LA SECONDS SODA
La secoDde Ëdda , autrement dite Ëdda prosaïque , date du xni* siècle. On l'attribue à Snorri-Sturleson , rhoratne le plus célèbre de Tlslande G*ëtait un
homme instruit, un porte habile, et un véritable iiislorien. Sa chronique des rois de Norvège , son Ucimskringlay est un ouvrage des plus recomman* tlables. 11 puisa les matériaux de cette chronique dans les chants des scaldes, dans des traditions orales et des sagas, vraisemblablement aussi dans les écrits d Are et de Sœmund , qui ne soul pas venus jus<ju a nous. Mais il sut retrancher, des documents auxquels il avait recours, tous les faits controversés, toutes les opinions fausses. 11 6ta aux scaldes leur exagération , aux conteurs de sagas leur prolixité , et écrivit cette
* Voy. Histoire d'Islande.
LiUérature uiandaùe, 13
longue lûsloireqtie les savaiiU eux-mêmes ont souvent lou^e*.
Pour la composer Snorri n'a pas eu grand'peiue à en recueillir les matériaux. Ces matériaux existaient en abondance dans les sagas populaires et les chants des scaldes. Il D*est pas le premier non plus qui ait établi un ordre chronologique dans les événements qu'il entreprenait de raconter. Avant lui le poète islandais Are, surnommé Hinn Frodi (\e savant), avait écrit dans un ordre mélhodique une esquisse des annales de son pa)'s ^ Mais en comparant 1 ouvrage de Snorri avec les sources auxquelles il a puisé, on est frappé de la sagacité d*esprit avec laquelle il a élaboré et élagué ces documents primitifs, rejetant avec soin tous les détails puérils des chroniqueurs diffus , cherchant avec opiniâtreté le fait réel, et conservant cependant en son récit le caractère uaii de la saga.
En relatant la mort de Snorri, les chroniqueurs islandais vantèrent sa science et son talent Ce ne fut pourtant qu^au xvi* siècle que le Danemark connut son œuvre , non en entier, mais par un fragment dont Mortenseu publia la traduction. Plus tard, elle a
* C'est, dil le Mvant ei judicieux Huiler, par le foiui et la forme, un ouvrage que nous devons admirer. Sag* bibliolek, t. III.
• Svhedœ de Jslandia. Are Frode, né t-n 1 ÛG7, motmjt en tl48. Son livre fut publié à SkalboU, en 1688» avec une traduction
lutine.
' En Tannée t^it , dil un de ces chroniqueurs, mourut Snorri- Slurlesun. Celait un iiomnie habile et d'un (jrand savoir.
été complètement imprimée. VA\c est clevcmie un des livres classiques de 1 historiographie Scandinave'.
La tradition islandaise attribue à Snorri la rédaction de la seconde Edda *. Rien dans Tëtude de celle composition n'indique qu^elle sott d^une époque antérieure
au célèbre écrivain , mais mie de ses parlu s an moins,
la Scalda est d'une date ])lus rérenie, ïl est prol)al)le qu'elle fut rédigée par Oiaf Tliordarsen , neveu de
Snorri.
11 existe trois principaux manuscrits deTEdda.
V Le manuscrit de Worms, le plus étendu des trois, qui appartient à la bibliothèque de Tuniversité de Copenhague.
* Vuici la liste chronologique des publications de la Heims
knu^la :
!• Norske Kongers Krùiiike iudiil ungc Kong Hageiis Titl ove- Sftât «f Pastor Jens Mortensen. In-8, Copenhague, 1 o{) i ;
î* Une titdiicdoii abrégée de la Heiroskringla , par Pierre Qaïuen. In-é, Copenhague, 1633 ;
3* Tradueticiii suédoise , par J. Rugmasn. Wiisingborg. In« folio, 1670;
4* Texte complet et traduction suédoise et ladae, par Perings-»
kiôld. Stockholm, 2 vol. in-fol. 1G97;
V}" Texte islandais, traduction latine et danoise» par G. SchÔning. Copenhague, 3 vol. in-fol. 1 777 ;
6" Texte islandais imprimé en Islande en 1804. Inachevé ;
7" Texte islandais imprimé à Stockholm en 1816 et 1817. Il n en a paru que deux volumes.
' Dans les annales islandaise;^ éej-iies au xiii" wcle, il est dit de Snorn : Uann sainsetti Kdda (.»k niargar adrai' liacdihaknr ok i>iand»ka sogiu*. Il cunij)ur>a 1 Kdda , ainsi que plusieurs uuviagea de science et des sagas ialandaises.
T Le manuscrit royal aciielé a Skalliolt par Bri»* juif Svendsen , et déposé à la bibliothèque royale de Copenliague, où il fut longtemps égaré. Il date du XIV* siècle.
.r I>c' inatiusi rit ci Lpsal, que le chancelier («aUi iel de la (Jardie donna à la bibliothèque de cette ville.
Ces trois manuscrits ne sont point identiques. Dans Tun se trouvent des fragmenls de prose et des poésies qui n'existent pas dans Tautre. Celui de Worms renferme le chant de Rig, qui raconte Torigi ne de Tes-
('l.i\c, (le ri»f ne libre, du noble, et la distinction
établie entre eux par la naissance.
Les difl'érences de détail que i on remarque dans les trois manuscrits que nous venons de citer ne portent pas atteinte à Tensemble de TEdda. Elle se divise en trois parties :
1* l^s fahles mvUiolo^'iques renfermées dans les chapitres du C^j /fa gi/tntngel des BraganUlr,
T Les Ketinin^rp ou dénominations poétiques.
3* U Scal(Ui,
La Gylfa Ginuing présente un exposé dair et précis de la mythologie Scandinave : Un roi de Suède, nommé
Gylfa, a ( nlf ndu vanler la sagesse des Ases, et il veut voir ])ar luMuêmc s'ils sunl aussi savauls ({u on ledit. 11 part et arrive à la porte d'un grand château, dont les murailles resplendissantes d'or s'élevaient au-des" sus d*une montagne. A l'entrée , un jongleur jouait avec des épées nues , et en lançait en Fair sept à la fois, sans en laisser tomber une. Dans la grande salle du château 4 des feuuiies buvaient de la bières et les
E\ ISLANDE ET AV GROfcNLAM). 181 trois grandi» tlie ux étaient assis sur leur trône. Gylfa s*avança près d eux et les interrogea sur la création du monde, sur le ciel , sur les astres , sur les bons et les mauvais génies. Les dieux répondirent patiemment à ses demanfles jus<|irà ce que Gylfa s'avouât vaincu. Alors, par un coup i\e baguette céleste, le cliâlenu d'or, le jongleur , et les dieux s'évanouirent, et le voyageur se trouva seul au milieu de la nuit, égaré dans les champs ^ mais il avait conservé le souvenir de sa vision et il la raconta.
Les Bragariulr sont une sorte d'a[)pendico à celte narrati(jn uiylliologique. (Test le dieu liraj^a qui, à son tour, prend la parole et raconte à .-Egir diverses aventum des Ases et Torigine de la poésie.
Ces deux récits sont une habile compîbtion de TEdda. l^s chants primitifs ont servi de base à cette narration. L [Aida de Sreniund était ct>mmc le dîlhvranil>e de la théogonie Scandinave. Celle-ci en esl le manuel. 11 esl probable que Snorri trouva chez son tuteur, à Odda, le recueil de Sœmund, et que là, dans les loisirs de sa jeunesse, Tidée lui vint de composer, d'après ces poésies entrecoupées, emphatiques et peu intelligibles, un couis de mythologie faille à comprendre, t^eut-èti e aussi, comme Ta ditMagruissen,Sœmuuti avait-il tracé lui*méme l'esquisse de cet ouvrage , et Snorri ne fit que la continuer.
Les Kenningar sont aussi une œuvre de compilation. Nous avons vu dans un chapitre précédent à quel point de raffinement liltéraire les poètes Scandinaves eu élaieut venus. Les Keiniingar sont le code
(le ces j)()èles si jeunes eiicure et sitôt vieillis. (Test leur traité do versificalion , leur Grndus (td Pnniassurn. On trouve lit un long vocabulaire de toutes les déiiotniDatîons dont les poètes peuvent se servir pour désigner un même objet, des mots figurés , des tro* pes, admis par Tarly consacres par l*usage.
Scalda est en ce (jui tient à la facture de la strophe, à la mesure des syllabes, le complément de ces préceptes de versification
* L'Edda de Smurri a été publiée pour Ut première fois en 1668 à Copenhegne, par Resen avec une traduction latôie et danoise. Elle a été traduite en français par Mallet : JHonuments de la
mythologie et fie la poésie fies Celtes. (x)[>onhagiie, 1 Tî^fi ;
Kn anglais dans les Northern antiquitics, de Th Fercy. Lon-
dr<'s, 1770;
Kri allemand, par Schimmelniann» Ruh&, Majerj
Kn danois , par Nyerup ;
En suf'dtiis. [lar Adlcrbeth et CnatMngins.
En 1807, il ( Il .1 p;ui! à Wilna une tradijction en polonais.
Rask, le s.iv.iiii piiilulogiH', a laii la meilleure édilion (jui existe de cette œuvre de Snorri. Mais elle ne renferme que le texte islandais : Snorra, EddaasimrtSkatduoch thartned fylgiandi ritgjôrditm. Stockholm, 1818, m-8.
EN ]Sr.AKDE ET AU GROENLAND. m
GUAPITAE IV.