‹ Littérature orale de la Haute-BretagneChapitre 28 sur 99 · LE MOUTON SORCIER · texte numérisé non relu

LE MOUTON SORCIER

iNE jeune fille de Bourseul alla un jour à l'auberge, où elle resta à boire avec les cheminiaux — ce sont les terrassiers em^ ployés sur les routes. — Elle se fit dire la bonne -aventure et tirer le grand jeu.

Il était tard quand elle sortit de l'auberge, et •elle vit qu'elle était suivie par un mouton qui ne la quittait pas plus que son ombre. Elle se retourna vers lui pour le chasser ; mais loin de prendre la fuite, le mouton se mit à frapper des coups de tête dans son tablier.

La jeune fille vint à passer près d'une ferme dont elle connaissait les habitants ; die résolut d'y aller pour demander du secours; le mouton la suivit et ne s'arrêta qu'à la barrière de l'aire. Elle pria le fermier de venir la reconduire jusque chez elle, parce qu'elle avait peur d'un mouton qui la suivait avec obstination. Le maître ■du logis refusa ; mais un garçon qui était là proposa de l'accompagner, et il se mit en route avec

elle. Le mouton les suivit, et il frappait des coups de tête dans les cotillons de la jeune fille. Le garçon essayait de l'atteindre avec son bâton ; mais l'animal esquivait les coups et trouvait moyen de venir heurter avec ses cornes le tablier, qui bientôt fut en lambeaux. Le chien de la ferme, loin de vouloir mordre le mouton, avait la queue entre les jambes et hurlait de frayeur.

— Puisque le chien a peur, dit le garçon à la fUle, je m'en vais ; arrangez-vous comme vous pourrez.

U prit son chapelet et s'en alla en disant ses patenôtres.

Le mouton accompagna la jeune fille jusqu'à la porte de sa maison. Elle eut si peur de cette aventure que, se croyant damnée, elle se fit religieuse, et le garçon qui l'avait accompagnée devint prêtre.

Cette légende est populaire dans les environs de Plélaii-U- Petit (Côtes-du-Nord), et Ton cite les noms de ceux à qui elle est arrivée.

Les lutins et les sorciers peuvent prendre la forme de presque tous les animaux domestiques. (Cf. Traditions, superstitions et Ugendes de la Haute-Bretagne, p. 9, 21 et sqq.) Mais la forme qu'ils affectionnent est celle du chat ; les chats eux-mêmes sont sorciers quand on ne leur a pas coupé le bout de la queue. (Cf. Contes populaires de la Haute-Bretagne, n^ li et lu.)

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