LÉGENDAIRE NORMAND
Il y a trois choses à considérer dans la légende, sa source, qui est le plus souvent un fait réel, sa provenance géographique et enfin sa portée, c'est-à-dire la signiflcation morale et la leçon pratique qui en découle.
Pour montrer la transfiguration légendaire d'un fait réel, on ne manquerait pas d'exemples ; mais noua en citerons un spécimen d'origine normande, puisque l'histoire a pris naissance dans les grèves du Mont Saint-Michel.
On connaît assez bien l'histoire de Péril : des annales du Mont Saint-Michel toutes pleines de faits merveilleux, elle a passé dans les livres des pèlerins et même dans la littérature scénique du moyen-dge. Elle a été racontée par Dom Huynes, le plus célèbre chroniqueur de cette grande abbaye. C'est une femme enceinte qui vient en pèlerinage au Mont; elle est surprise par la mer entre ce Mont et Saint-Léonard, de la côle voisine. Dans son danger elle invoque Saint-Michel ait perd de la meî- ou Saint-Michel del péril, selon la chanson de Roland, et fait vœu de lui consacrer l'enfant qu'elle porte, si c'est un flis. A ce vœu la mer se forme en muraille autour d'elle, renouvelant le passage de la mer llonge; la femme enfante dans cette enceinte, sur le sol sec et nu, un fils qui se consacra en effet à Saint-Michel et reçut le nom de Péril.
Voilà la légende, voici la réalité. Daos cette même partie des grèves, entre le Mont et la côte de Saint- Léonard, il y a un fond élevé, un rocher, qui découvre encore aujourd'hui dans les très grandes marées, et sur lequel fut érigée cette croii, signalée dans les livres des pèlerinages sous le nom de Croix-demi-grève. C'est là, sur ce rocher, qu'a dû accoucher la pèlerine de la légende ; le reste, le vœu, la consécration n'ont plus rien que de naturel.
Après cet exemple de la manière dont se forment les légendes, nous entrons daus la littérature normande, nous servant beaucoup de ce que nous en avéns écrit dans l'introduction de notre Jliiloire et Glossaire du normand, de {"anglaii et de la langue française.
La tâche principale de la mythologie est, comme celle de la philologie, de retrouver Tunité sous la variété immense des récits et poésies populaires. En littérature, ces thèmes s'appellent cycles et on peut les réduire h quatre : le cycle des fées, êtres surnaturels, bizarres et intelligents, mais généralement bienfaisants, dont le caractère physique est rexîguitc des formes ; le cycle du diable et des esprits méchants, en lutte avec les bous et presque toujours vaincus ; le cycle des saints ou la perfection par la sainteté, par la prépondérance de Tâme sur le corps ; le cycle des héros, l'épopée humaine, l'homme élevé à des proportions morales et souvent physiques qui dépassent le niveau de l'humanité, mais qui y tiennent par leurs passions.