‹ Littérature orale de la PicardieChapitre 47 sur 67 · KIOU-COU ET KIOU-COCLET · texte numérisé non relu

KIOU-COU ET KIOU-COCLET

lou-Cou et Kiou-Coclet (i) s'ennuyant un jour au logis, prirent le parti d'aUer au bois se promener. Aussitôt dit que fait;

(i) Petit coq, diminutif de Kion-Cou.

2l8 LITTERATURE ORALE

Kiou-Cou prît sa canne de jonc toute neuve, Kiou- Coclet son panier et, bras dessus, bras dessous, tofit joyeux, ils allèrent au bois. C'était en ce moment la saison des noisettes, des mûres et des cornouilles, et chacun sait que « cous » et « coclets » sont fort friands de toutes ces bonnes choses. Kiot-Cou, pour faire une surprise à son fils Kiou-Coclet, ne lui avait rien dit de tout cela. Bientôt ils arri* vèrent au bois et Kiou-Coclet fut fort étonné d*y voir tant de noisettes et de comouilles.

— « Surtout, dit Kiou-Cou à son fils, prends bien garde aux noisettes ; s'il t'arrivait d'en avaler une écale, tu pourrais mourir.

— Sois sans crainte, papa, j'aurai bien soin de ne les manger qu'après les avoir soigneusement épluchées. »

Et Kiou-Coclet se mit en devoir de cueillir des noisettes et de les croquer pendant que son père allait lui chercher de belles cornouilles bien blettes qu'il avait aperçues sur un cornouiller voisin.

Tout à coup Kiou-Cou entendit Kiou-Coclet pousser des cris étouffés dans le buisson où il l'avait laissé.

— « Ahl mon Dieu, mon Dieul Qji'est-il arrivé à Kaou-Coclet? Un renard l'emporte peut-

être dans son terrier, mon Dieul J'y cours. » Et, ce disant, Kion-Cou courut au secours de

son fils, qu'il vit se mourant d'une écale de noi-

sefte dans le gosier.

•— a Un... un... peu... d*eau, ou je... je...

meurs 1 criait le pauvre pedt Coclet.

— A rinstant, à l'instant, je reviens; je vais demander de Peau à la rivière. »

Et Kiou-Cou alla trouver la fontaine.

— « Fontaine, fontaine, donne-moi de ton e«D, ou Kiou-Cou va mourir d'une écale de noisette dans le gosier.

— Va dire au bœuf de ne plus venir boire de mon eau et je te donnerai Peau que tu me demandes, » dit la rivière.

Kiou-Cou alla, tout aussi vite que le lui permettaient ses petites jambes, parler au bœuf.

— « Bœuf, bœuf, ne bois plus Teau de la footaine, pour que celle-ci donne de Peau à Kiou- Coclet, qui se meurt d'une écale dans le gosier.

— Doime-moi de l'herbe bien fraîche et je ne boirai plus Peau de la fontaine, » lui répondit le bœuf.

Et Kiôu-Cou alla trouver la prairie.

— « Prairie, prairie, donne-moi de ton herbe

la plus fraîche, que je la donne au bœuf, sinon la fontaine ne me donnera pas de son eau pocnr sauver Kiou-Coclet, qui se meurt d*une écale de noisette dans le gosier.

— Je ne demande pas mieux que de te donner de mon gazon, lui répondit la prairie, mais en échange donne-moi du beau soleil. »

Kiou'Cou parla au soleil.

— « Soleil, soleil, Therbe demande de ta chaleur pour me donner de son gazon et sauver ainsi Kiou-Coclet, mon Ris, qui se meurt d'une écale de noisette dans le gosier.

— Délivre-moi du gros nuage noir qui me cache et je donnerai ma chaleur à la prairie, ii lui répondit le soleil.

Kiou-Cou, désespéré, se tourna vers le gros nuage et lui dit :

— « Oh ! nuage, nuage, ne voile pas le soleil, pour qu'il puisse donner de la chaleur à la prairie et sauver ainsi Kiou-Coclet, mon fils, qui se meurt d'une écale de noisette dans le gosier.

— Dis au vent de nous chasser bien loin et nous cesserons d'obscurcir le soleil, lui dit le gros nuage noir.

— Mon Dieu, mon Dieu! Kiou-Codet va

mourir!... Ohl vent^ vent, chaise donc le nuage, fXMir que celui-<i ne voile plus le soleil.

-^ Dis à la montagne de me laisser passer et je me hâterai de chasser le gros nuage noir. »

Kiou-Cou courut à la montagne.

— « Allons, allons, méchante montagne, laisse passer le vent si tu ne veux que mon ôls Kiou- Codet meure d'une écale de noisette dans le gosier. »

La montagne réfléchit un instant et répondit à Kiou-Cou :

— « Eh bien, obtiens du rat qu'il ne me perce çtas et je laisserai passer le vent, fût-ce même Fcuragan. »

Kiou-Cou alla bien vite trouver le rat dans son trou.

— « Petit rat, petit rat, promets de ne plus gercer la montagne, sinon Kiou-Codet, mon ûb, mourra d'une écale de noisette dans le gosier.

— - Demande au chat du voisin de ne plus me poursuivre et je te ferai la promesse que tu me demandes. »

Kiou-Cou se mit en quête du chat et il eut peu de peine à le trouver, car il était près de là, guettant le rat pour le prendre.

— « Mon bon petit chat» je t'en prie, isâs la paix avec le rat, pour que Kiou-Coclet, mon âls, ne meure pas d'une écale de noisette dans le gosier! »

Le chat réfléchit un instant et lui répondit :

— « Je veux bien ne pas manger le rat, mais me donnëras^tu beaucoup de lait en échange? Va demander du bon lait à la vache qui est au vert dans la prairie voisine. »

La vache, s'entendant nommer, se retourna et demanda :

— « Que me veux-tu, Kiou-Cou?

*— Un peu de ton lait pour le donner au chat. Sinon mon fils Kiou-Coclet mourra d'une écale de noisette dans le gosier.

— Je te donnerai de mon lait si le boucher veut bien te promettre de me laisser passer ici tranquillement le reste de mes jours. »

Bien vite, bien vite, Kiou-Cou alla au village voisin ; le boucher était fort malade et n'allait pas tarder à trépasser.

— « Que veux'tu, Kioù-Cou? demanda-t41.

— Kiou-Coclet a avalé une écale de noisette qui lui est restée dans le gosier et dont il mourra si m ne me promets de laisser la vache jusqu'à

sa mort dans la prairie où tu Tas conduite.

— Va trouver le bon Dieu et demande-lui ma guérison ; tu auras la grâce de la vache.

— Mais je ne sais où trouver le bon Dieu.

— Si dans un instant je suis guéri, c*est que le bon Dieu veut que je laisse tranquillement la vache jusqu'à ce qu'elle meure de mort naturelle. »

Le boucher avait à peine dit ces mots qu'il se trouvait complètement guéri. Il accorda la grâce de la vache.

Kiou-Cou alla trouver la vache, la vache donna son lait, le lait fut bu par le chat, le chat ne guetta plus le rat, le rat ne perça plus la montagne, la montagne laissa passer l'ouragan, l'ouragan chassa le gros nuage noir, le nuage noir dévoila le soleil, le soleil réchauffa l'herbe de la prairie, l'herbe fut mangée par le bœuf, qui ne but plus l'eau de la fontaine ; enfin, la fontaine donna de son eau à Kiou-Cou, qui, bien joyeux, s'en alla au bois retrouver son fils Kiou-Codet. Mais quand il arriva le pauvre Kiou-Coclet était mort de son écale de noisette dans le gosier.

Kiou-Cou se mit à pleurer et à pousser de longs cris de désespoir. Ces cris furent entendus

par une bonne fée, passant par hasard de ce côté. Elle s'approcha du buisson et vit Kiou-Cou pleurant auprès de Kiou-Coclet, étendu mort sur le gazon. La fée eut pitié de la douleur du pauvre coq, tira Técale du gosier de Kiou-Coclet et le rappela à la vie.

Je vous laisse à penser avec quelle joie Kiou- Cou ramena à la maison son fils Kiou-Codet, après avoir remercié comme il faut la boime fée qui lui avait rendu son fils.

(Conté en 1876, par M. Alfred Halfoury, d Mailly-4é-la-Somme [SommeJ).

LES DEUX FLAiaQ.UES

>NE bonne femme faisait, un jour, k pain qui lui était nécessaire pour sa semaine ; après avoir préparé sa pâte et pesé un certain nombre de pains de quatre livres, il lui resta un morceau de pâte trop petit pour en faire un pain.

— « Tiens, se dit-elle, si je faisais une bonne flamiqw à chacun de mes enfants? »

Aussitôt dit, aussitôt fait; elle prit la pâte, y ajouta du beurre, du sel et quelques œufs, la pétrit convenablement et prépara deux larges jlamiques, l'une pour son fils Jean et l'autre pour sa petite fille, nommée Louise. Lorsque les flamiques furent cuites à point, la bonne femme appela ses deux enfants, leur doima les deux galettes et leur recommanda d'aller se jouer avec leurs camarades. Jean et Louise remercièrent leur mère, comme bien vous le pensez, et sortirent dans le village. Jean s'en alla d'un côté, et sa sœur, la petite Louise, prit le chemin opposé.

Au détour d'une rue. Je petit Jean rencontra un mendiant vêtu bien pauvrement ; il portait sa besace avec peine et son bâton pouvait â peine le soutenir.

— « Oh! la héïeflamiqtiel mon enfant; il y a deux jours que je suis sans pain, et personne id qui veuille m'en donner. Je t'en prie, fais-moi cadeau d'un morceau de ta galette; j'en ai extrêmement besoin 1

-— Vous vous trompez beaucoup, mon pauvre homme, si vous vous imaginez que ma mère a

IS

Élit cette bonne galette pour vous. Je n'en ai pas trop pour moi. Aussi passez votre chemin et adressez-vous ailleurs.

— Tu n'es pas trop aimable, mon enfant. Mais n'en parlons plus. Prends ce beau bâton et retourne chez toi; tu pourras t'en faire un excdlent manche de fouet. »

L'enfant prit le bâton que lui of&ait le vieillard et ce dernier disparut tout aussitôt sans que Jean pat voir de quelle façon il était parti.

Mais au même instant le petit garçon se sentit entraîné vers la campagne par une force irrésistible. Il voulait s'arrêter, mais, malgré lui, le bâton le faisait marcher de plus en plus vite jusqu'au moment où il se mit à courir du plus fort qu'il put. Jean avait dépassé les dernières maisons 'du village, puis les prés et les champs voisins, et quand il s'avisait d'essayer de s'arrêter dans sa course, le bâton se mettait â le battre â coups redoublés et si fort que le pauvre garçon en était tout meurtri.

Après une heure de cette course, Jean arriva au pied d'une montagne qu'il lui fallait franchir. Bientôt il aperçut un immense précipice vers lequel il se dirigeait malgré tous ses efforts et

aussi malgré tous les obstacles qu'il rencontrait sur le chemin.

Jean n'avait pas tardé à pleurer. En voyant vers quel abîme il se dirigeait, il pleura plus fort encore ; il demandait pardon au bâton et au vieillard, mais rien n'y faisait et bientôt il arriva au bord du précipice dans lequel il ne tarda pas à se précipiter.

Sa sœur, la petite Louise, après être sortie avec la honnQ Jlamique donnée par sa mère, avait, elle aussi, rencontré le même vieillard. Celui-ci lui demanda, conune il l'avait fait à Jean, un morceau de la bonne flamique,

— « Ah ! vous n'avez pas mangé depuis deux jours. Quel malheur 1 Tenez, prenez ma galette tout entière; un morceau ne vous suffirait pas pour apaiser votre faim. Et puis, je n'ai pas faim et il m'est facile de m'en passer. Si vous le voulez bien, je vous emmènerai chez maman et je vous donnerai du bon lait de chèvre bien chaud.

— Non, mon enfant ; tu es une petite fille bien sage, et je te remercie beaucoup de ton bon cœur. Mange isl flamique; je n'en ai aucun besoin, car je suis le bon Dieu. Prends ce bâton et va jouer avec tes compagnes. »

Tout en parlant le bon vieillard s'était transformé en un beau monsieur portant de belles ailes d*or dont il se servit pour remonter au ciel.

Fort étonnée, la petite fille avait pris le bâton et s'était senti entraîner vers la campagne.

Elle marcha droit devant elle et arriva au pied de la montagne. La montagne était fort escarpée et le bâton entraînait la petite fille avec force; Louise s'appuya avec son bâton contre un rocher, la montagne s'ouvrit et un beau ipays se montra aux yeux tout étonnés de la petite fille. Ce pays était tout à fait inconnu. Louise s'avança néanmoins et rencontra les habitants, qui semblaient l'attendre.

— « Voilà notre reine l voilà notre reine! »

crièrent-ils.

La petite Louise fut proclamée reine et vécut désormais fort heureuse avec ses parents, qu'elle avait fait venir à la cour.

(Conii en mai 187 S, par M. ThéoduU Gèrin, à MaiUy-de-la'SomtMt [Srmtifw]).

LA MÈRB CRUELLE

iM pauvre bûcheron ayant un jour besoin de se rendre à la ville pour ses affaires, était parti le matin, laissant à la maison sa femme et ses deux enfants. Le petit garçon avait douze ans environ et la petite ûUe en avait à peine une dizaine. Ce jour-là était celui où la femme avait l'habitude de faire le pain de la semaine ; dès le matin elle prépara le four, mit la farine dans la maie et, pour se débarrasser de ses en&nts tout autant que pour voir son bûcher s'augmenter d'un fagot, elle dit à son fils et à sa petite fille d'aller au bois y ramasser le bois mort, en ajoutant :

— c( Celui qui me rapportera le plus de bois aura un beau gâteau grand comme une fiamique. »

Le petit garçon et la petite fille se rendirent au bois. Mais, arrivé dans la forêt, le petit garçon vit de si belles fraises dans l'herbe, de si beaux

nîds sur les arbres, <iu'il se laissa tenter, oublia qu'il venait ramasser le bois mort, s'occupa de fraises et d'oiseaux et laissa là le fagot qu'il devait rapporter.

La petite fille, plus raisonnable, laissa de c6té les fleurs, les nids et les fruits, ramassa le bois mort que le vent avait fait tomber des arbres, et, de brindille en brindille, de bâton en bâton, de branche en branche, réunit bientôt assez de bois pour faire un fort gros fagot.

Son fagot terminé :

— « Viens-tu, frère? Il se fait déjà tard et il nous faut rentrer à la maison. Mais j'y songe. Que va dire maman en te voyant revenir sans fagot? Tu seras certainement grondé. Si tu le veux bien, tu prendras la moitié de mon fagot et ma mère ne s'apercevra de rien.

— La moitié? Mais tu n'y songes pas. J'en veux plus de la moitié, sinon je serais battu. Je veux gagner le gâteau, — que je te donnerai, du reste, — parce que je suis plus vieux que toi et que c'est aux garçons de travailler plus que les petites filles.

— Alors, pourquoi n'as-tu pas ramassé le bois mort au lieu de dénicher des nids et de cueillir

des fleurs? Si tu ne veux pas de la moitié de mon fagot, tu n'auras rien.

** Ah ! je n'aurai rien I Tu crois cela ; tu vas voir que j'aurai tout le fagot. »

Et l'enfant prit la petite fille et la lia sur l'échelle du garde. Puis, s'emparant du fagot de sa sœur, il laissa là celle-ci et Retourna à la maison.

La mère venait justement de retirer du four une belle fournée de pain et une belle flamique toute dorée, bien appétissante.

— « Où est ta sœur? demanda-t-elle à l'enfant.

— Elle est restée au bois à cueillir des fraises et des fleurs; elle ne tardera sans doute pas à rentrer.

— Et son fagot?

— Oh ! elle n'en a pas. Elle a préféré s'amuser à courir après les papillons... Pour moi, j'ai bien travaillé, tu le vois par ce gros tas de bois que je te rapporte. J'ai gagné le gâteau, n'est-œ pas, mère? »

La femme du bûcheron prit la belle flamique et la donna à son flls. Celui-ci, au lieu de la manger, la conserva pour sa sœur, qu'il s'apprêtait à aller délier dans la forêt, quand il la vit

rentrer à la maison accompagnée du garde» qui l'avait trouvée attachée à l'échelle et qui s'était empressé de la débarrasser de ses liens.

— « Pourquoi rentres-tu si tard? et comnoeot se fait-il que tu ne rapportes pas de fagot comme ton frère? » lui dit sa mère lorsque le garde se fut éloigné.

La petite fille ne répondit pas. Alors sa mère^ se mettant en colère, prit un bâton et en frappa sa fille jusqu'à ce que le petit garçon eut avoué, avoir pris le fagot de sa sœur.

— « Ah ! bien, il en est ainâ ! Cest bon. Tu vas me le payer. Reste ici pendant que ta sœur ira attendre ton père à l'entrée du village. »

La petite fille sortit et son frère resta seul avec sa mère.

La méchante femme se saisit d'un grand cou* teau et tua son enfant, puis elle le coupa par morceaux et le mit à cuire dans la marmite pour préparer le souper du mari.

La petite fille revint sans avoir vu son père.

— « Où est mon fi^ère, maman?

— Je n'en sais rien ; il est sorti il y a quelques minutes. Je l'ai battu d'importance et, sans doute, il est allé pleurer chez sa grand'mère. i>

L'enfant chercha son frère et; ne le trouvant pas, revint auprès de sa mère.

Le père, étant revenu de la ville, se mit à table et mangea avec beaucoup d'appétit une jambe de son fils, que venait de lui servir la méchante femme.

La petite fille ramassa les os pour les placer dans un coin de la maison.

Elle entendit alors l'un des os chanter d'une voix bien douce et comme en pleurant :

M Ma mère m'a tué; Mon père m'a mangé. »

— « Oh ! mon Dieu 1 se dit l'enfant. C'est la voix de mon frère que j^ entends ainsi. Ma méchante mère l'a tué. Demain j'irai le dire à la vieille mendiante qui passe pour sorcière dans le village. »

La petite fille ne put guère dormir de toute la nuit. Dès le matin elle se leva, s'habilla à la hâte et courut chez la vieille sorcière, à qui elle raconta ce oui était arrivé la veille.

La mendiante lui donna un « petit mouchoir sacré » en lui recommandant d'y placer les os du

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petît garçon et de mettre le tout sous la cheminée.

Revenue chez ses parents, TenÊuit prit les os de son frère, les noua dans le mouchoir sacré et les plaça à Tèndroit indiqué.

La nuit suivante, le père fut réveillé en sursaut par un grand bruit dans la cheminée ; il se leva et écouta ce qui se passait. Il entendit une petite voix qui chantait doucement :

« Ma mère m'a tué;

Mon père m'a mangé ;

Ma sœur m'a mis dans un mouchoir sacré. »

Etant allé voir à la cheminée, il aperçut son fils entouré de jolis petits anges qui chantaient :

« Sa mère l'a tué;

Son père l'a mangé ;

Sa sœur l'a mis dans un mouchoir sacré. »

Puis Tun des anges descendit vers le bûcheron et lui mit sur la tête une magnifique couronne d'or. Ceci fait, les anges et l'enfant disparurent.

L'homme se recoucha et, à son réveil, le lendemain, ne dit rien à sa femme de ce qui lui était arrivé cette nuit-là. La petite fille ne retrouva plus

le petit mouchoir sacré à l'endroit où elle Pavait placé.

La nuit suivante, Tenfant. fut réveillée par une douce musique où se mêlaient ces mots :

« Mon père m'a mangé;

Ma sœur m'a mis dans le mouchoir sacré ;

Mais ma mère m'a tué. »

Elle se leva pour aller à la cheminée. Elle la trouva toute éclairée et remplie de beaux anges roses, joufflus, entourant le petit frère et chantant :

« Son père l'a mangé ;

Sa sœur l'a mis dans le mouchoir sacré ;

Mais sa mère l'a tué. »

Le petit garçon vint embrasser sa sœur et disparut après l'avoir couronnée d'une couronne taillée dans un seul diamant.

Craignant la colère de sa mère, l'enfant ne dit rien le lendemain en se levant.

La troisième nuit, la « mère cruelle » fut éveillée par un bruit inaccoutumé dans la cheminée ; elle se leva et entendit son fils chanter ainsi :

« Ma soeur m'a mis dans le mouchoir sacré ;

Mon père m'a mangé;

Malheur à ma mère, qui m'a tué. »

Au même instant une grosse bôulê deTeu et de soufre tomba sur la tête de la mégère et la brûla vive dans d*horribles souffrances.

Le petit garçon ne reparut plus à partir de ce jour et le bûcheron put vivre assez heureux avec sa bonne petite fille.

(Conté en janvùr 1878, par Constant Fasseur, de Rosstpiol [Sommé]).

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