‹ Littérature orale de l'AuvergneChapitre 56 sur 73 · MONTBRUN · texte numérisé non relu

MONTBRUN

Montbrun et paoure Courde Se sount douna duel,

Lan la, Se sont douna duel,

Lan la,

Apresta-mi, madama,

Ma camisa noubiaü,

— Biau Courde, ne t’estouna, Montbrun n'es pas grand caüsa.

Montbrun es petiot homme

Mas es baillant soudar. »

Ount presa la descenta, A Montbrun soun ana.

Quand sount à Rocheltos La trompetta ount souna.

— Donanarias-vous, madama, La salla s'il bous plait ?

— La salla est trop petiota Per tenir lou combat.

Et si voulès vous battre

Vous caüt delcendre al prat. »

Descendount per la cambi Vel prat se soun ana.

— Che fas-tu, paoure Courde, La cambi va gasta.

La camb'es de madama,

Te la fara paga.

— La cambi de madama?

Ei che chè la paga.

Ount presa la descenta,

Al prat sount dabalas.

Lou premier colp chè tirount, Courde n'es be tomba.

Ma Courde se releva :

« Montbrun, tu es arma. ».

Montbrun se déboutouna, Para soun estoumach :

— Ingueita, inguieta, Courde, Se Montbrun es arma, An camisa d’'Hollande.

Pourpoint de taffetas. »

Lou secound colp che tirount, Courde es tourna toumba.

Te plandzé, paoure Courde, Car tu n'as perta part.

Aneyrount à les Foulayres Per cerca un brancard.

Las Fouleyres sount rude, Vougueirount pas presta.

Sambal es houneste homme.

Un escago a presta

Lou bottount sub l’escago, A Montbrun l'ount pourta.

Madama es brava fenna Al pourtaü es ana.

Imbé de confituras

Et de ragiens muscats.

Alas! lou paoure Courde N'a pougut avala.

— Donc es temps, paoure Courde, Sè te vos confessa.

Perdouno à tout lou monde,

Ma Montbrun es à part.

Ma bien lieu torna dire:

— Montbrun n'es pas à part.

— À las tres paouras fillias Che liur vos-tu douna,

— Chienq milla francs caduna, Montaut de taffetas.

— Et à las tres bastarsas

Che liur vos-tu douna ?

— Ei chieng cents francs per illas Che liur volle douna ?

— Et à la paoura fenna,

Che li vos-tu douna ?

--[ou li douno la salla,

Jamais n'y portjè intra.»

Montbrun et le pauvre Courde — se sont donné un duel.— «Apprêtez-moi, madame,— ma chemise de noces » — « Beau Courde, ne t’effraie pas, — Montbrun n’est pas grandchose — Montbrun est petit homme, — mais est

vaillant soldat.» — Ils ont pris la descente, — à Montbrun sont allés. — Quand ils furent à Rochelettes, — la trompette a sonné. «Nous donneriez-vous, madame, — la salle, s'il vous plait.» — La salle est trop petite — pour tenir le combat;— et si vous voulez vous battre, — il faut descendre au pré.» — Ils sont descendus par la chenevière — au pré, s’en sont allés. — (Que fais-tu, pauvre Courde? — Lechanvre tu vas gâter ; — le chanvre est à madame, — elle te le fera payer. — Le chanvre de madame — c'est moi qui le paierai. — Ils ont pris la descente -— au pré s'en sont allés. — Au premier coup qu'ils tirent, — Courde est bien tombé, — Mais Courde se releva. — Montbrun, tu es armé ! — Montbrun se déboutonne — montre sa poitrine. — « Regarde, regarde, Courde, — si Montbrun est armé.— Il a chemise de Hollande, — pourpointde taffetas ». — Au second coup qu’il tirent — Courde revient à tomber.— Je te plains, pauvre Courde, — car tu en as pour ta part.—Ils s’en allèrent aux Fouleyres, — pour chercher un brancard. — Les Fouleyres sont rudes, — Ils n’ont pas

voulu le prêter. — Sambal est honnête homme — une échelle a prêté. — Ils l’ont mis sur l'échelle—à Montbrun l'ont porté. — Madame est brave femme, — au portail est allée —avec des confitures et du raisin muscat. — Hélas ! le pauvre Courde — n’a pu les avaler. — « Il est donc temps, pauvre Courde, — si tu veux te confesser. » — Il pardonne à tout le monde, — mais Montbrun est à part. — Mais bientôt il revient à lui -—- Montbrun n'est pas à part. — À tes trois pauvres filles — que veux-tu donner? — Cinq mille francs chacune, — tablier de tafletas. — Et à tes trois bâtardes, — que veuxtu leur donner? — J'ai cinq cents francs pour elles —que je veux leur donner !— Et à ta pauvre femme,— que vas-tu lui donner? — Je lui donne la salle. — Que jamais elle n'y puisse entrer. (DERIBIER DU CHATELET, t. IV, p. 335.)

Cette complainte se chantait encore à Méallet, il y a peu d'années : En 1595, Jean François Lizel, seigneur de Courdes, succomba dans une rencontre avec Guy de Montclar de Montbrun qui avait tué son père en duel en 1588; il avait, comme dit la complainte, trois

filles. PES

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