‹ Littérature orale de la PicardieChapitre 55 sur 67 · CHANSON DU MARIAGE · texte numérisé non relu

CHANSON DU MARIAGE

Sur le bord de la mer,

AT en allant promener,

J'entends le marié

Q}ii dit, dans son langage :

Que les garçons sont malheureux

De s'y mettre en ménage !

Pour s'y mettre en ménage,

Il faut tout acheter,

Il faut nourrir femme et enfants

Et payer des louages ;

Le lendemain recommencer

Comme un apprentissage.

Le jour de mon mariage.

Ah 1 c'est mon plus beau jour 1 Adieu, plaisirs et agréments, Le jour que je m'engage ; Entre les bras de mon amant.

Je n'y s'rai plus volage.

344 UTTÉRATURE ORALE

Le jour de mon fiançage, Quel habit metterai-je?

J*y metterai mon habit noir, Mon habit de pénitence, Mon chapeau de même couleur, Le cordon de souffrance.

Au bout de six semaines, Pour moi quel changement I

— Hélas! mon père, qu'avez-vous fait.

De m'y donner un homme?

Il va toujours au cabaret.

Il ne fait pas sa besogne.

Pour faire son ouvrage.

Il n'a point d'agrément.

C'est un garçon carillonneur.

Ah 1 mon Dieu, qu'il est drôle 1 Il n'est point de meilleure humeur Quand il touche à l'horloge.

— Allez, allez, ma fille, Em*etoumez-vous-en .

Embrassez-le, caressez-le.

Montrez-lui bon visage.

Il n'ira plus au cabaret ; Il fera son ouvrage.

(Chanii en 1882, par M. Auguste Carnoy, agi d* quatrevingt-deux ans, d Warloy-Baillon [SommeJ).

Cf. Paul Sébillot, Le Ménage^ chanson da pays gallot, p. 280 et toiv. de k Littérature orale de la Haute-Bretagne, Paris, x88i, Maiannnenve et O*.

MAGMOTTE

C'était la fille du maréchal ; On dit qu'elle est si belle 1 Il s'y marie à l'âge de quinze ans Avec un vieux vieillard de quatre-vingt-dix ans.

Le vieillard prit Magnotte par la main,

L'emmenant à l'église :

— Vois-tu, Magnotte, vois-tu tous tes parents? Ma chère Magnotte, ils en sont tous contents.

Le vieillard prit Magnotte par la main, L'emmenant dans sa chambre :

— Vois-tu, Magnotte, ma chambre et mon beau Ma chère Magnotte, t'y reposeras la nuit. [lit?

Qliand c'est venu envers minuit»

Le vieillard s'y réveille :

— Dis-moi, Magnotte, dors^-tu tranquilleiii«nt> Ma chère Magnotte, ça t'arrivera souvent.

Quand c'est venu au point du jour, Magnotte elle s'y réveille :

— Hélas ! grand Dieu 1 le jour qu'on s'y marie, L'on n'y pense guère ; on y dort toute la nuit 1

(Chanté en 1882, par mou grand-pire, M. Auguste Camoy,

né en 1800).

Cf. Poésies populaires de la France^ tome VI» ms. n^ 3343 de U Bihl. nat., fol. 79» verso : Le Mariage mat assorti, chanson populaire de U €hampagae.

LE MANTEAU DE l'aKANT

Par un dimanche après midi,

Je m'en fus t-aller trouver ma mie ;

Ma mie, je n'ai point su trouver

D'autre part que sur son lit qu'elle dormait.

Elle dormait là si doucement, Sa poitrine étant découverte ; Moi étant son fidèle amant.

N'y trouvai point la chose honnête.

Alors j'ai pris mon mantelet, Qjii était couvert de violet; Je lui ait fait sa couverture; Alors je m'en suis revenu.

La belle se n'est point éveillée.

D'autre qu'on n'ait été sorti des v^es.

Elle aperçoit ce mantelet.

De quoi elle s'en était couverte.

Elle s'écriait de si hauts cris :

C'est le manteau de mon ami I Ah 1 si vous étiez dans ma chambre, Je vous en prie de n'en sortir î

Pauvre fillette que je suis I Ne suis-jou point bien malheureuse De m'y m'être laissé endormir La porte de ma chambre ouverte?

Ah I si mon père était venu, Le manteau aurait reconnu.

Mon amant aurait été la cause, De mon père j'aurais été battue.

(Chanté en septembre 1882, par M. Auguste Camay, mm - grand-pêre, âgé de fuatre-vingi-deux ans).

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