‹ Littérature orale de la PicardieChapitre 53 sur 67 · JEAN LE MALIN ET SON SEIGNEUR · texte numérisé non relu

JEAN LE MALIN ET SON SEIGNEUR

EAN le Malin — son nom vous Tindique — n'était pas un nigaud ; mais ses deux frères, nommés Pierre et Jacques, à ce qu'on m'a dit, n'avaient pas trop d'esprit et faisaient le désespoir de leur mèie qui, à son Ht de mort, leur partagea les dx liards qui lui restaient en leur recommandant de suivre toujours, et en tous points, les conseils de leur frère Jean le Malin.

C23iand la bonne femme fut morte, ses enfruxts l'ensevelirent décemment et la firent enterrer en terre sainte. Â la suite de cette cérémonie, Jean le Malin réunit ses deux frères pour s'entendre avec eux sur la façon dont ils s'y prendraient pour gagner leur vie.

Jacques resta à la maison avec Jean, et il fut convenu que Pierre partirait le jour même pour se louer dans une ferme ou dans un château des environs, et qu'au bout d'un an et un jour, Jacques irait le remplacer, puis ce serait le tour de

Jean le Malin quand Tannée de Jacques serait accomplie.

Tout ceci bien convenu, Pierre prit son bissac, y plaça du pain et une bouteille de cidre, et, le bâton de voyage à la main, il quitta ses deux frères et alla par toutes les fermes et par tous les châteaux demander de l'ouvrage.

Après huit jours de marche, il arriva dans un pays où il vit le plus beau château du monde.

Tout émerveillé, Pierre n'osait franchir la grille du château, quand le seigneur^ qui se promenait en ce moment, apercevant un étranger, lui de* manda ce qu'il désirait.

— (c Monsieur, je viens de bien loin dans l'intention de me louer pour un an dans ce château ou dans un autre.

— Je suis le m^dtre du château ; tu ne saurais mieux t'adresser. Il ne s'agit que de s'entendre sur tes gages. Combien désires-tu par année?

— Deux cents francs.

— C'est ^entendu, â cette condition toutefois que celui de nous deux qui se &chera le premier se verra couper l'oreille par l'autre.

-^ Convenu, convenu I » s'empressa de dire Pierre, qui pensait bien pouvoir ne jamais se fâcher.

3l8 LITTÉRATURE ORALE

Le lendemain, le seigneur dit à son nouveaa serviteur d'aller conduire les vaches au pâturage et de revenir déjeuner exactement à dix heures.

Pierre fît ce qui lui avait été commandé et revint à rheure indiquée.

— « Ah I te voilà rentré, Pierre ? lui dit son maître ; c'est fort bien, mais tu ne déjeuneras pas aujourd'hui. »

Pierre trouva ce système fort singulier et il eut

bien envie de se fâcher ; mais il triait à son

oreille, qu'il ne tenait point du tout à donner au prix d'un déjeuner.

Le lendemain, ce furent des cochons que Ton donna à conduire au domestique^ en l'invitant, comme la veille, à revenir encore exactement à déjeuner pour dix heures.

A son retour, le seigneur lui dit que son bon }^isir était qu'il se passât de déjeuner.

Pierre ne dit rien encore.

Mais comme pareille chose se renouvela le troisième jour, Pierre n'y pouvant plus tenir, se ôcha tout de bon.

— « Ah I tu te Ûches, Pierre 1 Tu oublies nos conventions. Approche que je te coupe l'oreille. »

Pierre dut se résoudre à se laisser couper l'o-

rdÙe. Il en avait assez de servir un pareil maître, et, craignant de se voir couper l'oreille qui lui restait, il préféra quitter le château et se hâta de retourner dans son pays conter sa mésaventure à ses deux frères.

Jacques se moqua beaucoup de son frère et, se croyant plus malin que lui, il prit son bâton, son bissac et prit la route du château. Il y arriva au bout de huit jours.

— « Q.ue veux-tu ? lui demanda le châtelain.

'— Du travail pour un an comme valet de cour

ou valet de charrue.

— Quels gages désires-tu?

— Cinq cents écus Tan.

— Convenu. Mais tu connais mes conditions?

— Non.

— Eh bien I les voici : Celui de nous deux qui se Ûchera le premier aura Toreille coupée.

— Entendu.

— Entendu. »

Jacques conduisit le lendemain les bosah et les vaches au pâturage et revint, comme on le lui avait dit, déjeuner à dix heures.

— « Mon ami, lui dit le seigneur, tu te passeras de nourriture aujourd'hui : c'est mon idée à moi.

— Mais, mon maître, je ne puis rester ainsi sans manger...

— Tu te fâches, Pierre ?

— Non, non; mais, enfin...

— Quoi ?

— Oh ! rien, rien 1 »

Le deuxième jour, le troisième et le quatrième, Jacques se passa de toute nourriture. Mais le cinquième au matin, il se mit fort en colère et eut l'oreille coupée.

U revint bien triste et bien monneux (l*air bien sot) retrouver ses frères.

— « Comment, toi aussi, tu t'es fait couper l'oreille? Il faudra donc qu'à mon tour j'aille trouver ce maudit châtelain pour le mettre à la raison ! Tenez, restez ici ; je vous promets d'être de retour dans un an et un jour, rapportant l'oreille de ce méchant seigneur, » leur dit Jean le Malin, qui prit son bâton, son bissac et partit.

Le soir du huitième jour, il arrivait à la porte du château et demandait à parler au maître.

— « Que veux-tu ? lui dit celui-ci.

— Q.ue vous me preniez à votre service.

— C'est bien. Mais que demandes-tu par an ?

— Cinq cents pistoles.

* -^ A propos, c6nnais-tu mes conventions?

— Non.

— Èh bien ! celui de nous deux qui se fâchera le premier aura l'oreille coupée par l'autre.

-r- Et c'est tout?

~ C'est tout.

-^ Alors, je suis votre homme, et j'accepte.

^-^ C'est bien. Dëniain matin tu mèneras mes ■quarante boeufs au pâturage et tu reviendras à dix heures pour le déjeuner. »

Jean le Malin s'enquit aussitôt d'un marchand de bœufs, l'alla trouver et lui proposa la vente, à moitié prix, de quarante bœufs superbes.

Vous pensez bien que le marchand s'empressa

* d'accepter le marché dans de tefles conditions.

Le lendemain matin, Jean le Malin prit les bœiifs et,' les poussant devant lui, les conduisit au pâturage. Le marchand vint le trouver, lui compta une forte somme d'argent et emmena les bœufe, après avoir laissé une des queues au vendeur, qui l'avait expressément demandé.

Q^and Jean le Malin eut vu le marchand et ses bœu& disparaître au loin dans la vallée, il monta sur un arbre et, tenant la queue du bœuf par le bout, il appela de toutes ses forces :

— « Ohé I ohé I mon maître, mon maître ! Au secours 1 je n'en puis plus !... »

Le château n'était pas loin et le seigneur entendant Jean crier, vînt voir de quoi il s'agissait.

— « Qu'y a-t-il donc ?

— Ah I mon maître, quel malheur 1 La veudoise (i) est venue et a enlevé tous vos bœufis ; j'ai réussi à en saisir un parla queue ; mais lavaidoise était si forte que la queue du bœuf seule m'est restée dans la main. Voyez là-bas ces formes noires qui disparaissent à l'horizon, ce sont vos bœufis qui s'en vont emportés par laveudoise.

— Tu es un imbécile d'avoir...

— Vous vous fâchez, mon maître ?

— Si je me fâche ! Comment... Mais non, pas du tout 1 »

Le seigneur et Jean le Malin retournèrent au château. Mais, arrivés là, le maître annonça à son domestique qu'il lui faudrait se passer de déjeûner pour ce jour là.

— « Fort bien, mon maître. Je me passerai bien de déjeûner aujourd'hui. Je n'ai guère appétit. »

Et Jean le Malin se rendit à l'auberge voiâne,

(i) Veudoise, trombe, tourbillon.

OÙ il se fit servir un excellent repas. Au dîn^ et au souper il fit de même.

— « Demain, tu conduiras mes co(ihons au marais, dit le seigneur au domestique, qui, de même que la veille, se hâta d^ aller prévenir un marchand de cochons au village voisin.

—7 Demain, si vous le voulez bien, je vous vendrai â moitié prix trois cents beaux cochons, à condition toutefois que vous m'en laisserez les .queues.

— Les queues ! mais qu'en voulez-vous faire ? Jamais on ne m'a proposé pareil marché I

— Que vous importe? Trouvez-vous à sept heures du matin au marais avoisinant le château du sei- .gpeur, vous pourrez y prendre vos cochons. »

Jean le Malin se leva de bonne heure, sortit avec les cochons et {es vendit au marchand, qui lui en donna les queues et lui paya la somme convenue en^re eux.

Q,uand il fut parti et que Jean le Malin le jugea rentré au village, le domestique enfonça les . trois cents queues dans la v^e du marais par le bout coupé et alla chercher son maître.

— « Qp'y a-t-il de nouveau, Jean ?

— Ah ! mon maître, que je suis malheureux I

— Qjie t'est-il donc arrivé ?

— Ne m'en parlez pas ! Ces malheurs n'arrivent qu'à moi. Vos cochons se sont trop avancés dans le marais et sont en train de s'enfoncer dans la vase.

— Encore un de tour ! Maladroit, va ! »

Jean le Malin conduisit son seigneur dans le

marais, et, lui montrant les queues des cochons qui sortaient de la vase, il lui dit :

— « Vous voyez combien ils vont vite à s'enfoncer. Qjiand je suis parti vous appeler, ils n'enfonçaient que jusqu'au ventre, maintenant ils ont de la vase par tout le corps. Tirons sur les queues, sinon, nous les perdrons tous. »

Et Jean fit semblant d'user de toutes ses forces à tirer sur une queue. Le seigneur croyant fermement que les cochons étaient dans le marais» saisit l'une des queues, fit un violent efifort pour arracher l'animal du sol boueux, et, la queiie cédant, tomba au beau milieu du marais.

Jean le Malin le laissa se tirer de là tout seul comme il le put. Le seigneur, barbouillé de boue des pieds à la tête, sortit du marais jurant et criant.

— « Vous êtes fâché, mon maître?

— Non, non, bien au contraire, bien au contraire 1 se hâta-t-il de répondre en songeant à ses conventions avec Jean.

Comme la veille, Jean se vit refuser à déjeûner au château, et alla manger à Tauberge.

— « Tu ne te fâches donc jamais ? lui dit le seigneur étonné, au bout de quatre ou cinq jours.

— Me fâcher ? mais pourquoi donc ? Je n'en aurais aucune raison. Je ne me fâche jamais, du reste,

— Tout de même, pensait le seigneur, voilà un gars qui me ruinera, et qui pourrait bien me couper l'oreille un de ces jours, car si cela continue, je ne saurais m'empêcher de me fâcher.»

Pendant plusieurs mois, le seigneur ne donna pas d'ouvrage à Jean le Malin ; mais, par contre, il refusait de lui faire donner à manger. Jean s'en inquiétait fort peu et menait joyeuse vie, grâce à l'argent qu'il avait retiré des bœufs et des cochons du- seigneur.

Un jour, tout de même, le seigneur envoya son domestique à la forêt, en lui recommandant d'y abattre un gros chêne dont il avait besoin. Jean le Malin vendit l'arbre à un charron, prit un renard, le tua, lui mit une branche de chêne dans

la gueule, et alla chercher son maître en lui disant qu'un renard était en train de dévorer le beau chêne qu'il venait d'abattre.

— « Un renard ? mais tu es fou, mon garçon !

— Mais que de non , je ne suis point fou ; suivez-moi au bois et vous serez convaincu. »

Le seigneur suivit Jean le Malin au bois, et là dut se rendre à l'évidence.

— « Encore une fois, je te dis que ces malheurs n'arrivent qu'à toi ! Tu n'es venu ici que pour me ruiner, etc..

— Tout beau, mon maître, tout beau ! Ah ça, seriez-vous fâché ?

— Non, au contraire... mais je voudrais bien que ton année de service fût finie, pour pouvoir te chasser d'ici. »

J'ai oublié de vous dire que Jean le Malin était un beau garçon. La- femme du seigneur Payant aperçu un jour, en devint éperdûment éprise. De son côté, Jean le Malin éprouvait à peu près les mêmes sentiments pour la belle châtelaine, et il ne se fit pas faute de déclarer à celle-ci combien il l'aimait.

A partir de ce moment, chaque fois que le seigneur allait à la ville ou à la chasse, Jean le Malin

allait coucher avec la femme de son maître. On le sut bientôt par tout le château, et, comme cela arrive toujours, Thomme avait déjà des cornes de deux toises qu'il ne s'en était pas encore aperçu.

Il revint un jour plus tôt qu'on ne l'attendait, et, étant monté à l'appartement de sa femme, il en trouva la porte fermée. Il frappa, et n'entendant pas de réponse, il crut à un accident et enfonça la porte. Il resta muet d'étonnement à la vue de Jean le Malin couché avec sa femme à lui, le seigneur I

Il s'emporta contre son domestique et l'accabla de reproches.

— « Eh bien ! mon maître, vous vous fichez ?

— Et comment veux-tu que je ne me fâche point ?

— En ce cas, permettez que je vous coupe l'oreille. »

Jean le Malin sortit du lit en chemise, prit son couteau, et coupa l'oreille du seigneur.

Puis il donna un rendez-vous à la châtelaine, et la nuit il s'échappa du château avec elle. Bien entendu, la femme du seigneur emportait les diamants de son mari.

Jean le Malin alla retrouver ses deux frères

Pierre et Jacques, avec lesquels il vécut fort heureux.

(Conté en j'anvi^ 1880, par M, Bernaux Apollinaire^; de Beaucourt \Somme\),

Cf. Fanch Scouamec, conte breton de M. Lnzel, dans Mëlusine col. 46$ et suiv., et les rapprochements de M. Reinhob^^ Kœhler à k suite de ce conte ; Asbjœmsen et Mœ, Norshè Foi-: hteveniyr, p. 393 et 396, . 2* édit.; Gonzenbach, SicilitmisAf Marchen, ti9 37, p. 25^; Amason, lulandic L^ends tramlttied by Powel and Magnusson, t. II, p. 552; Tborbam, Bannu, or our AJghan Fromti^, p.' 199; Kennedy, 3Tw Fire side Siories of Ireland, p. 74 ; Campbell, Papular Taies of ihe West Highlands,' Tfi 4; ; Prœhle, Màrchen fur Dit Jugend, vfl.i$\ un conte italien publié dans le tome VIII du Jahrhuch fur romanische tmd englische Litteratur^ p. 246 ; deux contes de Hahn, n*» 1 1 et 34 de sa collection de Contes grecs et albanais ; Webster, Basque I/gendSf pp. 6 et 11; Zingerle, Kinder und Hausmârcben ' aus Sûddeuttchlandy p. 223; Paul Sébillot, Les Trois Balais, p. X5|; Le Fermier et son Donustique^ ?• '59 t^^ns sa Littérature orak et la Haute-Bretagne; Jean et Pierre, publié dans la Ramtmia par M. E. Cosquin; E. Morin, Rentarques sur les Contes des Gaêls; Ortoli, Contes corses, etc., etc.

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Jean l'espiègle

N bûcheron avait un fils nommé Jean qui, quoique âgé d'une dizaine d'années pour le moins, n'était guère plus gros que le poing et haut tçut au plus de dnq ou six pouces. On l'avait d'abord surnommé Jean Pouçot ; mais comme cela le chagrinait fort et qu'il se montrait très aimable et très éveillé, les gens du village avaient cessé de le nommer Pouçot pour l'appeler l'Espiègle.

Un certain jour que le père travaillait à la forêt, Jean l'Espiègle fut chargé par sa mère d'aller au bois porter le déjeûner du bûcheron.

— « Fais bien attention, Jean ; tu es petit et tu pourrais te butter à quelque pierre du chemin ; marche avec précaution et ne renverse pas le déjeûner de ton père.

— Oh I ne crains rien, maman, paurai bien soin de ne pas courir. Dotme-moi le paquet d'alênes que je dois remettre au cordonnier en passant devant sa bou^que. »

La mère lui donna le paquet d'alênes demandé et le grand pot de fer-blanc renfermant le déjeûner du bûcheron, et, après avoir embrassé son fils, renvo)'a à la forêt.

Tout alla bien jusqu'à la sortie du village ; mais là, Jean l'Espîègle rencontra une dizaine de ses camarades et il ne put résister à la tentation de faire une partie de racaUmer (barres) avec eux. On s'amusa beaucoup ; et après de nombreuses parties, quand Jean PEspiègle songea à sa commission, il était déjà tard. Il lui fallait se hâter, courir par conséquent. Sa mère l'avait bien défendu, mais qu'y faire? Jean l'Espiègle courut tout aussi vite que ses petites jambes le lui permettaient, et, pour gagner du chemin et arriver plus vite, il quitta la route et s'engagea à travers champs. Une taupinière se trouva malheureusement sur son passage; il s'y heurta et tomba sur le sol en renversant les provisions.

— « Bien, maintenant, que va dire mon père ?

Il va me battre certainement et je l'aurai certes bien mérité. Si maman était là, je ne serais pas battu. Il faudrait que je me sauve avant que mon père ne s'aperçoive de l'accident... Qjie faire? Ah! une bonne idée!... Je vais mettre dans le

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pot la terre de cette maudite" taupinière, et je porterai le tout â mon père. »

Jean TEspiègle joignit Taction à la parole ; puis il se reprit à courir jusqu'au moment où il se trouva près du bois.

— « Comment se fedt-il, Jean, que tu arrives si tard aujourd'hui. J'avais bien peur d^être forcé de me passer de déjeûner.

— Oh 1 papa, ce n'est pas de ma faute, maman a voulu t'envoyer du café au lait, mais le lait a tourné, voilà la cause du retard. Je suis pressé, je te quitte à l'instant. Adieu, papa, adieu !

— Adieu, Jean, bonjour à ta mère. »

Jean TEspiège déposa le déjeûner du père ou plutôt ce qui en tenait lieu, sur le gazon, à une cinquantaine de pas du bûcheron, et se hâta de reprendre son chemin.

Arrivé à la maison, il se glissa inaperçu dans l'étable aux vaches et se cacha sous une botte de paille. Au bout d'un moment, il se sentit saisi par deux mâchoires et avalé par une des vaches. Il n'était guère dans une position amusante, le pauvre Jean l'Espiègle ! C'était fort difficile de se tbrer de là. Il se souvint du paquet d'alênes qu'il n'avait point reporté au savetier, et, le tirant de

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sa poche, il se mit à en piquer les boyaux de l'animal qui le retenait prisonnier dans son ventre.

La vache, ne comprenant rien aux piqûres qu'elle ressentait, se roula sur le sol et fit tant de bruit que la fermière la crut atteinte d'une maladie mortelle. Le boucher, appelé, déclara qu'il fallait tuer l'animal.

La vache fut tuée, la viande envoyée à la ville

et les boyaux mis dans un chaudronjsur le feu.

. Jean l'Espiègle était toujours dans les boyaux.

La grand'mère vint s'asseoir près du feu et se

chauffer, tout en surveillant la cuisson des tripes.

Tout à coup, elle entendit une petite voix qui disait :

— « £j té Yoi bien, mémère I (i) Tu coffes ten pépére. »

-— « Ah ! Dieu, qu'est-ce que j'entends ? C'est comme la voix de Jean l'Espiègle que l'on croyait mort? Certainement; c'est lui qui revient! Je vais prévenir ma fille ! »

La vieille femme alla chercher la mère de Jean

(i) a J« te vois bien, grand'mère I Tu chauffa ton grand-père. »

et lé bûcheron, et leur raconta ce' qu'elle avait entendu dans le chaudron.

Jean TEspiègle fut retiré de sa prison et vécut très heureux avec son père et sa mère.

(CoHii en janvier iSjS, d Mailly, par F. Vasseur, de Bossignol [Somme], élève du pensionnat L. Breuval).

LES FUNilUILLES DU CHASSEUR

UTREFOis vivait un chasseur renommé qui dépeuplait toutes les forêts de son pays.

Il était devenu la terreur" des cer£s, dés sangliers, des loups, des ours et même des lions. Aussi ces divers animaux se réunirent-ils un jour dans une grande forêt pour chercher le moyen de se débarrasser du terrible chasseur^ On invita aussi le lièvre, le renard, la fouine, voire même le lapin et quelques autres bêtes dont le nom m*échappe. Et là le sanglier, roi de la forêt en l'absence du lion, empêché par une blessure que lui avait faite l'honune, son ennenli, s*assit sur

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une souche 4e chêne et raconta les ravages du chasseur.

— «. Il nous faut nous réunir demain, ajoutat-il, et, à un moment donné, nous précipiter sur le chasseur, dont nous viendrons alors facilement à bout. Mais qui osera affronter le premia: le fiisil du chasseur ? »

Personne ne répondit.

— « Ce sera donc moi, je le veux bien. Du reste, j'ai la peau si dure que ce sera bien difficile pour l'homme de me tuer du premier coup. Dès qu'il aura tiré, que chacun se jette sur lui. C'est convenu ?

— C'est convenu ! jurèrent les aniuoaux. »

Le lendemain arrivé, le chasseur aperçut le sangHer, le visa et lui tira un coup de fusil. Mats la balle glissa sur le cuir de l'animal, et ce dernier courut sur l'homme qu'il renversa. Le loup, l'ours, le renard, même la fouine, le blaireau, le lièvre et le lapin vinrent à l'aide du sang^lier et eurent bientôt fait de tuer le terrible chasseur.

Ceci fait, le sanglier reçut les compliments de ses amis.

— « Mais, dit l'ours, ce n'est pas tout. Nous avons tué le chasseur, c'est fort bien. Il nous faut

faire ses funérailles avec les mêmes cérémonies qu'emploient les hommes.

— Cest vrai ! — Cest vrai I hurlèrent les autres animaux. »

L*ours courut à un gros chêne qu*il déracina et il en fit un cercueil pour le chasseur. Puis, la fouine s*étant chargée de la fosse, le convoi se mit en marche. Le renard marchait en tête remplissant les fonctions de curé ; le loup, devenu chantre^ psalmodiait le De profundis; puis le sanglier portait le mort ; le lièvre tenait le cierge mortuaire ; le lapin marchait derrière le cerf, qui pleurait à chaudes larmes.

Arrivés à la fosse, les anin^aux s'arrêtèrent ; la fouine descendit le corps dans le trou qu'elle avait creusé, et le renard prononça un grand sermon qui fit pleurer tous les assistants. La fosse comblée, le lièvre rejoignit son terrier en compagnie de la fouine et du lapin, et les autres bêtes rentrèrent à leur logis.

(Conté en 1882, par Georges Charpentier, âgé de neuf ans),

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