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CHAPITRE IV

S'il est à peu près impossible de donner une définition brève et claire du romantisme français, la tâche n'est guère plus facile lorsqu'il s'agit de l'Italie : sous ce mot équivoque vinrent en effet se confondre bien des tendances parfois peu accusées et souvent contradictoires. Le romantisme médiéval et fantastique, tel qu'il fleurit en d'autres pays, ne plongea pas de profondes racines en Italie, terre classique par excellence, où les souvenirs du Moyen Age ne pouvaient rappeler que les luttes victorieuses de la commune et de la papauté contre l'empire, c'est-à-dire de l'élément romain contre la féodalité germanique, où les légendes chevaleresques originaires de

France et de Bretaçrne s'étaient de bonne heure clarifiées

et égayées en passant par l'esprit lumineux et réaliste de ce peuple, où le surnaturel lui-même, dégagé de toute brume, avait inspiré à Dante la belle, harmonieuse et raisonnable ordonnance de la Divine Comédie.

Classiques et romantiques se disputèrent donc souvent

pour de simples mots, et cela ne contribue pas à donner plus de netteté à leurs querelles. Aussi vaut-il mieux n'employer cette dénomination de Romantisme qu'à propos de la première explosion du mouvement en Italie, de 1815 à 1830 environ ; car après cette date le courant qui entraîna la littérature italienne dans une direction bien détermin(' î peut et doit être désigné d'une façon plus précise : ce sera l'époque révolutionnaire.

Dès la seconde moitié du xviii* siècle, quelques résistances caractéristiques à l'influence exclusive de la France s'étaient clairement manifestées chez des écrivains comme Parini et Alfieri. Le besoin d'échapper à un classicisme trop rationaliste et conventionnel fut pour beaucoup dans le succès qu'obtinrent en Italie la poésie d'Ossian et les œuvres plus capricieuses, plus complexes des Anglais et des Allemands. Monti et Foscolo avaient participé dans une certaine mesure à cette recherche d'effets nouveaux , l'un par des tableaux bibliques empruntés à Milton et à Klopstock, l'autre par l'exaltation sentimentale et la mélancolie à la façon de Goethe, de Young ou de Gray. INIais le retour aux formes classiques, qui marqua l'apogée de la période impériale, arrêta cet essor vers une poésie plus libre; et lorsque, au lendemain de la chute de Napoléon, l'Italie se retrouva divisée et soumise à l'étranger, un grand désir de reconstituer dans les cœurs la nationalité que les traités de 1815 rayaient des cartes d'Europe, s'empara de tous les esprits. Parmi les littérateurs, les uns crurent que la conscience du peuple italien ne pouvait être mieux préparée à de

nouvelles luttes que par un retour plein de ferveur aux traditions d'un passé glorieux : ce furent les classiques. Les autres, les romantiques, rêvaient une poésie plus vivante et plus moderne, plus en rapport avec l'âme du peuple et ses croyances, plus vraie quant à l'inspiration, plus variée, plus souple et plus libre d'allures quant à la forme.

Le signal de la lutte fut donné à Milan, en 1816, par un écrit de Giovanni Berchet * (1783-1851) intitulé Lettera semiseria di Grisostomo sur deux ballades de Biirger, Lénore et le Chasseur sauvage. Un groupe d'écrivains et de nobles milanais lettrés, le comte Luigi Porro-Lambertenghi, Federico Confalonieri, qui devait durement expier par la prison et l'exil sa participation aux conspirations de 1821, le marquis Ennio Quirino Visconti, Giovanni Torti (1774-1852), élève de Parini et auteur de quatre courts poèmes, ou « Sermoni » Sulla poesia (1818) qui peuvent être considérés comme un second manifeste de la nouvelle école, Romagnosi, Gioia (voir p. 408), se joignirent h Berchet pour défendre leurs idées dans un journal bi-hebdomadaire, il Conciliatore (1818-1819), dont le principal rédacteur fut Silvio Pellico de Saluées (1789- 1854). Pellico était déjà Fauteur applaudi d'une tragédie à la manière d'Alfieri, Francesca da Rimini (1815), qui paraît aujourd'hui assez faible, mais dont le succès ne se démentit pas durant toute la période révolutionnaire; comme Confalonieri, il fut arrêté en 1820, s'entendit condamner à mort en qualité de conspirateur affilié aux « Carbonari », et sa peine fut commuée en celle d'emprisonnement. Des piombi de Venise il passa dans les cachots du Spielberg en Moravie; et de là, libéré

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