CHANTS DE CIRCONSTANCE
avec ses multiples sources d'inspiration mi-païennes, mi-chrétiennes, antiques et modernes. Les bj/lines y contribuent ainsi que l'Ecriture Sainte, les Psaumes surtout et l'Ecclésiaste ; puis des apports littéraires plus récents, les épigrammes de Kapnist, les fables de Krylov, les boutades de Gogol.
On imagine bien qu'à travers la vaste étendue du pays où ils résonnent, Grande-Russie, Petite-Russie, Russie- Blanche, ces chants ne sont pas uniformes. La diversité de la vie historique s'y répercute naturellement. Le trait commun est un fonds d'immense tristesse, qui assombrit jusqu'aux chants des épousailles et dont on retrouve l'écho chez la plupart des poètes modernes.
« Nous chantons tous tristement... Une plainte mélancolique, c'est le chant russe... »
Ainsi parlait Pouchkine.
La nature et l'histoire ont été dures pour ce peuple. Le climat rude, le sol ingrat, le paysage sans charme, la pauvreté, le servage, le joug byzantin, le régime autocratique se sont réunis pour lui faire une existence tourmentée, une patrie sans douceur et un foyer sans charme. Contre tant d'ennemis, il n'a trouvé longtemps qu'un seul recours : l'ivresse puisée au fond du verre. Les bardes primitifs ont célébré avec tendresse cette suprême consolatrice. Les poètes d'inspiration et de culture supérieure qui leur ont succédé, en cherchant autre chose, n'ont trouvé que... la mort.
Cette patrie ingrate, ce loyer inhospitalier, le peuple auxquels ils furent donnés les a aimés pourtant d'une tendresse que je ne craindrai pas de dire sans exemple, tant je la vois forte et passionnée, jalouse et dévouée. C'est peut-être que pour aimer ce qui était si peu aimable il a dû idéaliser l'objet de son affection, le recréer en
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quelque sorte clans son imagination et dans sa foi. Ainsi il est arrive h faire de ce sentiment une religion , un culte, un fanatisme. Comme la poésie populaire, la littérature nationale vous en paraîtra pénétrée.
Récits historiques.
Ils gravitent déjà autour de Moscou, reconstruisant avec un relief particulier l'époque dramatique dominée par la grande figure d'Ivan le Terrible. Certaines anecdotes rapportées par Collins dans son « Voyage en Russie » (milieu du xvii" siècle) procèdent d'anciennes skazki (récits) sur ce souverain. Quelques récits plongent cependant encore dans l'époque tatare, se rattachant par elle au cycle de Kiev. La forme est presque celle des hylines et l'inspiration souvent analogue, l'élément mythique s'y alliant au fond historique. Ivan tient table ouverte comme Vladimir et tel de ses boïars accomplit des exploits fabuleux, qui comme invraisemblance valent ceux d'Ilia.
Dans toutes les évocations poétiques du « Terrible » l'idée maîtresse est la glorification de son œuvre de conquête. Les poètes voient surtout en lui le tsar qui a pris Kasan, Riazan et Astrakhan. L'inspiration populaire ne s'arrête pourtant pas à un éloge banal et superficiel; elle fouille le personnage, met à nu sa psychologie intime et n'en méconnaît pas les discordances. Mais elle s'en accommode. Elle n'ignore pas la cruauté de l'homme et s'attache même à la peindre en traits effrayants, mais aussi à la justifier. Elle en aperçoit l'explication dans la .1 lutte du tsar avec l'oligarchie aristocratique. Dans cette querelle le peuple est de tout cœur avec le souverain