LE FAUDEUR OU LE LUTIN DES SENÂS
jL y avait une ferme où un homme qui couchait dans le grenier à foin était faudé, ou, si vous aimez mieux, foulé toutes les nuits par le Faudeur, qui est le lutin des senâs (i) ; il souffrait d'être ainsi malmené pendant les nuits, et il maigrissait à vue d'oeil. Il s'en plaignit à la fermière, qui mit sur le bord d'une petite fenêtre par où passait le Faudeur un godet plein de petits pois.
Quand le lutin arriva comme d'habitude, il entra étourdiment et renversa le godet, et il passa toute la nuit à ramasser les pois; mais il ne fauda pas le garçon.
Un autre gars qui couchait aussi dans le grenier à foin fut faudé à son tour; il descendit à l'écurie et fut encore faudé.
Il se dit : «Je vais tâcher d'attraper le lutin ». Et
(i) Sends, grenier à foin, du vieux français : sanail.
COKTES POPULAIRES EN HAUTE-BRETAGNE l8j
il mit . à côté de lui des déchets de trèfle battu ^ puis il resta sans remuer, comme s'il dormait.
A la clarté de la lune, qui était dans son plein ^ il vit venir le lutin qui montait par l'échelle et qui ressemblait à un chat. Quand il fut à portée du garçon, celui-ci se releva et le saisit brusquement dans son ballin ou couverture de lit, et il lui semblait qu'il tenait à la main un morceau de laine. Alors le garçon prit du déchet de trèfle et en jeta à la figure du lutin, qui lui en jeta à son tour. A la fin, le Faudeur s'en alla et descendit l'échelle en poussant des éclats de rire ; mais il ne revint plus.
(Conté en xSyç par Rose Renaud, de Saint-Cast, qui le tient de son père.^
Dans les Follets du château de Callac^ le docteur Fouquet parle de mil que les follets sont obligés de ramasser : cette manière de se débarrasser des lutins est connue dans presque tous les pays d'Europe. Les Veillées bretonnes de Luzel contiennent aussi de curieux détails sur les lutins du pays breton.
Outre le Faudeur ou Faudoux, les Gallots connaissent un grand nombre de lutins que parfois ils désignent sous le nom générique de Mait' Jean (Cf. le Maistr* Yan des Bretons bretonnants) ; les principaux sont l'Èclairous ou feu follet ; le Houpoux^ qui s'amuse à appeler les gens le soir, et les bat quand ils répondent ; Mourioche, lutin qui a des formes variées et qui se contente en général de faire peur ; Nicole, le lutin-poisson, qui s*amuse Jt brouiller les amarres des bateaux, à déchirer les £let8, etc.