CHAPITRE IX
E V® siècle voit s'établir d’une manière définitive la prépondérance de l’Église de Constantinople : théologiens, historiens, écrivains ascétiques, orateurs,
accourent en foule à la capitale qui assurera leur réputation: et ceux-là mêmes qui restent dans les provinces subissent la puissante influence de la ville impériale.
Nestorius. — Le premier, parmi les patriarches de cette époque qui doive trouver place dans une histoire littéraire, est le grand adversaire de saint Cyrille, l’hérétique Nestorius.
Celui-ci était né vers 380, peut-être à Germanicie dans la Syrie euphratésienne; mais Antioche, où il avait longuement étudié, était devenuela véritable patrie de son esprit. Ïl avait fait profession monastique au couvent d'Euprépius, situé près de cette ville, et s'était acauis, par sa prédication, une grande réputation d'éloquence, qui lui avait valu d’être choisi, au début de 428, pour succéder au patriarche de Constantinople, Sisinnius.
Les gens de la capitale accueillirent d’ Hs leur évêque comme un nouveau Chrysostome. Mais ils ne tardèrent pas à reconnaître leur erreur. Nestorius, qui avait promis, dans son premier sermon, de combattre toutes les hérésies, se mit à scandaliser ses auditeurs par d'étranges affñirma-
tions sur la Vierge Marie. Il y eut du bruit à ses homélies: des affiches furent placardées sur les portes de sa cathédrale. Bientôt le monde entier fut informé de la témérité du patriarche, et saint Cyrille d'Alexandrie intervint sans tarder pour lui rappeler les doctrine orthodoxes. Nestorius n'en continua pas moins son enseignement : ce ne fut pas pour longtemps, car il fut condamné dès 430 par le pape Célestin et, en 431, solennellement déposé par le concile d'Ephèse. Il dut alors se soumettre et rentrer dans son ancien couvent d'Euprépius. Dès 435, un édit impérial vint l’en chasser et l’exila à Oasis en Egypte : ce fut en cet exil qu'il acheva sa triste existence, vers 451.
La plupart des écrits de Nestorius ont disparu dans leur langue originale, à la suite de la sentence impériale de 435, qui les condamnait au feu. Mais 1] nous reste des traductions latines de plusieurs homélies et de quelques lettres: certaines homélies ont même pu être conservées en grec sous des noms d'emprunt, celui de saint Jean Chrysostome en particulier, et les érudits n'ont pas perdu tout espoir d'enrichir encore leur collection de Nestoriana.
Un aliment nouveau a d’ailleurs été fourni à de telles espérances, lorsque fut publié en 1910 le texte syriaque du Livre d'Héraclide de Damas. Cet important ouvrage est une justification de Nestorius, composée au temps du concile de Chalcédoine et destinée à prouver l'injustice de la condamnation d'Ephèse. Les premiers éditeurs en ont admis sans réserve l'authenticité; et peut-être leur jugement n'a-t-il pas été exempt de précipitation. Du moins l'intérêt historique et théologique du livre d'Héraclide est-il considérable, et sa découverte rend moins pénible la disparition de deux grandes compositions de l’hérésiarque, le Théopaschite et la Tragédie.
Dans le ressort de son patriarcat, Nestorius ne rencontra euère de fidèles. Le seul qu'il faille mentionner ici est Euthérius, évêque de Tyane en Cappadoce, qui fut déposé
exilé à Scythopolis, et mourut à Tyr vers 435, après avoir refusé énergiauement de souscrire l'acte d'union. On doit à ce personnage quelques lettres, et surtout des Réfutations de certaines propositions qui sont parvenues sous le couvert de saint Athanase et de Théodoret Ce dernier écrit, plein de vigueur et de passion, constitue un plaidoyer convaincu du nestorianisme.
Les adversaires de Nestorius. — Nombreux furent au contraire les adversaires de Nestorius. L'un des premiers et des plus ardents fut le rhéteur Eusèbe, devenu plus tard évêque de Dorylée, esprit étroit et violent, mais défenseur passionné de l'orthodoxie, qui, après avoir dénoncé en Nestorius le continuateur de Paul de Samosate, attaquera plus tard Eutychès et découvrira l’hérésie monophysite. On peut citer ensuite, parmi les membres du concile d'Ephèse, Firmus de Césarée de Cappadoce, l’auteur élégant et lettré de lettres insignifiantes; Théodote d’Ancyre, qui écrivit une réfutation perdue de Nestorius, un commentaire du Symbole de Nicée et des homélies où l’on trouve l'expression d'une tendre piété pour la Mère de Dieu: Eusèbe d'Héraclée et Sévère de Synnade, dont on possède des homélies en traduction éthiopienne. Bien d’autres encore qu'il est superflu de nommer ici avaient écrit des lettres ou prononcé des discours.
Les successeurs de Nestorius. — Après la condamnation de l’hérésiarque, Maximien le remplaça sur le siège de Constantinople; mais dès 334, celui-ci reçut à son tour un successeur dans la personne de Proclus. Ce dernier, sacré archevêque de Cyzique en 426, n'avait pas été reçu par ses diocésains; et 1] était demeuré à Constantinople, où sa prédication était fort goûtée par les fidèles. Devenu patriarche, il continua à prêcher; il s'employa
surtout, avec un zèle des plus louables, à rétablir la paix dans les esprits et finit par mourir en 446.
Nous pouvons encore juger de son éloquence, qui était grande, par vingt-cinq sermons sur divers sujets, et dont plusieurs sont consacrés à l'éloge de la Vierge Marie : il nous donne l'impression d'un bel esprit, contourné, maniéré, ami de la recherche, d'un fidèle disciple des rhéteurs, dont tout le talent consiste à appliquer en chaire les leçons de ses maîtres. En ce temps-ià, c'était le genre qu'on aimait : le succès de pareils discours ne nous surprend pas.
Flavien et Anatole, qui viennent ensuite, n’ont rien laissé que quelques lettres sans importance pour l'histoire hittéraire: mais Gennadius (458-471), à la fois exégète et prédicateur, mérite une mention, bien que nous n’ayons de ses œuvres que des fragments. Î] avait composé un commentaire complet sur Daniel, peut-être aussi une explication des épitres de saint Paul, de nombreuses homélies, et quelques ouvrages doctrinaux, entre autres une réfutation des douze chapitres de saint Cyrille et un écrit adressé à un certain Parthénius. Ceux qui ont pu le lire ont loué l'élégance et la vigueur de son style.
Historiens. — L'histoire, si pauvrement représentée jusqu'ici, brille au V® siècle d'un vif éclat; et c'est surtout à Constantinople que l’on s’y adonne avec succès.
Le premier en date des grands historiens de ce temps est un arien, disciple fidèle de l’anoméisme le plus radical, Philostorge. Né vers 368 à Borissus dans la Cappadoce Seconde, Philostorge vint, à l’âge de vingt ans, à Constantinople, et y passa vraisemblablement la plus grande partie de sa vie, non sans faire d'assez longs voyages d’information et de piété. Entre 425 et 433, il y composa, pour faire suite à FEusèbe, une Histoire ecclésiastique en douze livres,
qui couvraient les cent années écoulées depuis le concile de Nicée. Rien n’est plus extraordinaire que cette histoire, véritable plaidoyer en faveur de l’anoméisme. Philostorge, tout le long de son récit, s'attache à faire ressortir les gloires de sa petite Eglise, les martyrs et les saints auxquels elle a donné naissance, les persécutions qu’elle a endurées, les triomphes passagers qu’elle a pu connaître. Entre le paganisme et le catholicisme, tous deux également détestés, l'historien dresse,avec un pieux amour, l’image de la communauté eunomienne, qui possède seule la vérité absolue. Les misères et les ruines ne l’effrayent pas: sa confiance reste intacte au milieu des pires désillusions, dût-elle attendre, pour triompher, le jour de la parousie. Les sources qu'il emploie, les témoins qu'il interroge, sont naturellement de la même Eglise que lui. Toutes les voix qu'on entend dans cette histoire sont des voix ariennes.
L'ouvrage ne nous est d’ailleurs connu que par des fragments. Photius a bien voulu en faire de très nombreux et très importants extraits, qui sont à la base de toutes nos éditions. À ces extraits, on a pu ajouter, à force de patientes recherches, d’autres morceaux, cités 1c1 ou là, si bien que nous pouvons avoir une idée exacte de l'Histoire de Philostorge et lui emprunter bien des renseignements précieux. Peu de livres valent, pour nous faire connaître le IV® siècle, cette vibrante apologie d’un parti vaincu, presque entièrement disparu, mais qui crie toujours sa foi au triomphe prochain, en s'appuyant sur les expériences, plus ou moins bien interprétées, du passé.
Beaucoup moins passionné nous apparaît Philippe de Side, en Pamphylie. Celui-ci est catholique; après avoir entendu à Side les leçons de l’alexandrin Rhodon, il est venu à Constantinople où il a reçu le sacerdoce: et il y passe son existence, mêlé à la vie ecclésiastique de la capitale, candidat perpétuel à la chaire patriarcale qui lui échappe à trois reprises, et distrayant les déboires de son
ambition par la composition d’une immense Histoire chrétienne.
Ce devait être une œuvre gigantesque, puisqu'elle prenait pour point de départ la création du monde et ne s’achevait qu'à l'époque même de l'auteur, soit aux environs de 425. Elle comprenait trente-six livres, dont chacun recouvrait plusieurs tomes, et l’on y trouvait de tout : géométrie, astronomie, arithmétique, musique,géographie, y voisinaient pêle-mêle avec l’histoire. Tout cela a disparu, écrasé par sa masse, à l'exception de quelques rares fragments.
L'Histoire ecclésiastique de Socrate nous est au contraire parvenue dans son intégrité. Il est vrai que son auteur, Socrate le Scolastique, était un homme modeste. Né à Constantinople, il y avait toujours vécu: et ila si peu parlé de lui que nous ne connaissons rien de son existence. Le seul événement saillant en a sans doute été la composition de son histoire en sept livres, où il se proposait de raconter les événements de la vie de l'Eglise depuis 305 jusqu'à 439. Du moins à cette tâche a-t-il mis tous ses soins, carilena donné deux éditions successives, et nous savons, par ses propres déclarations, que la seconde édition a fait usage de sources et de documents restés inconnus pour la préparation de la première.
Indifférent au beau langage, Socrate n’a pas eu la prétention d'écrire une œuvre d'art. Son style est tout juste correct; 1] n'offre aucun attrait au lecteur. Mais l'Histoire est une œuvre de haute conscience : outre les livres d'Eusèbe, de saint Athanase, de Rufin, elle utilise la collection des conciles de Sabinus d'Héraclée, la chronique de Constantinople: elle rappelle aussi de nombreux témoignages oraux, en particulier celui du prêtre novatien Auxanon. On se rend compte que son auteur n’a épargné aucun effort pour donner un tableau aussi exact et aussi complet que possible. Il a, somme toute, assez bien réussi. Ennemi de
tous les excès, 1l a su parler avec une rare impartialité des hommes les plus discutés : ce qu'il dit des Novatiens, sur lesquels 1l a pu avoir de nombreux renseignements ou encore de Nestorius, est particulièrement remarquable. Son œuvre n'est pas exempte d'erreurs: sa documentation n'est pas toujours suffisante. Il reste que l'Histoire ecclésiastique de Socrate est un des livres les plus intéressants parmi ceux qu'a produits l’érudition chrétienne.
Bien inférieure est l'Histoire ecclésiastique de Salamanus Hermias Sozomène, le contemporain de Socrate et son imitateur. Né aux environs de Gaza, Sozomène était avocat à Constantinople, lorsqu'il conçut le projet de rédiger, lui aussi, une Histoire de l'Eglise. Deux livres perdus devaient résumer Eusèbe et raconter les événements depuis l’ascension jusqu à la mort de Licinius. L'œuvre proprement originale de l'écrivain commençait à ce moment-là, et se poursuivait en neuf livres jusqu’en 439; mais le texte que nous en possédons s'arrête à l’année 423, sans que l’on sache au juste pourquoi.
On ne peut s'empêcher d’être frappé des ressemblances qui existent entre les deux œuvres de Socrate et de Sozomène. De fait, celle-ci n’est guère qu ‘un plagiat de l’autre. Bien que Sozomène ne nomme jamais Socrate, 1l le suit partout à la façon d’un copiste, il limite dans son plan; il le contrefait dans ses appréciations. I] ne manque pourtant pas de talent, ni même de sens historique. I] lui arrive d'employer d'autres sources. que son prédécesseur ou d'utiliser plus complètement celles qui lui avaient déjà servi; il fait appel, en bien des cas, à ses propres souvenirs et aux récits qu'il a recueillis de témoins bien informés. Par ailleurs, 1l écrit bien, élégamment:; et sur ce point il est très supérieur à Socrate. Son histoire a des prétentions littéraires non équivoques: ce qui lui manque le plus c’est la probité.
Gélase de Cyzique est postérieur de quelques années
à Sozomène, puisque c'est après 475 qu'il rédigea son Histoire ecclésiastique, mais nous ne savons rien de sa vie. Cette histoire elle-même devait être consacrée au règne de Constantin et divisée en trois livres, mais seuls nous sont parvenus les deux premiers livres et des fragments du troisième. Elle insiste spécialement sur le concile de Nicée, qu'elle raconte soi-disant d'après un très vieux livre écrit sur parchemin, que l'évêque de Cyzique Dalmatios aurait donné au père de l’auteur. En fait, ce très vieux livre semble bien n'avoir jamais existé, et les seules sources, vraiment identifiables, de Gélase sont les histoires d'Eusèbe, de Rufin, de Socrate et de Théodoret. Les efforts, faits en ces dernières années pour réhabiliter l'Histoire de Gélase, ne semblent pas destinés à beaucoup de succès.
Les gros ouvrages historiques de Socrate et de Sozomène, et celui de Théodoret sur lequel nous aurons à revenir, n'étaient pas sans se répéter souvent, puisqu'ils étudiaient la même période et que les deux derniers écrivains s'étaient inspirés du premier. Dès le règne de Justin [ef (518-527), on trouva utile de les compiler, de manière à fournir aux lecteurs une Histoire tripartite. Telle fut l’œuvre accomplie par un lecteur de Sainte-Sophie, nommé Théodore. Le même personnage composa d'ailleurs une suite à sa tripartite, une Histoire, qui commençait aux préliminaires du concile d'Ephèse et allait jusqu'au temps de Justin. Cet ouvrage est perdu, ou plus exactement nous n'en connaissons que les extraits groupés au XIV* siècle par Nicéphore Calliste.
À peu près contemporain de Théodore devait être Basile de Cülicie, l’auteur d'une Histoire ecclésiastique en trois livre, qui racontait la période comprise entre 450 et 527. Photius qui a eu entre les mains le second livre de cet ouvrage, nous assure qu'il était bourré de documents et de pièces justificatives. [Il ne nous en est rien resté,
Écrivains ascétiques. — Tout autant que l’histoire, la littérature ascétique est représentée au vV® siècle par d'importants écrivains.
L'un des plus curieux est assurément saint Nil. Sa vie est enveloppée de légende. Jusqu'à présent, on se plaisait à voir en lui un grand seigneur, disciple de saint Jean Chrysostome, préfet du prétoire de Constantinople, qui, vers 390, avait généreusement abdiqué toutes ses charges et renoncé à sa fortune, pour se retirer avec son fils Théodule dans la solitude du Sinaï, tandis que sa femme et sa fille allaient de leur côté mener la vie monastique en Egypte. Îl paraît bien que tout cela n’est qu’un conte et que la réalité est plus simple. Lorsque Nil entre dans l’histoire, c'est tout à la fin du 1° siècle, et il est alors chef d’une communauté monastique à Ancyre de Galatie. Il ne semble pas être sorti de son couvent,et jusqu'aux environs de 431, nous le suivons à peu près grâce à sa correspondance qui s'arrête à ce moment-là.
Comme son contemporain, Isidore de Péluse, Nil a été un grand épistolier. Plus de mille lettres nous restent de lui sur les sujets les plus divers : exégèse, théologie dogmatique, et surtout ascétisme. Ces lettres ne sont pas d’un styliste, et Nil n’a pas la riche formation classique d’Isidore: les auteurs qu'il cite, qu'il se contente parfois de copier longuement, sont exclusivement les chrétiens, et surtout saint Jean Chrysostome. Mais on trouve chez lui beaucoup de bon sens, une grande richesse de vie intérieure et de sages conseils pour la perfection.
Ces conseils sont d’ailleurs développés en de nombreux ouvrages : Au moine Euloge, Sur la prière, Sur les huit esprits de malice, Sur la supériorité des solitaires, Sur l'ascèse monastique, Sur la pauvreté volontaire, et d'autres encore, qui tantôt sont destinés à tous les chrétiens, et tantôt s'adressent plus spécialement aux religieux.
L'antiquité a attribué à Nil beaucoup décrits ascétiques
dont il n’est pas le véritable auteur : le plus fameux est cette paraphrase chrétienne du Manuel d'Epictète, qui a trouvé pendant des siècles d'innombrables lecteurs, et dont l’auteur reste encore inconnu.
Comme Nil, son contemporain Marc l'Ermite fut longtemps abbé d'un monastère, à ou près d'Ancyre de Galatie. Vers la fin de sa vie, il se résolut à aller dans la solitude et se retira soit au désert de Juda, soit au désert de Scété en Egypte. Il mourut à une date inconnue, mais sans doute après le début de la controverse nestorienne.
Photius a connu de lui neuf écrits que nous avons conservés : Sur la loi spirituelle, Sur ceux qui croient se justifier par les œuvres, Sur la pénitence, Sur le jeûne, À Nicolas, préceples salutaires pour l'âme, Réponse à ceux qui doutent du divin baptême, Entretien de l'esprit avec son âme. Dispute avec un scolastique, Sur Melchisédech. Sauf le dernier, ces traités proposent surtout un enseignement moral. Marc s'y révèle un sage directeur de conscience et nullement le réformateur audacieux, que quelques historiens ont cru découvrir en lui.
Diadochus de Photice, à la différence de Nil et de Nate ne fut pas ermite, n1 supérieur de couvent, mais évêque de Photice en Epire, et il vivait au milieu du v® siècle. On lui doit Cent chapitres gnostiques, qui constituent une intéressante initiation à la contemplation mystique.
Poètes. — Pour qu'aucune gloire littéraire ne manquât à l'Eglise de Constantinople, il faut ajouter qu'au cours du v® siècle elle a donné naissance à quelques poètes : poètes assez pauvres d'ailleurs et assez médiocres, et dont il serait presque inutile de parler s'ils n’avaient essayé de créer des rythmes nouveaux.
L'impératrice Eudocie, fille d'un sophiste athénien devenue en 421 par un hasard curieux épouse de l’empeteur Théodose II, n’a rien créé: elle s’est contentée de faire
des vers sur les modèles classiques, une épopée sur les campagnes de son mari, une traduction en hexamètres de l'Octateuque, de Zacharie et de Daniel, un poème en trois livres sur le martyr Cyprien. Trouvant même que ses propres vers n'étaient pas dignes de chanter la louange du Sauveur, elle a pris la patience de raconter la vie du Christ avec des vers empruntés à Homère. Cet Hoinérocenton, digne pendant du centon virgilien de la noble Proba, est un chef-d'œuvre d’habileté et de mauvais goût. On se demande vraiment d'où a pu venir à une femme, d’ailleurs intelligente et cultivée, cette idée bizarre d'employer les vers d'Homère pour traduire l'Evangile. Le poème sur Cyprien, honnête exercice scolaire, n’est qu'une transcription versifiée d’un texte plus ancien. Il va sans dire que ses contemporains ont beaucoup applaudi Eudocie, mais aussi que les siècles suivants l'ont laissée retomber dans l'oubli d’où elle n'aurait jamais dû sortir.
Plus importants, parce que chargés des promesses d’avenir, sont les essais d’une poésie nouvelle, fondée non plus sur la quantité des syllabes, mais sur l'accent tonique. Deux pièces de saint Grégoire de Nazianze, une Hymne du soir et une Hymne aux Vierges, constituent peut-être les plus anciens spécimens connus de cette rythmique nouvelle. Après lui, nous connaissons par Théodore le Lecteur les noms de deux faiseurs de tropaires, Anthime et Timoclés, celui-là chalcédonien déclaré, celui-ci partisan du monophysime; l’un et l’autre prêtres de Constantinople aux environs de 450-469. On doit vivement déplorer la perte de leurs compositions poétiques.
Auxence, qui vivait à la même époque et avait installé son ermitage sur le mont Scopa aux environs de Constantinople, nous est un peu moins étranger, car nous avons de lui un tropaire que nous a conservé son biographe : c'est une composition en prose rythmée et dialoguée. qui pouvait être employée dans l'usage liturgique.
Peut-être possédons-nous encore d'autres hymnes du v® siècle parmi les innombrables spécimens de la musique sacrée que gardent les livres de chant orientaux, mais il est actuellement impossible de les discerner, sous le couvert de l'anonymat. Ce n'est d’ailleurs que plus tard, sous le règne d'Anastase, que commencera à écrire le plus grand des hymnographes de l'Eglise grecque, Romanos le
Mélode.