‹ Littérature orale de la Haute-BretagneChapitre 40 sur 99 · LA ROBE DE BEURRE · texte numérisé non relu

LA ROBE DE BEURRE

|L était une fois une petite fille qui avait une robe de beurre. Un jour qu'elle se promenait avec son frère, à peu près du même âge qu'elle, ils virent venir une pâtissière qui portait un panier de petits pâtés si bien faits, si jolis et si dorés, que rien qu'à les voir on avait envie de les manger.

Elle dit à la petite fille :

— Si tu veux me céder ta robe de beurre*, je te donnerai en échange cent petits pâtés.

— J'y consens, répondit l'enfant, qui oublia que ses parents lui avaient recommandé de bien conserver sa robe.

Son petit frère la pria de lui faire cadeau de la moitié des petits pâtés.

— Non, dit-elle, pas la moitié ; mais si tu en veux vingt-cinq, les voici ; tu peux les prendre.

Le petit garçon se hâta de rentrer à la maison. Il raconta à ses parents que sa sœur avait vendu sa robe de beurre, et ils en furent très-irrités*

— Va, lui dit sa mère, frapper à la porte de nos voisins, et demande un sou de clous et un sou de mailles pour clouer ta sœur qui a désobéi.

Il alla à toutes les portes ; mais partout on lui dit qu'on ne vendait ni clous ni mailles. Il revint les mains vides, et sa mère lui dit :

— Je parie, mon pauvre Jean le Diot, qye tu eur as dit que c'était pour clouer ta sœur ?

— Ne m'aviez-vous pas dit que c'était pour cela ?

— Eh bien ! puisque tu as été si sot, c'est toi que je vais mettre à bouillir à la place de ta sœur.

Elle fit entrer de force le petit garçon dans une grande marmite sous laquelle était allumé un feu très-vif, et tout en bouillant, le petit gars disait :

Jamais, ma mère, je vous le dis, Jamais n'irez en paradis.

Peu après la mère mourut; mais elle revint sur la terre pour chercher la robe de beurre que sa fiHe avait vendue. Elle se présenta à la pâtissière qui, en voyant cette morte apparaître, mourut de peur.

(Conté par Constance Delahaye, d'Ercé, âgée de treize ans. )

L'épisode de Tenfant tué par ses parents se retrouve dans les Souliers rouges ^ no lx des Contes populaires, et dans les Petits Soi/liers rouges du présent volame.

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