Rivarol
le. Pelletier.
HO LITTRRATURE
Le peuple, cependant, qui a un sens particulier et le rayon visuel toujours singulièrement droit, qui n'est pas haineux parce qu'il est fort, qui n'est pas envieux parce qu'il est grand, le peuple, qui connaît les hommes, tout enfant qu'il est, le peuple était pour Mirabeau. Mirabeau était selon le peuple de 89, et le peuple de 89 était selon Mirabeau. U n'est pas de plus beaux spectacles pour le penseur que ces embrassements étroits du génie et de la foule.
L'influence de Mirabeau était niée et était immense. C'était toujours lui, après tout, qui avait raison ; mais il n'avait raison sur l'Assemblée que par le peuple, et il* gouvernait les chaises curules par les tribunes. Ce que Mirabeau avait dit en mots précis, la foule le redisait en applaudissements, et, sous la dicée de ces applaudissements, bien à contre-cœur souvent, la législature écrivait. Libelles, pamphlets, calomnies, injures, interruptions, menaces, huées, éclats de rire, sifflets, n'étaient tout au plus que des cailloux jetés dans le courant de sa parole, qui servaient par moments à la faire écumer.
ET PHILOSOPHIE MÊLÉES. Hl
Voîià tout. Quand Torateur souveraîn, pris (Puoe sabîte passée, montait à ia tiibuse; quand cet homme se troavalt face à face avec son peuple ; quand il était là dei)out et marchant sur Tcnvieuse Assemblée, comme Vhomme- Dieu sur la mer, sans être englouti par elle ; quand son regard sardonique et lumineux, fixé, du haut de cette tribune, sur les hommes et sur les idées de son temps, avait Tair de mesurer, la petitesse des hommes sur la grandeur des idées, alors il n'était plm ni calomnié, ni hué, ni injurié ; ses ennemis avaient beau faire, avaient beau dire, avaient beau amonceler contre lui, le premier sou£Qe de sa bouche ouverte pour parler faisait crouler tous ces entassements. Quand cet homme était à la tribune dans la fonction de son génie, sa figure devenait splendide et tout s'évanouissait devant elle.
Mirabeau, en 1791, était donc tout à la fois bien haï et bien aimé ; génie haï par les beaux esprits, homme aimé par le peuple. C'était une illustre et désirable existence que celle de cet homme qui disposait à son gré de toutes les âmes alors ouvertes vers l'avenir; qui, avec de magiques paroles et par une sorte d'alchimie mystérieuse, convertissait en, pensées, en systèmes, en volontés raisonnées, en plans précis d'amélioration et de réforme les vagues instincts des multitudes ; qui nourrissait l'esprit de son temps de toutes les idées que sa grande intelligence éraiettait sur la foule; qui, sans relâche et à tour de bras, battait et flagellait sur la table de la tribune, comme le blé sur Taire, les hommes et les choses de son siècle, pour séparer la paille que la république devait consumer du grain que la Révolution devait féconder ; qui donnait à la fois des insomnies à Louis XVI et
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à Robespierre, à Louis XVI dont il attaquait ie trône, à Robespierre dont il eût 'attaqué la guillotine ; qui pou- Tait se dire chaque matin en s'éveillant ; c Quelle ruine ferai-je aujourd'hui avec ma parole ? » qui était pape, en ce sens qu il menait les esprits : qui était Dieu, en ce sens qu'il menait les événements.
Il mourut à temps. C'était une tète souveraine et sublime. 91 la couronna. 93 l'eût coupée
ET PIIIL0SOPHir> UÉLÉES. if 3
Quand on suit pas à pas la via de Mirabean depuis sa naissance jusqu'à sa mort, depms F humble piscine baptismale de Bignon jusqu'au Panthéon^ on voit que, comme tous les hommes de sa trempe et de sa mesure, il était prédestiné.
Un tel enfant ne pouvait manquer d'être un grand homme.
Au moment où il vient au monde, la grosseur surhumaine de sa tète met la vie de sa mère en danger. Quand la vieille noonarchie française, son autre mère, mit au monde sa renommée, elle manqua aussi en mourir.
A l'âge de cinq ans. Poisson, son précepteur, lui dit à^ écrire ce qui lui viendrait dans la tête, « Le petit », comme dit son père, écrivit littéralement ceci : « Monsieur moi, je vous prie de prendre attention à votre écriture et de ne pas faire de pûtes sur votre exemple ; d'être attentif à ce qu'on fait ; obéir ù son père, à son