‹ Littérature orale de la Haute-BretagneChapitre 39 sur 99 · LES PETITS SOULIERS ROUGES · texte numérisé non relu

LES PETITS SOULIERS ROUGES

^L était une fois une femme qui avait deux enfants : un petit garçon et une petite fille.

Elle avait une paire de petits souliers rouges que chacun des enfants voulait avoir.

La mère leur dit :

— Allez tous les deux dans la forêt faire des fagots, et celui qui reviendra le premier aura les souliers rouges.

Quand ils furent arrivés dans la forêt, le petit garçon, qui était déjà grand, attacha sa sœur au pied d'un arbre et se mit à faire ses fagots ; quand il eut fini, il la détacha et arriva le premier à la maison.

Il demanda les souliers à sa mère, qui lui dit :

— Prends-les ; ils sont dans la huche.

Comme il se baissait pour les prendre, elle

laissa tomber le couvercle sur sa tête et lui coupa le cou ; puis elle le mit dans là marmite avec des choux pour faire de la soupe.

Quand la petite fille rentra, elle dit :

— Où est mon petit frère, que je le voie avec ses souliers rouges ?

— Il est dans le jardin, répondit la mère.

La petite fille y alla et revint sans avoir trouvé son frère.

Sa mère lui ordonna alors de souffler le feu pour faire bouillir la soupe.

Pendant que la petite fille soufflait, elle entendit sortir de la marmite une voix qui disait :

Petit feu, ma petite sœur ; Petit feu, ma petite sœur.

A la porte, un oiseau perché sur une branche de pommier chantait :

Tu cuis ton petit frère ; Tu cuis ton petit frère.

Elle demanda à sa mère ce que cela voulait dire.

— Donne un coup de balai à l'oiseau, répondit-elle, et il va se taire.

L'oiseau s'enfuit ; et quand la soupe fut faite, la mère envoya la petite fiUe dans la forêt porter â manger à son père.

Elle rencontra sur son chemin la sainte Vierge qui lui dit :

— Ramasse tous les os que ton père jettera autour de lui en mangeant, et apporte-les-moi.

S'il en jette dans la rivière, tu iras aussi les chercher.

La petite fiUe recueillit précieusement tous les os que son père jetait, et ceux qui étaient dans la rivière, elle alla les chercher sans se noyer. Alors la sainte Vierge rassembla les os et refit le petit frère.

(Conté par Jeanne Baxul, de Trélivan.)

C'est un des contes d'enfants les plus connus ; j'en ai publié une version dans les Contes populaires de la Haute-Bretagne : les Souliers rouges, n^ lx ; i'«n connais «ncone trois autres versions. ^Cf. Hasson, Cb^in* irnditionniUe, p. 19, pour les os recueillis par la soeur, et le pigeon ^pxi se isetrouve - dans le conte lx, intitulé : Le Pigeon blanc, conte écossais recueilli par Chambers et traduit par M. Loys Brueyre.) Les similaires allemands sont connus, surtout le Genévrier de Grimm, et c'est & l'un d'eux qu'est empruntée la chanson mise par Goethe dans la bouche de Marguerite devenue folle.

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JL^ViUNJl^

LE SIFFLET aUI PARLE.

|L y avait une fois un homme qui avait trois filles ; il s'en fut en voyage et leur dit au moment de partir :

— Qjie voulez-vous que je vous rapporte ?

— Moi, répondit l'aînée, je voudrais une robe couleur du soleil.

— Moi, une belle rose, dit la seconde.

— Ce que tu me donneras me fera plaisir, répondit la plus jeune.

— Mais enfin, que souhaiterais-tu ?

— Un peu de réséda dans une petite boite en bois.

A son retour, le père apporta à ses filles ce qu'elles lui avaient demandé. L'ainée mit sa belle lobe couleur du soleil, mais elle ne pouvait faire un pas sans la tacher; la rose de la seconde se fana en un jour, tandis que la troisième conserva bien son réséda qu'elle avait soin d'arroser.

L'ainée devint jalouse de sa cadette et résolut

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de s'emparer de sa boite de réséda. Elle dit à sa sœar :

— Je vais aller me promener dans le bois avec ma petite sœur.

Elle y alla avec elle, et quand elle fut au milieu des arbres, elle la tua avec un couteau qu'elle avait apporté, et elle Tenterra au pied d'un chêne.

duand sa mère la vit revenir seule, elle lui dit:

-T-*- Où donc est ta sœur?

— Ah ! maman, les loups l'ont mangée.

Et la jeune fill&- s'empara du pot de réséda qu'elle porta dans sa chambre.

Quelque temps après, un marchand qui passait par le bois vit au pied du chêne un objet étrange qu'il ramassa et qui avait la forme d'un sifHet. Il l'approcha de ses lèvres, et le sifflet disait :

Sifflez, sifflez, marchand; Ce n'est pas vous qui m'avez tuée céans.

II y avait sur la lisière du bois un château, — c'était celui des parents de la petite fille ; — le marchand s'y rendit et montra au maître du logis le petit sifflet qu'il avait trouvé. Le seigneur l'approcha de ses lèvres, et le sifflet disait :

Sifflez, sifflez, papa; Ce n'est pas vous qui m'avez tuée là-bas.

Il le passa à sa m^e, qui rapprocha de ses?

lèvres, et le sifflet disait :

Sifflez, sifflez, ma mère, Ce n*est pas vous qui m'avez tuée naguère.

La cadette l'approcha de ses lèvres, et le sifflet disait :

Sifflez, sifflez, ma sœur; Ce n'est pas vous qui m*ave2 tuée.

Mais rainée ne voulut pas toucher au sifflet. Son p^e l'y força en la menaçant de la battre, et dès qu'elle Teut approché de ses lèvres^ le sifilet

Sifflez, sifflez, ma sœur ; C'est vot» qui m'avez tuée.

duand les parents entendirent cela, ils la chassèrent de la maison paternelle, et je ne sais ce qu'elle est devenue.

(Çmti en 1880, pur Mademoiselle Mathilâe Deiasaile,t de MmigmMfqui l'a appris d'une-de ses bonnes^ Marie Ouêm^^ de Planeoêi.y

Cf. La Flavtto (la Flûte'), conte agenais recueilli par J.-F. Bladé (ce sont deux frères qui vont & la recherche d'une orange > Tainé tue son cadet qui l'avait trouvée; le fils aîné devient héritier, et sa marie; quand son fils a sept ans, il va dans la forêt

et rapporte un dont il se fait une flûte qui chante comme le -sifBet de notre conte) Ç^ h Rn et sa trois fils^ conte recueilli par M. V. Smith dans le département de la Loire (Milusirtt^ col. 42 j) ; les remarques de M. Husson, Chaîne traditionnelle, p. $9 et sqq., où sont cités des analogues allemands, Scandinaves et écossais, et Gubematis, Mythologie xpologique^ t. I, p. 211, et t. II, p. 342.

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