CONCLUSION
VEC l’avènement de Justinien commence une nou-
velle période pour l’histoire de la littérature grecque
chrétienne. L'antiquité s'achève, tandis que l’em-
pire byzantin établit les fondations solides sur lesquelles :l
subsistera jusqu’à la prise de Constantinople. Nous pou-
vons donc arrêter ici notre tâche et jeter un regard d’ensemble sur le long chemin que nous avons parcouru.
Au cours des cinq premiers siècles de son histoire, la littérature chrétienne a pris conscience d'elle-même. Née au hasard des circonstances, elle a grandi de la même façon, jusqu'au moment où la réconciliation de l'Eglise et de l'Etat lui a donné sa pleine raison d’être. Elle a ainsi traversé au IV° siècle une période glorieuse entre toutes, mais trop brève, comme le sont toutes les floraisons. Quand le catholicisme n'a plus trouvé devant lui de païens à combattre ou d’hérétiques à persuader; quand il a eu à son service la force de l’État, plus puissante et plus redoutable que l’éloquence de ses prédicateurs, 1l a été incapable de conserver son élan, et l'inspiration a commencé à faire défaut à ses écrivains qu'entraînait d’ailleurs une décadence générale de la langue, du style, du goût, de tout ce qui peut soutenir une littérature digne de ce nom.
Jusqu'à la fin du 1v° siècle, peut-être même jusqu’au milieu du v°, les grands noms et les grandes œuvres n’ont pas manqué. Avec quelle émotion ne relit-on pas aujourd'hui les premiers essais de cette langue qui se crée, de
cette pensée qui se forme, et qui tout de suite trouve le chemin des âmes. Clément de Rome, Ignace d’Antioche, le pseudo Barnabé, Polycarpe de Smyrne : les provinces les plus diverses de l'empire ont vu naître et grandir ces hommes qu'anime une fois commune. Leurs écrits n'ont rien de ce qui fait la beauté des chefs-d'œuvre classiques, car ils parlent mal et sont à peine composés; mais ils conquièrent le lecteur, parce qu'ils expriment une admirable vie.
Quatre-vingts ou cent ans se passent : saint Îrénée, saint Hippolyte, Clément, Origène sont des hommes distingués, dont les œuvres ne seraient indignes d'aucune littérature. Déjà ils ont étudié autre chose que la Bible: ils connaissent ce que la Grèce antique a produit de plus beau. Mais ce n'est pas parce qu ils en imitent les modèles, parce qu'ils écrivent en une langue désormais assouplie et maîtresse d'elle-même, qu'on aime à citer leurs noms ou à lire leurs écrits : c'est une fois de plus parce qu'ils ont mis toute leur âme dans des livres qu'il nous suffit d'ouvrir pour la sentir.
Saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nysse, saint Jean Chrysostome, saint Cyrille d'Alexandrie, Théodoret de Cyr, ne méritent pas d'autre éloge. Après eux, la flamme semble s’éteindre: elle couve sous la cendre dans la réalité et ne demande qu'une occasion pour Jaillir à nouveau, plus vivante que jamais.
L'influence de tous ces écrivains a été énorme dans le monde ancien. La plupart d’entre eux ont été traduits en latin; 1ls ont été ainsi les maîtres de la pensée occidentale. Clément Romain, la Doctrine des Apôtres, le Pasteur d'Hermas avaient, dès le second siècle, des éditions latines: le texte original en était à peine publié que déjà le commun des fidèles pouvait en lire la traduction, qu'il pouvait même sur les murs des catacombes, admirer la tour symbolique, dont Hermas avait expliqué le sens. Un peu plus tard, Irénée avait sans doute le même sort, et il est bien remar-