‹ Littérature russeChapitre 17 sur 82 · LA RACE · texte numérisé non relu

LA RACE

Ce sont d'excellents serviteurs, très recherchés pour leur propreté, leur sobriété et leur probité. Ils viennent «■énéralement du STOuvernement de Riazan, et la race se perpétue sur les bords de l'Oka et du Volga. Rebelle à l'assimilation, elle a été progressivement éliminée et semble destinée à disparaître par cette voie. Elle ne paraît pas ou ne paraît plus entrer matériellement dans la formation organique du peuple russe. Si celui-ci a reçu dans ses veines un peu de ce sang étranger, l'infusion est très ancienne et les hordes de Baty elles-mêmes n'y ont été pour rien. Elle a dû venir plutôt des peuples congénères, qui, pendant des milliers d'années, ont habité, ou parcouru, les parties méridionales du pays. Depuis ces temps reculés, l'influence de ces commensaux du Finnois et du Slave s'est exercée historiquement et non ethnologiquement. Travailleurs, économes, d'une haute moralité domestique, ils ont imposé à la Russie leur forte discipline. On peut affirmer que celle-ci aurait gagné à prendre davantage de ces maîtres. La race a cependant un trait d'infériorité : elle n'est plastique dans aucun sens ni à aucun degré. Partant peu susceptible de développement.

Comme le Latin, le Celte et le Germain, le Slave appartient à la race aryenne ou indo-européenne. Longtemps opprimé par les peuples de l'Occident, qui de son nom [Esclavon) ont tiré le mot esclave, dédaigné par ses voisins d'Allemagne, qui ne voulaient voir en lui qu'une pure matière ethnologique {ethnologischer Stoff),\\n2i dû probablement son infériorité qu'à sa position géographique. Comme la civilisation antique, la civilisation moderne s'est à peu près faite sans lui. Il a protesté cependant contre un arrêt d'exclusion trop absolu, et il a eu raison. Il n'a pas creusé les voies du double mouve-

LITTERATURE IIUSSE

ment, intellectuel et religieux, Renaissance et Réforme, d'où l'ère moderne est sortie; mais il les a ouvertes dans les deux sens : Copernic et Huss étaient des Slaves.

Donc aptitude certaine à la culture et spontanéité démontrée. Ajoutez-y, jusque sous le ciel du Nord, une exubérance que vous risquez de ne pas retrouver au même degré chez les peuples les plus méridionaux, un génie remuant, inconstant, anarchique, incohérent; un tempérament flexible, élastique, d'une réceptivité illimitée; un don d'imitation enfin, encore plus développé que chez le Finnois. Mais ici l'influence historique apparaît.

U histoire.

Dernier venu à la civilisation, ce Slave a toujours été à l'école, sous la férule, ou sous le joug de quelqu'un. Conquête orientale et matérielle au xiii^ siècle, conquête occidentale et morale au xviii^, il n'a fait que changer de maîtres. J'oubliais, avant le xviii® siècle, l'hégémonie de Byzance, une des plus despotiques et des plus déprimantes que les annales de l'humanité aient connues. L'individualité de la race a eu ainsi de la peine à se dégager. Le Russe moderne y travaille encore. Et il a d'autres besognes. La Russie moderne est un empire âgé de mille ans et une colonie âgée non pas d'un siècle et demi, comme on l'a dit, mais de quatre siècles, sans plus. Encore les colons du xvi® et du xvii^ siècle, reprenant aux environs de Perm et vers la haute Kama l'œuvre interrompue des anciens marchands de Novgorod, n'ontils fait, relativement, que peu de progrès. Odessa, avec ses 405 000 habitants, date de 1794.

Page 1