SI
— Fichtre ! je veux bien.
Touéno-Bouéno sortit du sac et y enferma le mendiant. C’est ce dernier que les trois frères jetèrent à l'eau.
Par
Le lendemain eut lieu l'enterrement des trois pauvres femmes assommées. En revenant du cimetière, les trois frères rencontrèrent T'ouéno- Bouéno qui conduisait un magnifique troupeau de moutons. Ils n’en pouvaient croire leurs yeux.
— Comment, garnement, dirent-ils étonnés.
nous t’avons noyé hier et aujourd’hui nous te rencontrons là ?:
— Oui, et ça vous étonne, n'est-ce pas?
Vous ne savez peut-être pas qu’au-dessous de ce monde il y en a un autre bien plus beau, bien plus riche que celui-ci? Eh bien, en me jetant à l’eau, c'est effectivement dans ce monde que vous m'avez envoyé. Dans ce pays enchanté, il y a une foire tous les jours. Je suis tombé juste sur le & foirail » des moutons ct vous voyez que j'en ai pris ma part.
Mais vous avez été bien maladroits : si vous aviez eu l'adresse de me jeter à l’eau juste audessus du « foirail » des chevaux, ma fortune était faite. |
— Et sais-tu bien où se trouve exactement le &foirail » aux chevaux ?
— Si je le sais? Mais puisque je vous dis que je l'ai vu!
— Eh bien! si tu ne veux pas que nous vengions sur ta peau nos moutons et nos femmes, tu vas nous jeter à l’eau juste au-dessus des chevaux.
Touéno-Bouéno enferma les trois hommes chacun dans un sac, les jeta à l’eau et... ils y sont encore.
Personne n'a jamais su au juste sur quel foirail ils étaient tombés.
H.-M. DOMMERGUES.
Le héros de ce conte rentre dans la catégorie de ceux dont on disait autrefois : « C’est un niais de Sologne qui se trompe à son profit, » et, en effet, sous des apparences naïives, il cache beaucoup de finesse.
Le conte français qui présente avec ce récit les plus grandes ressemblances est celui intitulé Lejuste et la Raison.(Cénac-Moncaut, Contes populaires de la Gascogne, p. 175.) Comme Touéno-Bouéno, Capdarmère ne doit pas « prendre le loup par la queue » ; pourtant, il réussit à s'emparer d’un loup, et il le vend comme bélier à des maquignons, dont il dévore le troupeau ; il leur vend aussi un couteau qui ressuscite : enfermé par eux dans un sac, il persuade à un porcher de prendre sa place et d'épouser la princesse; puis il amène les maquignons à se jeter à l'eau pour y trouver des troupeaux de cochons.
Le loup vendu comme mouton se retrouve dans un conte allemand cité par E. Cosquin, t. |, p. 112, et dans un conte de la Haute- Bretagne (Sébillot, Contribution à Pétude des contes populaires, p. 81, loup vendu sous le nom de chien-brebis); dans ce conte figurent aussi le sifflet qui ressuscite, l'homme enfermé dans un sac, qui s'en tire par ruse, et le seigneur à qui l’on persuade de se jeter à l’eau.
Les épisodes du sifflet merveilleux ou de ses similaires sont très nombreux (v. Cosquin, t. Pip. 2r2-224 5 t: Il, p. 355. Sébillot, Lztr. orale, p. 125), de même que celui de l’homme mis dans le sac et qui, par sa ruse, per-
8o LITTÉRATURE ORALE DE L'AUVERGNE
AR TE PES ER EE Se
suade à un autre dese mettre à sa place, généralement pour épouser la fille du roi, plus rarement pour devenir évêque ou prêtre.
(Beauvois, Contes de la Norvège et de la Bourgogne, p. 218; Cosquin, t. |, p.112.)
CONTES ET. RÉCITS 8t