PREMIÈRE PÉRIODE
LES ORIGINES (vers 97-313)
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L est à peine possible d'écrire une histoire de la littéra- [ ture chrétienne jusqu'à la paix de l'Eglise, ou tout au
moins jusqu'à la fin du 11° siècle. De cette longue période, très peu de documents et d’écrits sont parvenus jusqu'à nous. L'’historien Eusèbe de Césarée nous fait connaître beaucoup de noms dont nous ne savons rien de plus. Sans doute d'heureuses découvertes accroissent de temps à autre le trésor de ces premiers ouvrages rédigés par des chrétiens; elles restent trop rares pour que nous puissions espérer de combler jamais les lacunes de notre science.
D'autre part, la littérature primitive du christianisme est essentiellement pragmatique. Et partout, au second siècle, les mêmes besoins ont donné naissance à des ouvrages du même genre. Nous retrouverons des lettres, des apclogies, des chroniques, des récits plus ou moins légendaires de la vie du Christ et des apôtres, dans toutes les Eglises. D'ailleurs, les maîtres chrétiens sont de grands voyageurs; ils appartiennent au monde plus qu’à une province déterminée : saint Justin, né à Néapolis de Palestine, habite quelque temps Ephèse, avant de se fixer à Rome; son disciple Tatien naît et meurt en Mésopotamie, mais passe à Rome, puis à Antioche, une grande partie de sa vie. L'Egyptien Valentin, le Syrien Cerdon, l’Asiate Polycarpe, Marcion de Sinope, Théodote de Byzance, bien d’autres encore, viennent à Rome et y font des séjours plus ou moins prolongés. Origène d'Alexandrie réside longtemps à Césarée de Palestine; on le trouve à Sidon, à Tyr, à
Bostra, à Antioche, à Césarée de Cappadoce, à Nicomédie, à Athènes, à Nicopolis, à Rome, et ailleurs encore. Jules Africain, originaire d'Emmaïüs en Palestine, va à Edesse, à Rome, à Alexandrie. On pourrait sans peine multiplier les exemples.
Il suit de là qu'un exposé, qui prend pour centres de perspective les diverses provinces, a forcément quelque chose d’artificiel et que sa division est en partie arbitraire. Chacune des grandes provinces chrétiennes garde cependant sa physionomie propre : les écrivains de Rome se distinguent entre tous par leur esprit pratique, par leur sens des responsabilités, par la fermeté de leurs préoccupations morales. Les Egyptiens, plus idéalistes, s'essaient aux vastes synthèses: ils cherchent à expliquer le monde, ou tout au moins à donner des vues d'ensemble sur l’enseignement chrétien. Les Âsiates tiennent avant tout à transmettre la tradition qu'ils ont reçue des apôtres et luttent avec une indomptable fermeté contre les hérésies. Les Syriens enfin et les Palestiniens se font volontiers chroniqueurs ou historiens, à moins qu ils ne rédigent des codes liturgiques et moraux. Le détail doit corriger ce que ces vues d'ensemble ont de trop absolu; mais, puisqu'il faut diviser la matière pour l’exposer plus clairement, la division par provinces garde, même pour la période primitive, sa raison d'être et sa valeur.