MONTBRUN
Montbrun et paoure Courde Se sount douna duel,
Lan la, Se sont douna duel,
Lan la,
Apresta-mi, madama,
Ma camisa noubiaü,
— Biau Courde, ne t’estouna, Montbrun n'es pas grand caüsa.
Montbrun es petiot homme
Mas es baillant soudar. »
Ount presa la descenta, A Montbrun soun ana.
Quand sount à Rocheltos La trompetta ount souna.
— Donanarias-vous, madama, La salla s'il bous plait ?
— La salla est trop petiota Per tenir lou combat.
Et si voulès vous battre
Vous caüt delcendre al prat. »
Descendount per la cambi Vel prat se soun ana.
— Che fas-tu, paoure Courde, La cambi va gasta.
La camb'es de madama,
Te la fara paga.
— La cambi de madama?
Ei che chè la paga.
Ount presa la descenta,
Al prat sount dabalas.
Lou premier colp chè tirount, Courde n'es be tomba.
Ma Courde se releva :
« Montbrun, tu es arma. ».
Montbrun se déboutouna, Para soun estoumach :
— Ingueita, inguieta, Courde, Se Montbrun es arma, An camisa d’'Hollande.
Pourpoint de taffetas. »
Lou secound colp che tirount, Courde es tourna toumba.
Te plandzé, paoure Courde, Car tu n'as perta part.
Aneyrount à les Foulayres Per cerca un brancard.
Las Fouleyres sount rude, Vougueirount pas presta.
Sambal es houneste homme.
Un escago a presta
Lou bottount sub l’escago, A Montbrun l'ount pourta.
Madama es brava fenna Al pourtaü es ana.
Imbé de confituras
Et de ragiens muscats.
Alas! lou paoure Courde N'a pougut avala.
— Donc es temps, paoure Courde, Sè te vos confessa.
Perdouno à tout lou monde,
Ma Montbrun es à part.
Ma bien lieu torna dire:
— Montbrun n'es pas à part.
— À las tres paouras fillias Che liur vos-tu douna,
— Chienq milla francs caduna, Montaut de taffetas.
— Et à las tres bastarsas
Che liur vos-tu douna ?
— Ei chieng cents francs per illas Che liur volle douna ?
— Et à la paoura fenna,
Che li vos-tu douna ?
--[ou li douno la salla,
Jamais n'y portjè intra.»
Montbrun et le pauvre Courde — se sont donné un duel.— «Apprêtez-moi, madame,— ma chemise de noces » — « Beau Courde, ne t’effraie pas, — Montbrun n’est pas grandchose — Montbrun est petit homme, — mais est
vaillant soldat.» — Ils ont pris la descente, — à Montbrun sont allés. — Quand ils furent à Rochelettes, — la trompette a sonné. «Nous donneriez-vous, madame, — la salle, s'il vous plait.» — La salle est trop petite — pour tenir le combat;— et si vous voulez vous battre, — il faut descendre au pré.» — Ils sont descendus par la chenevière — au pré, s’en sont allés. — (Que fais-tu, pauvre Courde? — Lechanvre tu vas gâter ; — le chanvre est à madame, — elle te le fera payer. — Le chanvre de madame — c'est moi qui le paierai. — Ils ont pris la descente -— au pré s'en sont allés. — Au premier coup qu'ils tirent, — Courde est bien tombé, — Mais Courde se releva. — Montbrun, tu es armé ! — Montbrun se déboutonne — montre sa poitrine. — « Regarde, regarde, Courde, — si Montbrun est armé.— Il a chemise de Hollande, — pourpointde taffetas ». — Au second coup qu’il tirent — Courde revient à tomber.— Je te plains, pauvre Courde, — car tu en as pour ta part.—Ils s’en allèrent aux Fouleyres, — pour chercher un brancard. — Les Fouleyres sont rudes, — Ils n’ont pas
voulu le prêter. — Sambal est honnête homme — une échelle a prêté. — Ils l’ont mis sur l'échelle—à Montbrun l'ont porté. — Madame est brave femme, — au portail est allée —avec des confitures et du raisin muscat. — Hélas ! le pauvre Courde — n’a pu les avaler. — « Il est donc temps, pauvre Courde, — si tu veux te confesser. » — Il pardonne à tout le monde, — mais Montbrun est à part. — Mais bientôt il revient à lui -—- Montbrun n'est pas à part. — À tes trois pauvres filles — que veux-tu donner? — Cinq mille francs chacune, — tablier de tafletas. — Et à tes trois bâtardes, — que veuxtu leur donner? — J'ai cinq cents francs pour elles —que je veux leur donner !— Et à ta pauvre femme,— que vas-tu lui donner? — Je lui donne la salle. — Que jamais elle n'y puisse entrer. (DERIBIER DU CHATELET, t. IV, p. 335.)
Cette complainte se chantait encore à Méallet, il y a peu d'années : En 1595, Jean François Lizel, seigneur de Courdes, succomba dans une rencontre avec Guy de Montclar de Montbrun qui avait tué son père en duel en 1588; il avait, comme dit la complainte, trois
filles. PES
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