‹ Littérature & philosophie mèléesChapitre 11 sur 26 · U LITTERATURE · texte numérisé non relu

U LITTERATURE

maître, à sa mère ; ne point contrarier ; point de détours, de Thonneur surtout. Pi'attaquez personne, hors qu'on ne vous attaque. Défendez votre patrie. Ne soyez point méchant avec les domestiques. Ne familiarisez pas avec eux. Cacher les défauts de son prochain, parce que cela peut arriver à soi-même*. »

A onze ans, voici ce que le duc de Nivernois écrit de loi au bailli de Mirabeau, dans une lettre datée de Saint- Maur, du H septembre \ 760 : • L'autre jour, dans des prix qu'on gagne chez n^oi à la course, il gagne le prix, qui était un chapeau, se retourne vers un adolescent qui avait un bonnet, et, lui mettant sur la tète le sien qui était encore fort bon : Tiens ^ dit-il, je ri ai pas deux têtes. Ce jeune homme me parut alors Tempereur du monde ; je ne sais quoi de divin transpira rapidement dans son attitude ; j'y rêvai, j'en pleurai, et la leçon me fut fort bonne. >

A douze ans, son père disait de lui : « C'est un cœur haut sous la jaquette d'un bambin. Cela a un étrange instinct d'orgueil, noble pourtant. C'est un embryon de matamore ébouriffé qui yeut avaler tout le monde avant d'avoir douze ans'. »

A seize ans, il avait la mine si hardie et si hautaine, que le prince de Conti lui demande- : Que ferais^tu si je te donnais un soufflet ? Il répond : Crtte question eût été

\ . Ce singulier document est cité textuellement dans une lettre inédite du marquis au bailli de Mirabeau, da 9 décembre 1764.

2. Lettre inédite à madame la comtesse de Rocbefort, 29 no- Tembre 4761.

embarrassante avant t invention des pistolets, à deux coups.

A vingt et un ans (1770), il commence à écrire une histoire de la Corse au moment où quelqu'un venait d'y naître ^ Singulier instinct des grands hommes!

A cette même époque, son père, qui le tenait bien sévèrement, porte sur lui ce pronostic étrange : Cest une bouteille ficelée depuis vingt-un ans» Si elle est jamais débouchée tout à coup sans précaution ^ tout s'en ira /

A vingt-deux ans, il est présenté à la cour. Madame Elisabeth, alors âgée de six ans, lui demande sUl a été inoculé. Et toute la cour de rire. Non, il n'avait pas été inoculé. Il portait en lui le germe d'une contagion qui plus tard devait gagner tout im peuple.

Il se produit à la cour avec une extrême assurance, portant déjà le front aussi haut que le roi, étrange pour tous, odieux pour beaucoup. Il est aussi entrant que fêtais farouche^ dit le père, qui n'avait jamais voulu i enversailler ^ lui, « oiseau hagard dont le nid fut entre quatre tourelles. » — « II retourne les grands comme fagots. Il a ce terrible don de la familiaritéy comme disait Grégoire le Grand. » Et puis, le vieux et fier gentilhomme ajoute : « Gomme depuis cinq cents ans, on a toujours souffert des Mirabeaux qui n'ont jamais été faits comme les autres, on souffrira encore celui-ci. »

A vingt-quatre ans, le père, philosophe agricole, veut

\, \h aoiltl769.

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preiKlre son fils avec lai, et « le faire rural. » Il n'y peut réussir. « Il est bien malaisé de manier la bouche de cet animal fougueux! » s'écrie le vieillard.

L^oncle, le baillî, examine froideinenr le jeune bonsme et dit : S'il n'est pas pire que Nércm, il sera meilleur que Marc-Aurèle. »

En tautj laissons mûrir ce fruit vert^ répcnd le marquis.

Le père et ToDcle correspondent entre eux sur l'ave* nir du jeune homme déjà si aventuré dans la mauvaise vie. Ton neveu V Ouragan^ dit le père. Ton fils^ monsieur le comte de la Bourrasque^ réplique l'oncle.

Le bailli, vieux marin, ajoute : Les trente- deux cents de la boussole sont dans sa tête.

A trente ans^ le fruit mûrit. Déjà les nouveautés commencent à reluire dans Tceil profond de Mirabeau. On voit qu'il est plein de pensées. Ce cerveau est un fournecai encombré^ dit le prudent bailli. Dans un autre moment, l'onde écrit cette observation d'homme effrayé : « Quand il passe quelque chose dans sa tète, il avance le front et ne regarde plus nulle part. >

De son côté, le père s'étonne de ce hachement ^fidées qui voit par éclairs. Il s'écrie : « Fouillis dans sa tête, bibliothèque renversée, talent pour éblouir par des superficies, il a humé toutes les fortunes et ne sait rien sub^tancier! > Il ajoute, ne comprenant déjà plus sa

créatore : « Dans son enfance, ce n'étak <pi'un mâle monstnieiix an moral eomiBe au phjsiqne. » Anjonrdlivi, c'est un howme tout de reflet et de réverbère; on fioa « tiré à droite par ie cerar et à ganehe par la tête qu^îi a toujours à quatre pas de lui* » Et puis le TÎeillard ajoute, avec un sourire mélancolique et résigné : « Je tâche de verser sur cet homme ma tête, mon Àme et mon eœur. » Enfin, connue l'oncle, il a aussi par moments ses pressentiments, ses terreurs, ses anxiétés, ses doutes, il sent, lui père, tout ce qui se remue dan& la tète de son fils, comme la racine sent t ébranlement des feuilles •

Voilà ce qu'est Mirabeau à trente ans. Il était fils d'un père qui s'était défiai ainsi lui-même : « Et moi aussi, madame, tout gourd et lourd que vous me voyez, je prêchais à trois ans ; à six, j'étais un prodige ; à douze, un objet d'espoir; à vingt, un brûlot; à trente, un politique de théorie; à quarante, je ne suis plus qu'un bon homme. »

A quarante ans, Mirabeau est un grand homme.

A quarante ans, il est 1 homme d'une révolution.

A quarante, ans, il se déclare autour de lut en Frauce une de ces formidables anarchies d'idées où se fondent les sociétés qui ont fait leur temps. Mirabeau en est le despote.

C'est lui qui, silencieux jnsqu'alot*s, crie le 23 juin 1789 à M. de Brézé : Allez dire à vorac haitbb!...

Votre maure ! c'est le roi de France déclaré étranger. C'est toute une frontière tracée entre le trône et le peuple. C'est la Révolution qui laisse échapper son cri. Personne ne l'eût osé avant Mirabeau. Il n'appartient qu'aux grands homme de prononcer les mots décisifs des époques.

Plus tard, on insultera Louis XVI plus gravement en apparence, on le battra à terre, on le raillera dans les fers, on le huera sur l'échafaud. La république en bonnet rouge mettra ses poings sur ses hanches, et lui dira des gros mots, et l'appellera Louis Capet. Mais il ne sera plus rien dit à Louis XVI d'aussi redoutable et d'aussi effectif que cette parole fatale de Mirabeau. Louis Capet, c'est la royauté frappée au visage ; votre maitrey c'est la royauté frappée au cœur.

Aussi, à dater de ce mot, Mirabeau est l'homme du pays, l'homme de la grande émeute sociale, l'homme dont la fin de ce siècle a besoin. Populaire sans être plébéien, chose rare en des temps pareils 1 Sa vie privée est résorbée par sa vie publique. Honoré de Riquettî, cet homme perdu, est désormais illustre, écouté et considérable. L'amour du peuple lui fait une cuirasse aux sarcasmes de ses ennemis. Sa personne est la plus éclairée de toutes celles que la foule regarde. Les passants s'arrêtent quand il traverse une rue, et pendant les deux années qu'il remplit, sur tous les coins de murs de Paris les petits enfants du peuples écrivent sans faute son nom» que quatre-vingts ans auparavant Saint-Simon, avec son dédain de duc et pair, écrivait Mirebaut^ sans se douter qu'un jour Mirebaut ferait Mirabeau.

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11 y a des parai iélismes bien frappants dans la vie de certains hommes. Crom'weil, encore obscar, désespérant de son avenir en Angleterre, veut partir pour, la Jamaïque ; les règlements de Charles P' l'en empêchent. Le père de Mirabetiu, ne voyant aucune existence possible en France pour son fils, veut envoyer le jeune homme aux colonies hollandaises ; un ordre du roi s'y oppose. Or, ôtez Cromwell de la révolution d'Angleterre, ôtez Mirabeau de la révolution de France, vous ôtez peutêtre des deux révolutions deux échafauds. Qui sait si la Jamaïque n'eût pas sauvé Charles I", et Batavia Louis XVI?

Mais non, c'est le roi d'Angleterre qui veut garder Cromwell ; c'est le roi de France qui veut garder Mirabeau. Quand un roi est condamné à mort, la Providence lui bande les yeux.

Chose étrange que ce qu'il y a de plps grand dans l'histoire d'une société tienne si souvent à ce qu'il y a de plus petit dans. la vie d'un homme?

La première partie de la vie de Mirabeau est remplie par Sophie, la seconde par la Révolution. Un orage do-* mestique, puis un orage politique, voilà Mirabeau. Quand on examine de près sa destinée, on se rend raison de ce qu'il y eut en elle de fatal et de nécessaire. Les déviations de son cœur s'expliquent par les secousses de sa vie.

Voyez : jamais les causes n*ont été nouées de plus près aux effets. Le hasard lui donne un père qui lui

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enseigne le mé{Nris de sa mère; «me œ^ qui loi enseigne la haine die son père ; on précepteur, c'est Poisson, qui n'*iaie pa& les enfants €t qui loi est dur parce qu'il est petit et parce qu'il est laid; un valet, c'est Gréiin, le lÀehe espion de ses ennemis; un colonel, c'est le mar* quis de Lambert, qui est aitsû impitoyable pour le jeune homme que Poisson l'a été pour l'eofant ; une faelle-mère (non mariée), c'est Mme de Pailly, qui le hait parce qu'il n'est pas d'elle; une femme, c'est Mlle de Mari* gnane, qui le repousse; une caste, c'est la noblesse, qoî le renie ; des juges, c'est le parlement de Besançon, qui le condamnent à mort ; un roi, c'est Louis XV, qui rembastiUe, Ainsi, père, -mère, femme, son précepteur, son colonel, la magistrature, la noblesse, le rm^ c'est-àdire tout ce qui entoure et côtoie l'existence d'un homme dans Tordre légitime et naturel, tout est ponr lui trayerse, obstacle, occasion de chute et de contusioe, pierre dure à ses pieds nus, buisson d'épines qui le déchire an passage. La famille et la société tont ensemble lui sont marâtres* Il ne rencontre dans la vie que de« choses qui le traitent bien et qui l'aîme&t, deux choses irrégulières et révoltées contre l'ordre, une maltresse et une révolution.

Ne vous étonnez donc pas que pour la maîtresse il brise tous les liens domestiques, que pour la révolution il brise tous les liens sociaux.

Ne vous étonnez pas, pour résoudre la question «lans^ les termes où nous l'avons posée en commençant, que ce démon d'une famille devienne Tidole d'une femme en rébellion contre son mari et le dieu d'une nation en di- Torce avec son roi.

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La doaleur que caasa la mort de Mirabeau fut une douleur jgénéxale, universelle, nationale. On sentit que quelque chose de la pensée publique venait de s'en aller avec cette Àme. Mais un fait frappant, et qu^l faut bien dire paroe q« il serait iogéau de l'attribuer à l'admiration emportée et irréfléchie des contemporains, c'est qae la cour porta son deuil comme Le peuple.

Un sentiment de pudeur insurm<Mitable nous empêche dus scxnder ici de certains mystères, parties honteuses du grand homme, qui d'ailleurs, selon nous, se perdent heureusement dans les colossales proportions de l'ensemble; mais il parait prouvé que dans les derniers temps de sa vie la cour affirioait a«oir quelques raisons d'espérer en lui. Il est patent qu'à cette époque Mirabeau se cabra plus 4'uoe Ibis so«s i'entrataement révolutionnaire; qu'il manifesta par moments l'envie de faire halte et de laisser rejoindre ; qae lui, qui avait tant d'haleine, il ne suivit pas «aos essionfiLemeoC la marche de plus en plus accélérée des idées nouvelles^ et qu^il essaya en .

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quelques occasions d'enrayer cette révolution, à laquelle il avait forgé des roues.

Roues fatales, qui écrasaient tant de choses vénérables en passant. !

II y a encore aujourd'hui beaucoup de personnes qui pensent que si Mirabeau avait eu plus longue vie, il aurait fini par mater le' mouvement qu'il avait déchaîné. A leur sens, la révolution française pouvait être arrêtée, par un seul homme à la vérité, qui était Mirabeau. Dans cette opinion, qui s'autorise d*une )>aroIe que Mirabeau mourant n'a évidemment pas prononcée*, Mirabeau expiré, la monarchie était perdue; si Mirabeau avait vécu, Louis XVI ne serait pas mort; et le 2 avril 1 791 a engendré le 21 janvier 1793.

Selon nous, ceux qui avaient cette persuasion alors, ceux qui l'ont eue aujourd'hui, Mirabeau lui-même, s'il croyait cela possible de lui, tous se sont trompés. Pure illusion d'optique chez Mirabeau comme chez les autres, et qui prouverait qu'un grand homme n'a pas toujours une idée nette de F espèce de puissance qui est en lui !

La révolution française n'était pas un fait simple. Il y avait plus et autre chose que Mirabeau en elle.

Il ne sufiBsait pas à Mirabean d'en sortir pour la vider.

4 . Remporte le deuil de la monarchie. Après moi les factieux s*en disputeront les mwceaux. Cabanis a cru entendre cela.

11 y avait dans la révoladon française du passé et de Favenir. Mirabeau n'était que le présent.

Pour n'indiquer ici que deux points culminants, la révolution française se compliquait de Richelieu dans le passé et de Bonaparte dans Favenir.

Les révolutions ont cela de particulier que ce n'est pas quand elles sont encore grosses qu'on peut les tuer.

D'ailleurs, en supposant même la question moins abondante qu'elle ne l'est, il est à observer que, dans les choses politiques surtout, ce qu'un homme a fait ne peut guère jamais être défait que par un autre homme.

Le Mirabeau de 91 était impuissant contre le Mirabeau de 89, Son œuvre était plus forte que lui.

Et puis les hommes comme Mirabeau ne sont pas la serrure avec laquelle on peut fermer la porte des révolutions. 11 ne sont que le gond sur lequel elle tourne, pour se clore, il est vrai, comme pour s'ouvrir. Pour fermer cette fatale porte, sur les panneaux de laquelle font incessamment effort toutes les idées, tous les intérêts, toutes les passions mal à l'aise dans la société, il faut mettre dans les ferrures une épée en guise de verrou.

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Noos avons essayé de caractériser ce qu'a été Mirabeau dans la famille, puis ce qu'il a été dans )a nation. 11 nous reste à examiner ce qu*il sera dans la postérité.

Quelques reproches qu^on ait pu justement lui faire, nous croyons que Mirabeau restera grand.

Devant la postérité, tout homme et toute chose s'absout par la grandeur.

Aujourd'hui que presque toutes les choses qu'il a semées ont donné leurs fruits dont nous avons goûté, la plupart bons et sains, quelques-uns amers ; aujourd'hui que le haut et le bas de sa vie n'ont plus rien de disparate aux yeux, tant ks années qui s'écoulent mettent bien les hommes en perspective ; aujourd'hui qu'il n'y a plu? pour son génie ni adoration ni exécration, et que cet homme, furieusement ballotté, tant qu'il vécut, d'une extrémité à l'autre, a pris l'attitude calme et sereine que la mort donne aux grandes figures historiques ; aujourd'hui que sa mémoire, si longtemps traînée dans la

fange et bsisée snr Taiitel, a été retirée àa Panthéon de Toltaire et de l'égont de Marat, nous ponrons froidement le dire : Mîrabeaa est grand. Il lai est resté Fodenr da Panthéon et non de l'égout. L'impartialité historique, en nettoyant sa chevdnre souillée dans le niissean, ne Itiî a pas de la même main enlevé son auréole. On a lavé la boue de ce visage, eC il continue de rayonner.

Après qu'ion s'est rendu compte de l'immense résultat polidque que le total de ses facultés a produit, on peut envisager Mirabeau sous im double aspect, comme écriyatn et comme orateur. Ici fions prenons la liberté de ne pas être de Tavis de Rivarol, nous croyons Mirabeani plus grand comme orateur que comme écrivain «

Le marquis de Mirabeau, son père, avait deux espèces <!e style', et comme deux plumes dans son écrhoîre. Quand il écrivait un livre, un bon livre pour le publie, pour l'effet, pour la cour, pour la BftsfiOe, pour le grand escafier dn Palais de Justice, le digne seigneur se ànt^ pait, se roidlssait, se boursouflait, couvrait sa pensée, déjà fort obscure par elle-même, de toutes les ampoules ée l'expression; et l'on ne peut se figurer sous quel style ■à la foc» plat et bou£B, lourd et traînant en longues queues de phrases interminables, chargé de néologismes au point de n'avoir plus nulle cohésiotï dans le tisAi, sons quel style, disons-nous, tout ensemble incolore et incorrect, se travestissait l'originalité naturelte et incontestable de cet étrange écrivain, moitié gentilhomme et moitié philosophe ; préférant Quesnay à Socrate et Lefranc de Pompignan à Pindare; dédaignant Montesquieu comme arriéré et tenant à être harangué par son curé ;

habitant amphibie des rêveries du dix-hnitième siècle et des préjugés du seizième. Mais quand cet homme, ce même homme, roulait écrire une lettre, quand il oubUait le public et ne s'adressait plus qu'à la longue mine roi de et froide de son vénérable frère le bailli, ou à sa fille, la petite Saiilannette*^ « la plus émolliente femme qui fut jamais, > ou encore à la jolie tète rieuse de Mme de Rochefort, alors cet esprit tuméfié de prétention se détendait; plus d'efforts, plus de fatigue, plus de gonflement apoplectique dans l'expression ; sa pensée se répandait sur la lettre de famille et d'intimité, vive, originale, colorée, curieuse, amusante, profonde, gracieuse, naturelle enfin, à travers ce beau style grand seigneur du temps de Louis XIV, que Saint-Simon parlait avec toutes les qualités de l'homme et Mme de Sévigné avec toutes les qualités de la femme. On a pu en juger par les fragments que nous avons cités. Après un livre du marquis de Mirabeau, une lettre de lui c'est une révélation. On a peine à y croire. Buffon ne comprendrait pas cette variété de l'écrivain. Vous avez deux styles et vous n'avez qu'un homme.

Sous ce rapport , le fils tenait quelque peu du père. On pourrait dire, avec beaucoup d'adoucissements et de restrictions néanmoins, qu'il y a la même différence entre son style écrit et son style parlé. Notons seulement ceci, que le père était à l'aise dans une lettre, le fils dans un discours. Pour être lui, pour être naturel, pour être dans son milieu, il fallait à l'un sa famille, à l'autre une nation.

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