer d'autre rôle que celui-là pour une science qu'il a si laborieusement acquise. En 374, il publie l’Ancoratus, exposition de la doctrine catholique et réfutation sommaire de toutes les erreurs contemporaines. Vers 377, il donne son grand ouvrage, le Panarion, la boîte aux drogues, où sont étudiées et combattues quatre-vingts hérésies, autant qu'il y a de concubines chez le roi du Cantique des Cantiques. Sans doute, pour décrire les hérésies anciennes, Epiphane n'est pas toujours bien au courant des faits et des systèmes; 1] lui arrive d'en grossir artificiellement le nombre, de créer de toutes pièces des théories que personne
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