LE COLIMAÇON ET LE RENARD
Renard rencontra un jour le Colimaçon :
— Tire-toi de mon chemin, lui dit41 ; je fais plus de route en un quart d'heure que toi en une année.
— Peut-être, répondit le Colimaçon ; prenons un rendez-vous, et nous verrons qui de nous deux arrivera le plus vite au but.
Ils convinrent de se retrouver le lendemain à la même place, à la tête d'un sillon, et de voir, lequel serait le plus vite rendu au bout;
— Pauvre petite bête, disait le Renard, tu seras bientôt lassée !
Mais le Colimaçon alla chercher un de ses compères et lui dit :
— Va te mettre à Tun des bouts du sillon, et moi à l'autre ; quand tu verras le Renard près d'atteindre le but, tu crieras : « A bout, Renard, » et nous le ferons crever.
Voilà le Renard arrivé : — Y sommes-nous ?
demanda-t-il.
— Oui, répondit le Colimaçon.
Et le Renard de courir. L'autre Colimaçon,, qui était au bout du sillon, lui cria quand il fut près d'arriver :
— A bout. Renard.
— Recommençons, dit le Renard, qui se mit à courir si vite que la queue lui traînait sur. le sillon ; à l'autre bout, il rencontra encore l'autre Colimaçon, qui lui cria : « A bout. Renard, » et tous deux s'y prirent si bien qu'ils le firent crever. ;'
(Conte en 1880 par Marie Durand^ de Saint-Cast, • âgée de quatre-vingts ans.^
C'est une version de la fable du Lièvre et la Tortue que Ton trouve sous toutes les latitudes, chez les blancs et chez les nègres, chez les Peaux-Rouges et les races jaunes : le nom seul des animaux est changé. Cf. sur ce mythe Gubematis, t. II,, p. 391.