‹ Litterature italienneChapitre 27 sur 56 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Si par « Renaissance » on voulait désigner l'imitation pure et simple des pensées, des sentiments et des formes en usage dans la poésie et dans l'art antiques, ce mot, appliqué à l'Italie, serait sans objet avant le xvi" siècle; et cependant on ne peut plus rattacher au Moyen Age les œuvres les plus fameuses du xiv^ siècle, après Dante, et moins encore la civilisation si originale du xv"^. Si d'autre part on considère l'humanisme, triomphant au xv^ siècle, comme l'apprentissage nécessaire qui conduisit à une reproduction plus fidèle des modèles classiques, et par suite comme la préface de la Renaissance, comment ne pas remarquer que les initiateurs de l'humanisme, au premier rang desquels se place Pétrarque, appartiennent au xiv^ siècle? D'ailleurs l'œuvre italienne de ce même Pétrarque et celle de Boccace révèlent un état d'esprit de tous points conforme à celui que vont généraliser les progrès de l'humanisme. On en arrive ainsi à considérer l'avènement définitif des formes classiques, dans le second

quart du xvi* siècle, comme le dernier terme d'une évolution qui embrasse près de deux siècles, période infiniment féconde et glorieuse, à laquelle convient à merveille le nom de Renaissance*.

Ce qui se réveille alors dans l'àme et dans le cœur des Italiens, par réaction contre le mysticisme de la pensée médiévale, c'est l'amour de tout ce qui est terrestre, c'est l'intérêt pour tout ce qui est humain. Les promesses ou les menaces d'une autre vie ne cessent pas, du jour au lendemain, de préoccuper les esprits; mais elles ont moins de prise sur les âmes, parce que l'heure présente paraît bonne à vivre pour elle-même : est-il si nécessaire ou même si raisonnable, se dit-on, de fermer nos yeux et de refuser nos cœurs à toutes les joies positives que le monde nous prodigue? On a parfois soutenu que l'admiration indiscrète de la Renaissance pour l'antiquité avait ramené les Italiens à une conception toute païenne de la vie; rien n'est moins juste. C'est leur attachement instinctif à la réalité qui, prenant un nouvel essor, leur apprend à vivre par les sens plus que par l'esprit; leur paganisme ne sort pas des livres, mais plutôt des âmes, et c'est lui qui donne aux générations nouvelles une intelligence plus exacte et plus pleine des auteurs anciens : chacun éprouve une surprise, qui fait aussitôt place au ravissement, en retrouvant chez les classiques des hommes très semblables à nous, des hommes qui ont su tirer le maximum de joies de cette vie « réelle » à laquelle on aspire; chacun reconnaît en eux des amis auxquels on tend la main par-dessus les siècles, et dont on écoute les leçons avec une sorte de ferveur et d'exaltation.

Cette intimité nouvelle avec les anciens donna nais-

Page 1