LIS SAGAS
Quelques écrivains ont attribué encore à l'illustre auteur de l'Edda en prose une des chroniques de ces pays, la Sturlunga saga, qui raconte des faits dont Snorri fut témoin oculaire, et d'autres où il joua un r6le Important*. M. E. Muller a démontré que cette saga n'était point l'œuvre de Snorri, et qu'elle ne pouvait être, scion ropiiiioii de Terfesen', l'extrait d une œuvre rédigée par lui. C'est Tune des sagas les plus étendues qui existent'. Elle commence à Tannée 1110, et se termine à Tannée 1264. On y trouve un récit détaillé des luttes qui éclatèrent dès le commencement du xn* siècle entre quelques-uns des principaux habitants de l'Islande, la généalogie, la biographie de plusieurs fiimilles considérables, surtout de celle des Sturles. Cette narration est souvent diffuse, parfois
' Finnsi Johannaei Historia eeclesiasticOf t. I, p. SiO.
• Prolégomènes à l'histoire de Norvège.
* El le se compose dans l'édition islandaise de 1 8 1 7 , de 4 vol . in-4'' .
monutoDe, mais parfois, aussi, elle présente une vive peinture du pouvoir, dt' 1 ambition et des nKvm s de roiigarcliie islandaise. C'est Tune des œuvres notables de ces nombreuses relations liistoriques qui font la gloire de Tlslande, de ce vaste cycle de sagas dont nous allons essayer de donner une idée.
Le mot saga vient de scgia (dire*); il signifie récit, traditiou, non pas la tradition ét iite, mais v<»rbalc, ce qui se dit, ce qui se raconte ; la causerie de la veillée, Tenlretien d'un ami. Ainsi s'est faite d'abord la saga, ainsi s*est faite toute traditiou nationale, sans effort et sans prétention littéraire. Le soir, au coin du feu, sous le cbaume du laboureur, ou sous la tente du soldat, le vieillard rL'[)était ce <|u'il avait entendu dire à son père , et les jeunes gens recueillaient ses paroles avec attention pour les transmettre ensuite à leurs enfants; et le récit, simple et austère, passait de bouche en bouche aussi fidèlement que s*il eût été écrit par un moine patient sur un palimpseste, ou imprimé comme un livre classi(jue [)ar un Klzevir. I^us cliacjue génération en faisait une nouvelle édition , sans en rien perdre et sans y rien changer. Et vraiment, quand j'y songe , je ne sais ce qui mérite le plus de respect, d^une de ces œuvres enthousiastes, écloses toutes bouillanlea dans la pensée d un homme de ^enie, ou
* Ce mot se retrouve dans tontes Ie> langues germanicjiies : allemand, so'^en ; danois, sige ; àiictlois, ; hollandais, ze^t /ii an- {.'lL>-Nuxon, sœggau et secgan ; anglais, sa) . Leb Âliftuands emploient le luot sage dans le mrme sens ({uc 1rs Islandais. Les frère:» Griinm Pont illustré parleurs t^eutsehe sugcn.
EN ISLANDE ET AU GROENLAND. 185 irmie de ces œuvres candides, issues du stiu du peuple, et grandies avec le peuple, œuvres de famille, œuvres saintes , que la poésie couronne de ses fleurs les plus belles , et à qui les siècles donnent rautorîlé de rhistoire.
Tous les peuples ont eu leur cycle particulier, leurs traditions nationales enfantées par une grande époque, et regroupant autour d'un grand nom. Ici est le romancero ^ là le kœmpei^iwer ^ ailleurs la légende, la ballade, la chronique du religieux et l'épopée du troii< vère, mais j*ose croire que , dans aucun pays, on ne trouverait une série d'histoires populaires, comparables aux sn<;aï> islandaises. Nulle part le génie conteur de la foule ue s'est montré aussi fécond ; nulle part rhistoire, la poésie, n'ont été, comme ici, Tceuvre des masses, TœuTre de tous , et nulle part elles n*ont eu un aussi grand caractère de fixité et une vogue aussi prolongée. Aujourd'hui le bourgeois de Lisieux aurait de la peine à comprendre le Roman de Hou; l étudiant anglais ne se trouve pas de prime abord familiarisé avec le style et l'orthographe deChaucer; et, pour les rendre accessibles à la foule, les savants allemands traduisent en langage moderne Tépopée des Niebelungen et le Parcival de Wolfram d'Eschenhach. Aujourd'liui, le plus [)auvre pavsan islandais lit, sans le secours tl ancun interprèle, les livres de ses [ières, et les transmet à ses enfants, qui les relisent avec le même charme. Un jour, à Reykjavik, la fille d*un pécheur, qui avait coutume de venir, chaque semaine, nous apporter des oiseaux de mer et du poisson, entra
clans ma chambre el me trouva occupé à étudier la saga de Niai. « Ah! je coiukus ce livre, me dit-elle, je Tai lu plusieurs fois quand j'étais eniaot. j» Et^ à TinstaDt, elle m eo indiqua les plus beaux passages. Je voudrais bien savoir où nous trouverions, en France^ une fille de pécheur connaissant la Chronique de Saint-Denis.
Ou oe comprendrait pas 1 impurtauce des sagas, si on les regardait comme des oeuvres purement locales^ restreintes entre la côte orientale et la c6te occidentale de l*l]e, et ne racontant que les traditions des vallées de Breidabolstad ou de THécla. I^es sagas embrassent dans leur lari^e cercle le Nord entier, langues et coutumes, histoire et religion. « Que saurions*nous, dit Rask, sur le développement intellectuel, Torgamsation , Tëlat du Nord dans les temps anciens, sans le secours des sagas et des livres de lois? Partout où ces livres ne nous ])rétent pas leur lumière, nous niar< Ikjhs dans les ténèbres. Et c'est ainsi que T histoire de la réunion des diverses principautés du Danemark sous le règne de Gorm, et beaucoup d'autres graves événements, sont entourés^ pour nous, d*une éternelle ob* scurité. Que saurions-nous sur la vie d'Odin, sur ses leçons et ses œuvres , si nous n'avions TEdda et les chants des scaldes* ? »
Ce fut une colonie de Norvégiens qui peupla Fislande : elle émigra avec ses mœurs, ses lois, ses croyances, et les transplanta sur le sol qu'elle devait
* l^eiledning tU dct islandske Sprug, j>. 10.
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occuper. Ingolfr, avant de partir, enipoilail, comme un autre Énée, ses dieux pénates sur son navire; et les guerriers qui le suivirent gardèreol leur lance de pirate , et leur bouclier revêtu d'images symboliques. Ces hommes, qui fuyaient le despotisme de Harald aux beaux cheveux, appartenaient aux ]>lus nobles familles de la Norv é<;e ; ils joignaient rorgueil aristocratique à leur orgueil de soldat. De peur qu'où ne Toubliàt, ils se faisaient raconter et ils racontaient eux-mêmes leur généalogie, leurs aventures, et les aventures de leurs proches et de leurs amis. Ainsi l'esprit Scandinave revivait dans cet essaim fugitif, qui , pour garder son indépendance, n'avait pas craint de franchii une mer encore peu connue, et d*aborder sur une plage aride, dans une contrée sauvage. L'Islande s'assimila complètement à la Suède et au Danemark. Ce furent les mêmes combats, les mêmes fêles, les mêmes réunions de iamille, le même caractère hardi et aventureux. Chaque année, les Islandais s'en allaient errer sur les côtes de la Norvège ou le long de la mer Balticjue. lis retournaient dans leur mère patrie pour recueillir un héritage, visiter des parents, et quelquefois venger une injure faite à leurs pères. Ils s'arrêtaient à Drontheim, à Copenhague, à l'psal, ravivaient leurs souvenirs, et s'en revenaient avec de nouveaux récils. C'étaient des chroniqueurs intrépides, qui, au lieu de fouiller dans les bibliothèques, interrogeaient la mémoire des hommes, et, du bout de leur glaive, burinaient sur le roc des montagnes le nom qui les avait frappés, et le tail historique dont ils avaient été lé-
inniiis. (.fiait lit, cdiiimt' los AraUes nomades du desert , des liomuies d'actiuu et des poètes combattant des joui's entiera à toute outrance, et se délassant du combat par le récit de leurs périls et de leurs exploits.
Souvent aussi le marchand norvégien débarquait en Islande, apportant avt c lui les productions de la terre étrangère , et pi tuaiil en échange la laine et le poisson. Il arrivait ordinairement en automne, et ne partait qu'au printemps. On raccueiUatt dans le bœr islandais, et il devenait Tliôte, Tami de la famille. L'hiver , à la veillée , il racontait ses aventures , ses \(>\a^es, quels liciiv il avait parcourus, quelle tempête il avait essuyée, et la vie des rois de Norvège, et les batailles les plus c t'Ièhrcs*. Puis il y avait des conteurs de sagas islandais qui voyageaient de contrée en contrée, s*arrétant dans les salles du jarl', sous la tente des hommes de guerre, pour recueillir de nouvelles traditions, cl redire telles (ju'ils savaient. Ils n'étaient pas, à beaucoup près, aussi honorés que les scaldes , et ne jouissaient pas des mêmes privilèges. Cependant ils étaient toujours reçus avec empressement. La cour du jarl se rassemblait autour d*eux
* On sait qu'il existe encore plusieurs analogies frappantes enli*e les anciennes coutumes du Nord et certaines coutumes de la Normandie. Dans cette province, conquise par RoUon, c'érait aussi l'usage autrefois de payer par un chant ou un récit l'hospilalité qu'on recevait
tli^aig*"* est m Normaniîi** Que qui iiehergié est, qu'il die
Fable ou chaasoii lie à ton hotte.
(ti dits élu toueretmm.)
* Chef de trihu, petit prince. Anglo-saxon, eùHi anglais, mH.
KIS 1SLA:^DE KT au GR()feMLA>D. m
|M>urles ealeudre, et le jarl leur donnait l'anueau d'or ou le glaive ciselé. Plusieurs d'entre eux avaient
amassé, dans leurs voyages, une quantilé prodiL^it use de faits et de chronifuies. Torfauis lappoite fju iui de CCS hiblonens ambulants, nommé llior^leiu, vint trouver le roi Haraid de Norvège , et lui raconta une tradition qui dura trois jours. « Où as*Cu donc appris celte histoire? demanda le roi. — Dans mon pays, ré> pondit Thorslein; je vais chaque année à i'Altliing, et je recueille les réeils de noire célèbre Haldor. «
Quand ces conteurs de sagas avaient longtemps voyagé, ils tournaient les regards vers leur pauvre terre d*I$lande, et ne pensaient plus qu'à revenir, avec leur savoir et leur expérience, se reposer sur le seuil paternel. Ni l'aspect d'une contrée plus riante , ni les liaisons formées en d'autres lieux, ni les offres des jarl, ne pouvaient leur faire oublier le rivage d où ils étaient partis et l'humble enclos de gazon où s'élevait la fumée de leur toit. Tout ce peuple d*lslande, retiré dans ses champs de lave, et vivant, la plupart du temps, i^MK)r(' dans sa solitude, avait soif de nouvelles. 11 se picssait autour des vo)ai;euis, et écoutait avec ravissement le récit de leurs excursions lointaines. C'était, pour ces hommes naîls et avides d'émotions ^ un heureux moment que celui où ils pouvaient ainsi se grouper autour d'un des leurs, le questionner et le suivre j)ar la pensée dans les paNs <|u il venait de parcourir. (Vêtait là leur puéme , c'était 1 Odyssée de ces enfants d'une autre Ithaque.
I^s Islandais avaient une telle passion pour ces
IDU VOVAOE
contes de voyageurs, que, lorsqu'un bâtiment abordait dans ]eur ile, ils allaient en toute hâte sVtiqiiérir
(lu pays qu'il avait quitté et des dernières nouvelles de Suède et de Danemark. L'un d'eux, qui était renommé pour sa ricliesse et son influence, obligeait tous les étrangers à aller d'abord lui raconter ce qu'ils savaient, et se mettait sérieusement en colère contre ceux qui refusaient de lui ])orter leur bulletin de voyai^c. Vu jour, le peuple élait réuni :i l \lihing: une afVaire grave venait d être mise eu discussion. Deux partis opposés plaidaient Tun contre l'autre avec violence, et rien ne faisait espérer qu'ils dussent trouver bientôt un moyen de conciliation, quand tout à coup, au milieu de leur effervescence, on annonce que l'évéque Mai^tnissen arrive de Norvège; et à l'instant voilà ce peu[)le islandais, qui, pareil au peuple athénien , oublie l'afTaire qui l'occupait , et court demander à révéque le récit de son voyage.
Ainsi les traditions de la Suède, du Danemark et de la ISorvégc, venaient chaque nmée se fixer en Islande} ainsi la saga attirait à elle les chants du poëte, les souvenirs du voyageur ; ainsi le nom des jarl, des princes étrangers, tevivait dans la demeure du paysan ; et cette pauvre tle d'Islande , si obscure et si faible, amassait dans son sein tous les trésors de science auxquels nous devions un jour puiser. Les [>euples du ISord se modifiaient par leur contact avec les autres peuples, et l'Islande conservait son caractère primitif. Le christianisme brisait avec sa croix de fer Tidole Scandinave, Tautel d'Odin, et Tlstaude gardait encore
KN ISLANDE ET AV OROKNLAM). iUl
^0 dépôt de traditions qui lui avait été confié ; Sœmund chantait Balder et Freya auprès de la chapelle chrétienne, et les vieilles mœurs et le vieux paganisme du Nord se reflétaient dans les sagas.
C'est donc à ces sagas qu'il faut avoir recours pour connaître Thistoire primitive de ces tribus de pirates, qui, au moyen âge, envahirent TEurope entière ; Tbistoire des Angles* et des Normands, Thistoire des compagnons de Rurik, (jui s'en alla, au ix** siècle, fonder un royaume en Russie, et de Roîierl (iuisoard, qui asservit à son pouvoir la moitié de l'Italie. Ce sont là les documents essentiels dont les antiquaires suédois et danois se sont servis , et quiconque voudra écrire sur Thistoire ancienne du Nord sans étudier les sagas court grand risque de ne iaire qu'une œuvre laulive et incomplète.
11 existe un grand nombre de sagas. Torfoeus en compte cent quatre-vingt-sept; MùUer en a analysé cent cinquante-six. On les a classées tantôt par ordre alphabétique , tantôt d*après les diverses époques où
* La cliioniquc de Danemark, dii Saxo le grammairien, comment avec rhisloire des fils de Humble , Dan et Angel. C'est de cet Angel que vient te nom du peuple anglais. {Histoire de Dane^ mat^, ch. I.)
Les Angles faisaient |iartie de la confédération saxonne ; ils habitaient le district d'Angle (aujourd'hui duché de Sleswièk). Hengbt el Horsa, qui abordèrent en Angleterre vers l'an 449, étaient des Jutes» B»is la ]iltts grande partie des houMues de
l^uerre qui les suivaient étalent des Angles. De là vint le nom û*£ttgla'/and, d'où l'on a fait par contraction Si^ftatid (Angleterre.) (Tumer, HisMyof thc JngfthSa^eoas,)
m VOYAGE
Ton présuiuail (|u elles avaietil été écrites, tantôt d'après la position géographique des lieux qu'elles signalent. La plupart ont tout à fait le caractère héroK]ue, et, sous ce rapport, peuvent être mises à côté des ballades anglaises, des chants de guerre suédois el danois, du Hclciinbucli et du potinc anglo-saxon de Beowuir. Les personnages (|ui y figurent ne sont, il est vrai, ni des chevaliers galants, comme ceux de boiardo et de TArioste , ni des pourfendeurs d^hommes, comme les douze pairs de France, ni des êtres entourés de nivsticisme et de léerie, comme les frères d armes de la Table Ronde. Un n'entend parler dans ces sagas ni de tournois, ni d'écharpes brodées ; on n'y voit point de balcon de marbre et point de châtelaine pleurant dans sa tourelle. Les hommes, (piand ils sont ensemble, ne s'occupent guère d*amour, et les femmes ne son^fiil pas ii leur donner une devise. Ce sont de rudes peintures et de rudes caractères. L'Islandais quitte sa demeure au commencement du printemps. Il s'embarque sur un frêle bateau, avec tous ceux qui veulent le suivre, et s'élance sur les flots an hasard. Souvent même il s'embarque par un temps d'orage afin do siirprcMidre plus facilement les habitants des côtes. S il trouve le long de sa roule un bâtiment étranger, il le harponne comme une baleine et l'attire à lui; le combat s'engage, les dards acérés pleuvent de |)art et d'autre, le glaive brille, chefs et soldats se preiineut eorps à corps, et les boucliers de fer se brisent, et le saii^' inonde le navire. Le plus lort emporte les dépouilles de son adversaire | et célèbre
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son triomphe avec des cliants enthousiastes et des libationft bachiques. Si deux guerriers se rencontrent et s'attaquent sans pouvoir se vaincre, après avoir com-
baUu lout le j()Uï\ ils jettent bas les armes, se tendent la main et se jurent hdéiité. Puis ils passent sur le même navire et s* en vont chercher ensemble des aventures. S*ils arrivent sur la c6te, ils amarrent leur bateau à une pointe de rocher , descendent à terre , pOlenti brûlent, massacrent, et s'en reviennent joyeusement avec tout i <" fju ils ont amassé. Le peuple s'enfuit devant eux, et les gens d'église chantent dans leurs processions : ^ furore Normannorum libéra naSf Domine, Ce sont des pirates, mais des pirates plus avides de combats que de pillage , plus fiers des blessures qu'ils ont Ihitt^s que des trrsois (ju'ils ont conquis. Dans tous leurs chants ils célèbrent la j^uerre, ils idéalisent le courage et la force physique. La saga les représente avec huit mains \ comme les dieux de Plnde, et frappant à la fois huit coups d'épée. Ib sont si grands et si robustes , qu'un clteval ne saurait les porter , et ils ont presque tous un bouclier magique fabriqué par les nains, et uae épée qui coupe l'acier comme de la toile\ Mourir de maladie était pour ces hommes de guerre une effrayante peine. Odin , devenu vieux , s'était lui^éme tué avec sa lance, et la saga de GauUeL laconle (ju'il y avait en Norvcg^e un rocher du haut duquel les vieillards se précipitaient
* IlervaFsr Mg«.
* Hervarar Mgi.
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pour échapper aux infirmités de i'Àge. Mourir dans un combat ('tait le plus beau sort, mais encore fallaitil avoir iDionorables blessures. On anooaoe à Sivard la mort de son fils. Il demande s'il a reçu une blessure par devant ou par derrière. « Par devant, répond le messager. — - Je n'ai qu*à me réjouir , dit le vieux pirate. Toute autre mort serait indigne de moi et de mon fils. >> Quand ils ont iiieiié pendant de longiit s années cette vie d'aveaturesy ils rentrent chez eiu, et gouvernent paisiblement leur ferme. Leur souvenir reste , leurs exploits retentissent de toutes parts , et l'Islandais qui vient à l'Althing dit à ses voisins : « Moutrez-moi donc cet homme dont le nom est si célèbre dans les sagas'. » Après eux , leurs fils aspirent aux mêmes périls et ambitionnent la même gloire . Dès qu*ib sont parvenus à se procurer un bateau et quelques hommes , ils s*élancent loin du rivage , et malheur à qui tenterait d'arrêter ces faucons d'Islande dans leur vol ! Malheur a (jui leur disputerait la domination du glaive et la royauté de la merl Ils aiment le combat) le cliquetis du glaive, Todeur du sang. L*éducation qu'ils ont reçue leur a appris à se laisser tuer plutôt que de fuir devant un ennemi , et la religion Scandinave leur rend la mon 1 telle. Après une longue lutte , Asmundr est parvenu à dompter Egil. il le jette par terre, et le tient d'une main robuste sous son genou. « Je ne puis te tuer, dit- il, car je n'ai pas mon épée ; veux-^tu me promettre de m'attendre,
* Gi&ie Sursen saga*
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et j'irai la clierclier. — Je te le promets , dit Egii. » Asmundr court chercher son épëe, et retrouve son adversaire étendu parterre, et attendant paisiblement la mort'. Quand ib sont tombés glorieusement sur le champ de bataille, on les enterre avec leurs armes, cl lis vont rejoindre Odiii dans le Valiiaiia. Quelquefois même ils revivent, comme le Cid, dans leur tombeau. Un soir an paysan passait auprès de la grotte où était enseveli Gunnar ; il entendit un bruit confus et aperçut des étincelles de lumière entre les rochers qui recouvraient le corps du héros. Il s'en alla chercher les fils de Gunnar , et le soir ils revinrent tous ensemble. La lune projetait une lueur pâle sur la vallée, mais quatre flambeaux brillaient dans la tombe, et le vieux guerrier, couché sur son armure, chantait son chant de mort *.
Souvent les Islandais n'entreprenaient un de leurs voyages que pour se mesurer avec un guerrier célèbre, souvent aussi pour se venger d^une injure. 1^ vengeance était pour eux une chose tellement sacrée , . qu*ils croyaient que le ciel lui-même pouvait au besoin rillustrer par un miracle. Un pauvre aveugle de naissance, Âsmuudr, s'en vient à TAlthing demander à Litingr satisfaction de la mort de son père. Litingr la lui refuse, (i Si je n'étab pas aveugle , s'écrie Asmundr, je saurais bien me venger. » Il rentre dans sa tente, et tout à coup ses yeux s'ouvrent à la lumière. « Que
' Sagan af Eigli itmheDdA ok A$aiuiMli.
' Hialtaga.