‹ Littérature grecque chrétienneChapitre 15 sur 29 · LE CINQUIÈME SIECLE · texte numérisé non relu

LE CINQUIÈME SIECLE

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VEC la mort des grands Cappadociens et de saint Jean Chrysostome, commence la dernière période de la littérature patristique chez les Grecs. Elle s'étend

à peu près jusqu'à l'avènement de Justinien, non pas sans doute qu'il y ait alors une rupture totale avec le passé, — de telles ruptures ne se produisent jamais —, mais parce que le règne de Justinien peut être regardé comme l’inauguration de l’histoire byzantine, et qu'après ce règne la vie de l'empire d'Orient se développera d'une façon régulière jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs (1453).

Le v® siècle, succédant à l’âge d’or de saint Athanase, de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze, et des autres grands écrivains du IV® siècle, marque le début d'une incontestable décadence. Il compte encore de nobles caractères, des penseurs vigoureux, des théologiens de talent. Saint Cyrille d'Alexandrie et Théodoret de Cyr sont parmi les hommes qui honorent le plus l'Eglise. Mais de tels hommes se font de plus en plus rares. Les débats que soulèvent les problèmes christologiques ne suscitent pas le génie d’un nouvel Athanase, et leur intérêt s’épuise rapidement en des compilations d'arguments scripturaires ou en des dossiers de textes patristiques. À la recherche personnelle de l’idée neuve succèdent la monotone accumulation des documents et la patiente exploration des archives ou des bibliothèques. Le v® siècle est déjà celui des historiens, des caténistes, des faiseurs de florilèges.

D'autre part, la langue elle-même s'éloigne de plus en plus de la pureté classique. Ce ne serait pas un mal si elle

se renouvelait, si elle trouvait, pour exprimer des pensées inédites, un vocabulaire et une syntaxe frémissants de vie. Mais il n’en est rien. Elle se dessèche en des formules stéréotypées, à moins qu'elle ne tombe dans un vulgarisme banal. Il faut désormais choisir entre des rhéteurs aui emploient un style artificiel et des écrivains qui se contentent d’une correction approximative. C'est au plus si, de temps à autre, l'émotion vraie arrache encore aux orateurs quelques nobles accents, qui rappellent les jours lointains où toute la littérature chrétienne n'était que l'expression des âmes.

À partir de 381, le patriarcat de Constantinople acquiert une importance de plus en plus grande. Antioche et Alexandrie restent les deux pôles de la pensée chrétienne : la vieille rivalité de ces deux villes ne fait que grandir, et l'opposition traditionnelle de leurs écoles, de leurs théologiens, de leurs exégètes, détermine toujours des courants de pensée qui doivent être étudiés à part. Mais à l'Asie Mineure, désormais recroquevillée sur elle-même, succède comme centre d'activité intellectuelle et littéraire, Constantinople, la nouvelle Rome. De plus en plus, c’est à Constantinople que les théologiens vont prendre leur mot d'ordre, que les orateurs en mal de célébrité doivent se faire entendre, que les historiens cherchent à publier leurs œuvres. Le v® siècle voit naître et grandir cette centralisation, qui trouvera au VI siècle son plein effet.

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